SIMON Robert

Par Jean-Louis Ponnavoy, Gérard Soufflet

Né le 2 octobre 1919 à Blanzy (Saône-et-Loire), exécuté sommairement par un groupe FTP le 30 juillet 1944 à Saint-Berain-sous-Sanvignes (Saône-et-Loire) ; mineur de fond aux houillères de Blanzy ; résistant de l’armée secrète (AS) et des Francs-tireurs et partisans français (FTPF).

Robert Simon était le fils de Jean et de Antoinette Vergniaud. Il était célibataire. Sous l’occupation, il vivait avec sa mère, concierge rue de l’Abattoir, à Blanzy. Il était employé comme mineur de fond aux houillères de Blanzy, à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire).
Membre d’un informel groupe de jeunes du quartier du Bois-du-verne dès 1942, c’est en octobre 1943 qu’il rejoignit formellement la Résistance en gagnant le maquis de la Charmée que le commandement départemental FTP installait près de Chalon-sur-Saône. A son retour dans le bassin minier, il fit partie du Front Patriotique de la Jeunesse puis des Forces Unies de la Jeunesse Patriotique qui se développaient alors. Membre actif du groupe de choc des FUJP, associé à son camarade polonais Florian Smolarek, il fut identifié par la police pour avoir participé à l’exécution d’un ingénieur de la Mine, Jean Bousquet, le 5 janvier 1944, puis d’un inspecteur de police, Jean-Marie Régnier, le 8 février 1944. Associé à des résistants de l’AS, il organisa l’évasion d’un camarade blessé gardé par les gendarmes à l’hôpital de Montceau-les-Mines. L’activisme débordant des résistants FUJP les mit en porte-à-faux avec les commandements des organisations résistantes, AS comme FTP. C’est à cette période qu’on estime qu’il fut décidé d’éliminer Robert Simon. Bénéficiant cependant de nombreuses complicités parmi la population, il échappa de façon rocambolesque aux rafles policières des 21 et 22 février 1944 et réussit à gagner le département voisin de l’Ain et à y rejoindre un maquis relevant de l’AS ; il fut incorporé le 11 juin 1944 au Groupe franc "Paul" de la compagnie "Lorraine" avec le pseudonyme de "Bernard".
La compagnie avait été constituée le 6 juin 1944 par décision du PC départemental des FFI de l’Ain, la compagnie Lorraine sous le commandement du lieutenant d’active Léon Boghossian de l’armée secrète (AS). C’est là qu’il fit la connaissance de Stanislas Dziubek. Le 11 juillet 1944 les Allemands lancèrent leur troisième grande offensive contre les maquis baptisée Treffenfeld. Une partie de la compagnie dont la moitié du GF de Robert Simon fut envoyée en renfort des forces du groupement Nord en difficultés sur l’axe Bellegarde Nantua aux environs des villages de Châtillon-en-Michaille et Trébillet. Robert Simon participa aux combats avec Stanislas Dziubek. Dès le 12 juillet, il était porté absent avec un autre soldat du Groupe franc. Lorsque la compagnie se regroupa le 27 juillet au village de Giron il avait disparu.
Le 25 juillet 1944 il partit avec Stanislas Dziubek en Saône-et-Loire, rejoindre le bassin minier de Blanzy. Sa mère les cacha pendant trois jours puis ils partirent le 27 juillet pour essayer de rejoindre le maquis FTP de la région de Montceau-les-Mines, Robert Simon pensant y retrouver des camarades qu’il avait côtoyés lorsqu’il était au FPJ ou aux FUJP, avant de partir dans l’Ain. Une compagnie du maquis était installée depuis l’été dans les forêts, sur la commune de Saint-Bérain-sous-Sanvignes. Elle était commandé par un militant communiste italien, ouvrier mineur aux houillères de Blanzy, du nom d’Ephysius Zuddas alias "Morin" et était rattachée au 6e bataillon FTP de Saône-et-Loire, unité du régiment Valmy qui combattra lors de la Libération d’Autun. Le 30 juillet, Robert Simon et son copain Stanislas étaient attablés au café Chandioux à Saint-Bérain, où il prenaient un peu de repos avant d’aller retrouver les maquisards. C’est là que leur destin vint à leur rencontre sous la forme des maquisards du groupe Morin. Ce qui se passa ensuite se déroula au vu des habitants et ne sera enregistré par la gendarmerie qu’en novembre 1944 par les témoignages d’anciens du maquis.
À 18 heures, les gendarmes de la brigade de Blanzy furent informés que les cadavres de deux inconnus se trouvaient au milieu de la route de la route départementale n°57 conduisant de Blanzy à Toulon-sur-Arroux, à 500 mètres à l’Ouest du bourg, au lieu-dit "pont de Pierre Chaude". Lorsque les gendarmes arrivèrent sur place, les corps des deux hommes étaient allongés sur le dos l’un à côté de l’autre, la tête en direction de la Coudraie et baignaient dans une mare de sang. Selon leur rapport qui est reprit intégralement dans l’article sur leur mort, Robert Simon portait une plaie à l’œil gauche et une autre à l’arrière de la tête. La blessure avait été causée par une arme à feu, probablement une mitraillette car trois douilles de cartouches provenant d’une telle arme se trouvaient à proximité des cadavres. Robert Simon était vêtu d’un blouson vert, d’une chemise et d’une culotte de couleur kaki et chaussé de brodequins. Une casquette de sport de couleur blanche se trouvait à côté de lui.
Quelques heures auparavant, le lieutenant "Morin" avait été prévenu personnellement de la présence de deux individus suspects prétendant appartenir à la Résistance, à l’intérieur du bourg de Saint-Bérain-sous-Sanvignes. Immédiatement, il convoqua un groupe avec lequel il partit sur les lieux indiqués. Ses hommes n‘eurent aucun mal à cueillir sur place Robert Simon et son camarade qui ne se méfiaient pas, et à les désarmer. Selon le témoignage des habitants, ils descendirent immédiatement encadrés par le groupe de Morin et arrivés au pont de Pierre Chaude, ils furent abattus par surprise d’une rafale au visage. Entre leur arrestation et leur mort qui est fixée à 15h30 par l’acte de décès, il ne se serait passé qu’une demi-heure.
Le décès fut constaté par le docteur Drevon, médecin à Montceau-les-Mines.
L’acte de décès fut dressé le 30 juillet sur la déclaration de Claude Tillier, 52 ans, cultivateur, domicilié à Saint-Bérain-sous-Sanvignes.
Les raisons de ce double assassinat restent localement obscures. Simon aurait été l’objet d’un verdict le condamnant à mort avant son départ pour l’Ain, Morin ne faisant qu’exécuter la sentence à son retour. Quant à Dziubek, qui eut le malheur de suivre ce dernier, il aurait été confondu avec un autre Polonais, camarade de Simon, condamné avec lui à l’époque.
Le lieutenant Morin et son groupe rentrèrent vers 19h00 et il affirma que l’expédition qui lui avait été confiée avait été exécutée. La thèse qui prévaudra donc pendant des décennies était que Simon et Dziubek étaient de faux maquisards inconnus dans la région qui s’étaient rendus coupables de pillages de fermes, portant le discrédit sur les vrais maquis et qu’ils avaient donc été arrêtés et exécutés par Morin qui ne s’en cachait d’ailleurs pas. En dehors de ce côté obscur Morin était un vrai héros qui conduisit sa compagnie à la bataille d’Autun où elle fut décimée et 27 de ses hommes massacrés par les nazis. Il se tua accidentellement le 27 septembre sur la route de Saint-Vallier en effectuant une mission de liaison à motocyclette.
La mère de Robert Simon n’apporta son témoignage aux gendarmes qu’en 1957. L’emploi du temps très serré de son fils n’aurait pas laissé le temps de faire ce dont on les accusaient accusait, qu’aucun semblant de preuve ne venait d’ailleurs étayer. Malgré les témoignages en sa faveur de sa famille et de plusieurs de ses anciens camarades du bassin minier et de résistants de l’Ain, il ne fut alors pas réhabilité comme allait l’être Dziubek.
Des recherches récentes, détaillées dans le livre de Gérard Soufflet et Jérémy Beurier, Les Téméraires, une histoire neuve de la Résistance, cités et maquis à Montceau-les-Mines avant mai 1944 ont permis d’établir l’histoire des FUJP de Montceau et la biographie résistante complète de Robert Simon. En conséquence et à la demande de sa famille, l’ONAVG lui a accordé la mention "Mort pour la France", valant réhabilitation, par décision du 30 juin 2020.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article223756, notice SIMON Robert par Jean-Louis Ponnavoy, Gérard Soufflet, version mise en ligne le 2 mars 2020, dernière modification le 12 décembre 2020.

Par Jean-Louis Ponnavoy, Gérard Soufflet

SOURCES : Résistance polonaise en Saône-et-Loire, juin-juillet 1944 - Dziubek et Simon dans l’Ain et 30 juillet 1944 - mort de Dziubek et Simon.— État civil (acte de décès).

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