ROLLAND Simon dit ROLLAND-SIMON

Par Jean-Marie Guillon

Né le 16 août 1907 à Mecheria (Algérie, Oranie), tué au combat à Toulon (Var) le 24 août 1944 ; écrivain, employé aux services de contrôles techniques ; Forces Françaises de l’Intérieur (FFI).

Fils d’un médecin, Simon Rolland dit Rolland-Simon appartenait à une famille juive d’Algérie. Il serait né dans le Hoggar, sa mère accompagnant son père en mission dans le désert. C’est en Algérie qu’il avait passé son enfance et il y gardait de nombreux contacts comme le prouvent sa collaboration à la revue Fontaine publiée à Alger par Max-Pol Fouchet ou ses rapports avec la maison d’édition d’Edmond Charlot. Il se disait descendant d’une famille chassée d’Espagne par l’Inquisition, une Espagne dont, d’après Pierre Emmanuel, « il se sentait un fils spirituel ». Converti au catholicisme, , il entra chez les dominicains. Sa prise d’habit eut lieu à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques) le 2 octobre 1931. Il revint sans doute assez vite à la vie laïque. Reconnu dans l’immédiat avant-guerre comme « l’un de nos meilleurs hispanisants » (Louis Parrot), il traduisit aussi bien des poètes contemporains (Alberti, Garcia Lorca, Hernadez, Machado, Neruda) que des œuvres classiques (Gongora) ou des textes de mystiques pour lesquels il avait une inclinaison particulière (Thérèse d’Avila dont il publia la Glose avec Pierre-Jean Jouve, Jean de la Croix). Pour Pierre Emmanuel, « certaines de ses traductions sont si belles qu’elles égalent presque l’original » et de citer le « Chant funèbre pour Ignacio Sanchez Mejias » qu’il traduisit en 1938 pour Guy Levis Mano. Prenant partie lors de la guerre d’Espagne, il traduisit des prises de position catholiques en faveur du camp républicain. En rappelant sa mémoire, Pierre Emmanuel ajoutait que Rolland-Simon « aimait la poésie presque à l’égal de Dieu » et la poésie « dans son acceptation véritable : une voie absolue ». Il écrit n’avoir jamais connu un lecteur qui ait été plus loin dans l’art de lire. Rolland-Simon collaborait à plusieurs revues, en particulier Fontaine à qui il fournit des chroniques jusqu’en novembre 1942. Il collaborait aussi à Poésie de Pierre Seghers, aux Cahiers du Sud, ainsi qu’à la revue genevoise, Lettres. Ses commentaires de Pierre-Jean Jouve (Fontaine n°19-20 mars-avril 1942 « De la poésie comme exercice spirituel »), de Pierre Emmanuel (Poésie 42 n°1 décembre 1941-janvier 1942) ou de Jean-Jacques Rousseau (Fontaine n° 22 juin 1942, n°24 octobre 1942) sont significatifs de ses orientations. Il fait de Rousseau un chrétien instinctif, un ami des juifs, un anti-matérialiste, qui, en refusant de plier devant les bigots et les athées, « a eu le mérite de sacrifier sa tranquillité, de sacrifier sa vie » à ses idées et qui est devenu « un martyr ».
On ne sait quand il est arrivé à Toulon, ni comment il avait pu entrer dans les services des contrôles techniques, puisqu’il travaillait à la censure téléphonique (autrement dit aux écoutes téléphoniques). Il fit partie dans le Toulon des années de guerre d’un petit cercle d’intellectuels auquel appartenaient notamment le philosophe François Cuzin, fusillé à Signes (Var) et Aimé Genoud, employé aux écritures à la SNCF, abattu dans l’Ain (voir ces noms). Le jeune Jean Rambaud, alors poète et futur journaliste, l’a croisé fréquentant les amis du peintre Olive Tamari et se souvenait de ce « poète un rien sulfureux, étonnant traducteur de saint Jean de la Croix ». Boris Schreiber, qui travaillait à la Todt de Toulon et lui soumettait des poèmes, l’a évoqué dans Un silence d’environ une demi-heure, décrivant un personnage à la culture fascinante, rêvant « d’être le Pétrone de notre temps », paradoxal, entier, aux emballements aussi soudains que ses rejets, homosexuel, ne cachant pas, d’après Schreiber, qu’il draguait de jeunes soldats allemands. Il rencontrait chez lui des résistants, communistes pour la plupart, des intellectuels, un professeur du lycée, un officier de marine lui aussi militant, un réfractaire revenu du maquis, un Eugène Tironi qui paraît s’identifier au futur journaliste et essayiste Eugène Mannoni. On ne sait pas plus précisément ce qu’a été l’engagement de Rolland-Simon dans la Résistance locale. Il fut tué non, semble-t-il, par une balle perdue comme on l’écrit à la Libération, mais par un obus, au Champ-de-Mars, le 24 août 1944, pendant les combats pour la Libération de Toulon auxquels il participait. Il fut inhumé dans la fosse commune au cimetière central de Toulon. Il reçut le titre de « Mort pour la France ». Pour Pierre Emmanuel, il était de ces « êtres rares qui ne composent pas, ne trichent pas avec la vérité : ils s’y jettent avec une exigence qui fait trembler et scandalise… Ce fou de Dieu n’aimait pas les gens sages qui, eux, avaient choisi de l’ignorer. »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article223873, notice ROLLAND Simon dit ROLLAND-SIMON par Jean-Marie Guillon, version mise en ligne le 8 mars 2020, dernière modification le 19 juillet 2021.

Par Jean-Marie Guillon

Œuvres (liste non exhaustive)
Traductions :
Un groupe de prêtres espagnols, A propos de la lettre collective des évêques espagnols, Paris, L.A.E., 1937 ;
Pablo Neruda, Nous réunis (Juntos nosotros), Cahiers GLM n5, avril 1937.
Le Christ chez Franco, Documents recueillis par Raymond Alcoléa,
Les Éditions de Noël, Paris, 1938 ;
Participation Georges Pillement éd., Romancero de la guerre civile, Paris, Éd. Sociales internationales, 1937 (dont plusieurs traductions sont reprises dans Dario Puccini éd., Romancero de la résistance espagnole, Paris, Petite collection Maspero, 1962 : Miguel Hernandez, « Vent du peuple », Emilio Prados, « La ville assiégée », Rafael Alberti, « Le maure fugitif », « Radio Séville » et « Le dernier duc d’Albe », José Bergamin, « Le traître Franco » et « Le mulet Mola », Lorenzo Varela, « Fernando de Rosa », Antonio Machado, « Le crime eut lieu à Grenade »).
Federico Garcia Lorca, Chant funèbre pour Ignacio Sanchez Mejias, 1938, (rééd. 1945 et Actes Sud, 1992) ;
Federico Garcia Lorca, Ode à Walt Whitman 1938 (rééd. 1945 et 1949) ;
Avec Pierre Jean Jouve, Glose de sainte Thérèse d’Avila, Paris, GLM, 1939 (des extraits parus dans la NRF n°318, mars 1940 et dans Lettres juillet 1943), réédition à Alger aux éditions Charlot, collection Fontaine, en 1943 et 1945) ;
Federico Garcia Lorca, Càntico espiritual, 1942 ;
Avec Pierre Jean Jouve, Don Luis de Gongora y Argote, 6 sonnets, Lettres n°1 janvier 1943 (repris dans Fontaine n°32 janvier 1944).
Jean de la Croix, Cantique spirituel, chanson entre l’âme et l’époux, Alger, éd. Charlot, 1945.
Articles :
Fontaine n°15 septembre 1941, n°16 décembre 1941, n°19-20 mars-avril 1942 « De la poésie comme exercice spirituel » (« Spiritualité de Pierre Jean Jouve »), n°21 mai 1942 (« L’Inde et le christianisme »), n° 22 juin 1942, n°24 octobre 1942 (« Le christianisme de Jean-Jacques Rousseau ») ;
Poésie 42 n°1 décembre 1941-janvier 1942 (« Pierre Emmanuel ou la poésie toute nue ») :
Les Cahiers du Sud n°245 avril 1942 (« La montée du carmel (paraphrase) »).
SOURCES : SHD Vincennes GR 16 P 549710. ⎯ site internet Mémoire des hommes SHD Caen AC 21 P 154283.⎯ Les Lettres françaises n°33, 9 décembre 1944, p. 8 (Pierre Emmanuel, « Un nom sur une liste : Rolland-Simon »). ⎯ presse locale (La Liberté du Var 1er-2 mars 1945). ⎯ Pierre Bel, Cahiers de la Libération de Toulon, souvenirs des journées d’août 1944, Toulon, Société des Amis du Vieux Toulon, 3e fascicule, p. 24, 1946. ⎯ Louis Parrot, L’intelligence en guerre, Paris, Le Castor astral, 1990, p. 68. ⎯ Dario Puccini éd., Romancero de la résistance espagnole, Paris, Petite collection Maspero, 1962. ⎯ Jean Rambaud, « L’atelier ouvert d’Olive Tamari » in Jean Rambaud, Tony Marmottans, Gabriel Jauffret, Ça s’est passé à Toulon et en pays varois, tome 2, chroniques Var Matin, Éd. Autres Temps, 1997. ⎯ Boris Schreiber, Un silence d’environ une demi-heure, Paris, Le Cherche-Midi, 1997. ⎯ Pierre Seghers, La Résistance et ses poètes (France 1940-1945), Paris, Poésie Seghers, 2004, p. 322. ⎯ Renseignements fournis par Tangi Cavallin (arch. de l’ordre, registre de vestition ADPT F2005).

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