ROZENT Chaïm ou ROSENT Herman, Khaim, Mendel

Par Dominique Tantin

Né le 26 mai 1910 à [lieu non renseigné], massacré le 6 avril 1944 à l’Église-aux-Bois (Corrèze) ; musicien puis ouvrier coiffeur ; victime civile d’origine juive.

Plaque commémorative sur le Mur de la Mairie -
Plaque commémorative sur le Mur de la Mairie - "En mémoire des victimes du nazisme arrêtées à Bugeat pendant la guerre 1939-1945"
Crédit : MémorialGenWeb.

Né le 26 mai 1910 selon sa fiche sur MémorialGenWeb (année confirmée par Yad Vashem) ou le 1er janvier 1911 selon le Mémorial de Klarsfeld, Chaïm Rozent, musicien, réfugié d’Anvers, s’était installée avec son épouse Malka et ses deux filles, Shifra et Hanna, dans la commune de Bugeat (Corrèze). En avril 1944, Malka était enceinte d’un troisième enfant. Chaïm Rozent était employé au salon de coiffure de Monsieur Borie, mais il mettait volontiers ses talents de musicien au service des habitants de la commune.
Chaïm Rozent fut victime des soldats de la division Brehmer dans les circonstances suivantes. Dans les environs de Bugeat et Lacelle, le 28 mars 1944, les FTP de Guingouin avaient capturé, près du moulin de Firmigier, une commission d’armistice franco-allemande qui revenait d’une inspection du GTE 881 de Neuvic d’Ussel et regagnait Limoges. Deux officiers allemands et leurs chauffeurs avaient été exécutés. Une enquête avait aussitôt été menée par la police française sous la direction du commissaire Roger Artigue de la 20e brigade territoriale.
Le 4 avril 1944, un détachement de la division Brehmer, après avoir traversé le village de la Forêt, occupa le bourg de Lacelle, poursuivant une action commencée le 26 mars et qui se prolongea jusqu’au 16 avril 1944. La troupe resta jusqu’au 8 avril, intervenant dans la commune de Bugeat le 6 avril. La division Brehmer, ou division « B », de l’initiale du patronyme de son chef, le général Walter Brehmer, mena des opérations de ratissage et de répression des maquis et de persécutions des Juifs de nature génocidaire en Dordogne, puis en Corrèze et en Haute-Vienne. Cette division était une unité de marche temporaire constituée pour cette mission. Hétéroclite, elle réunissait pour un effectif total de 8 000 hommes - deux régiments de sécurité dont le 95e basé à Périgueux, deux bataillons motorisés dont le 958e bataillon de DCA, un bataillon d’infanterie de Géorgiens (Ost bataillon 799) en garnison à Périgueux puis à Tulle, deux brigades d’intervention de la Feldgendarmerie de Périgueux et de Bergerac, une unité SS-Sipo-SD commandée par le capitaine SS Kurt Holler détaché du SD de Lyon et chargé de la liaison avec August Meïer, SS-Obersturmbannführer (lieutenant-colonel), Kommandeur de la Sipo-SD de Limoges. Certaines actions furent conduites avec la participation de la Brigade ou Phalange nord-africaine de la Gestapo parisienne placée sous le commandement d’Alexandre Villaplane et intégrée à la Hilfspolizei. Elle disposait de 24 véhicules blindés et d’une douzaine de pièces d’artillerie légère.
Elle bénéficiait d’informations collectées par des délateurs, collaborationnistes ou non, par la Milice (2e service) et l’administration de Vichy. Le modus operandi de la Brehmer consistait à encercler les bourgs, à rassembler la population, désigner des otages – notamment les édiles –, obtenir des renseignements (liste des Juifs, identité des réfractaires au STO et des résistants, localisation des maquis). Les suspects et les hommes juifs étaient abattus, les femmes et les enfants d’origine juive arrêtés et emmenés pour être déportés. De nombreux bâtiments furent pillés et incendiés.
Le 6 avril, en début de matinée, un détachement de la Brehmer prit donc position à Bugeat. Un officier SS soumit une liste de réfractaires/résistants au maire sans obtenir de renseignements. Mais déjà bien informé, il conduisit le maire au village de l’Échameil où quatre hommes, Jean Gane, Antoine Gourinal, Antoine Nauche et Léon Vacher – tous accusés de collusion avec la Résistance - furent raflés et emmenés à Bugeat avec l’épouse de l’un d’entre eux, Madame Vacher. Les quatre otages furent abattus à la sortie du bourg, sur la route de Gourdon-Murat. Leurs noms sont inscrits sur une stèle érigée au lieu-dit Pont-de-Vezou.
Dans la matinée, avec l’aide du garde-champêtre, les Allemands raflèrent les Juifs français et étrangers réfugiés dans la commune. C’est ainsi qu’ils arrêtèrent Chaïm Rozent qui était à son travail chez Borie, le coiffeur, et l’exécutèrent près du hameau de l’Omelette, sur la commune de l’Église-aux-Bois. Son épouse, ses filles et son frère, parvinrent à se cacher et échappèrent à la rafle.
Les autres victimes de la rafle furent déportées par le convoi n° 72 à destination d’Auschwitz-Birkenau. Seule Jeanne Isbicka survécut.
À Bugeat, le nom de Chaïm Rozent et ceux des déportés sont inscrits sur une plaque commémorative.

DROUAINE André 09/10/1946 Köenigstein Allemagne

FRIBOURG Lucie 15/05/1944 Auschwitz Pologne

HOCH Carola Auschwitz Pologne

IZBICKA Anna Auschwitz Pologne

IZBICKA Jeanne Auschwitz Pologne

KLEINBERG Anna 04/05/1944 Auschwitz Pologne

KLEINBERG Maryem 04/05/1944 Auschwitz Pologne

KLEINBERG Rosa 04/05/1944 Auschwitz Pologne

ROZENT Chaïm 06/04/1944 L’Église-aux-Bois (19)

TENCER Brana Auschwitz Pologne


"Chaïm Rozent sera enterré dans le cimetière communal. Après la guerre, sa veuve et ses trois enfants sont repartis en Israël mais n’ont pas oublié l’être cher que les nazis ont assassiné. Tous les ans la famille se rend dans le cimetière communal pour se recueillir devant la pierre tombale qui caractérise cette sépulture juive." (Paul Mons, op. cit., p. 191)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article223929, notice ROZENT Chaïm ou ROSENT Herman, Khaim, Mendel par Dominique Tantin, version mise en ligne le 6 mars 2020, dernière modification le 6 mars 2020.

Par Dominique Tantin

Crédit : MémorialGenWeb. "> Plaque commémorative sur le Mur de la Mairie - "En mémoire des victimes du nazisme arrêtées à Bugeat pendant la guerre 1939-1945"
Plaque commémorative sur le Mur de la Mairie - "En mémoire des victimes du nazisme arrêtées à Bugeat pendant la guerre 1939-1945"
Crédit : MémorialGenWeb.

SOURCES : Guy Penaud, Les crimes de la division Brehmer, La traque des résistants et des juifs en Dordogne, Corrèze, Haute-Vienne (mars-avril 1944), Périgueux, Éditions La Lauze, 2004, p. 318, 407. — Paul Mons, Afin que nul n’oublie, la folie meurtrière de la division Brehmer, mars-avril 1944, Editions Les Monédières, p. 185-191 . 192-195. — MémorialGenWeb. — Bases de données du Mémorial de Klarsfeld et de Yad Vashem. Nous n’avons pas trouvé de fiche au nom de Chaïm Rozent sur la base du Mémorial de la Shoah.

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