DERVOUT René, Francis, Mathurin

Par Jacques Girault, Gilles Morin, François Prigent

Né le 20 novembre 1911 à Lorient (Morbihan), mort le 20 juin 2001 à Lorient ; instituteur ; militant syndicaliste du SNI, membre du bureau national (1964-1966) ; militant socialiste SFIO puis PSU du Morbihan,

Fils d’un ouvrier charpentier décédé au front en juillet 1915, René Dervout, pupille de la Nation, entra à l’École normale d’instituteurs de Vannes en 1927 où il refusa, avec quelques camarades de sa promotion, de faire la préparation militaire supérieure. À partir de 1930, il fut instituteur dans diverses communes du département : Roudouallec (1930-1933), Camors (1933-1947), puis à Quelisoy-en-Larmor Plage, quartier de Lorient. Il termina sa carrière comme directeur de l’école de garçons de Kéroman à Lorient en 1967. Il épousa en août 1931 à Lorient, une institutrice devenue directrice d’école. Le couple eut deux enfants. Mobilisé et blessé en 1940, il fut réformé.

René Dervout adhéra au syndicat de l’enseignement laïque du Morbihan en 1930. Après la réunification, il fut désigné au conseil syndical de la section départementale du Syndicat national des instituteurs en décembre 1935 puis au bureau syndical, l’année suivante, responsable de la trésorerie en accord avec les analyses de Joseph Rollo*, partisan des accords de Munich, gréviste le 30 novembre 1938. Après avoir été « anarcho-syndicaliste », électeur socialiste, partisan en 1936 d’une « réforme de structure de la société pour mettre en place une économie à caractère socialiste », il se sentait proche des analyses de Marceau Pivert.

En 1940, René Dervout participa à la dissolution des réseaux SNI avec Rollo et Le Douaran. Contacté par le Front national, il entra en résistance au début de 1943. En contacts fréquents avec Rollo qu’il fut le dernier à rencontrer, le 30 mars 1943, à la veille de son arrestation, il se réfugia chez ses parents à Sainte-Pazanne (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), après avoir vu les dénonciations de résistants à Camors. Proche de Le Coutaller, il fut par la suite le responsable du secteur Auray-Pontivy, avec les membres Libération Nord de Baud et Camors.

René Dervout réintégra le syndicat à la Libération. Élu au conseil syndical, il y demeura jusqu’à sa retraite. Secrétaire de la section (1946-1949 et 1956-1967), il était minoritaire face aux communistes dans le conseil syndical du SNI, situation inédite. Il fut aussi secrétaire de la section départementale de la Fédération de l’éducation nationale (1950-1967). Il participait aux débats dans le SNI. Ainsi dans L’École libératrice, le 24 juin 1948, il se montra favorable à une action pour la reconstitution de l’unité syndicale et contre « les groupements occultes » dans le SNI. Il devint membre du bureau national du SNI (1964-1966) et lors du congrès national du SNI en 1963, fut le rapporteur du projet de nationalisation de l’enseignement.

À partir de la fin 1944, Dervout adhéra au Parti socialiste SFIO. Secrétaire de la section de Camors jusqu’en 1947, membre de la direction fédérale, élu conseiller municipal de Lorient en 1953 dans la municipalité Le Coutaller, il vota à plusieurs reprises contre la majorité de Troisième force, sur les questions laïques à partir de 1954. Très critique de la politique de Guy Mollet, il se détacha de la ligne du Parti socialiste SFIO lors des clivages provoqués par la question de la Communauté européenne de défense puis de la guerre d’Algérie. Il vota au conseil municipal comme les élus communistes en avril 1956 pour la prise en considération et la discussion d’une motion que les conseillers municipaux socialistes voulaient soumettre à l’Assemblée municipale. Au congrès de la fédération socialiste SFIO, le 15 avril 1956, il souhaita que le gouvernement s’engage à négocier avec Messali Hadj et critiqua le rappel des disponibles en Algérie. Il signa un tract en novembre 1957 contre Mollet et participa aux meetings pacifistes en tant que syndicaliste. Il fit campagne contre le référendum en septembre 1958, aux côtés des militants du PCF. Blâmé par la section socialiste en janvier 1959, Il démissionna du Parti socialiste SFIO avec son réseau d’amis syndicalistes le 13 février 1959 et rejoignit le Parti socialiste autonome.

En tête d’une liste « Union des forces démocratiques » aux élections municipales de mars-avril 1959 (6,1 %), René Dervout s’allia avec le PCF au second tour (22 PC, 11 PSA-UGS), contribuant ainsi à la défaite de Le Coutaller* au profit de la droite (qui capta dans le même temps certains socialistes comme Pennober, ancien premier adjoint). Jusqu’en 1962, il fit partie des leaders du Parti socialiste unifié avec Brigant* (réseau enseignant), Crouvizier* (ouvrier qui passa au PCF) et Le Bouquin* (réseau catholique de gauche, CFTC).

À partir de 1965 et de la disparition effective du PSU dans le département, René Dervout se consacra exclusivement à ses tâches syndicales ou laïques (président du Patronage laïque de Lorient durant les années 1960, secrétaire du Comité départemental d’action laïque aux côtés de Le Moënic, président du Cercle Jean Jaurès, administrateur-délégué de l’office HLM de Lorient).

Retraité, René Dervout devint le président départemental de la Fédération générale des retraités en 1968. Il avait aussi des responsabilités dans des associations coopératives de construction HLM à Lorient (société de Le Visage*), puis dans le Morbihan, enfin en Bretagne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article22392, notice DERVOUT René, Francis, Mathurin par Jacques Girault, Gilles Morin, François Prigent, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 19 novembre 2018.

Par Jacques Girault, Gilles Morin, François Prigent

SOURCES : Arch. Nat., F/7/15505, n° 4568, 581AP/119. — Arch. Dép. Morbihan. — Arch. OURS, dossiers Morbihan. — Arch. fédérales du PS. — Fichiers des adhérents du PSU. — Presse syndicale. — Le Rappel du Morbihan, Cahier de la section SFIO de Lorient. — Renseignements fournis par l’intéressé et par son fils.

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