VACHER Léon, Henri

Par Dominique Tantin

Né le 13 mai 1893 à Bugeat (Corrèze), massacré le 6 avril 1944 à Bugeat ; victime civile.

Stèle commémorative située au bord de la RD 32, au lieu-dit
Stèle commémorative située au bord de la RD 32, au lieu-dit "Le Pont de Vezou" à Bugeat.
Crédit : MémorialGenWeb

Léon Vacher était né au village de Monteil de Bugeat, fils de Léonard, cultivateur, alors âgé de 43 ans, et de Marie Nauche, âgée de 37 ans, son épouse. Le 2 décembre 1919, probablement après sa démobilisation (son registre matricule militaire est resté introuvable), il épousa Amélina Laleu. En 1944, le couple était domicilié au village d’Échameil à Bugeat. Léon Vacher fut victime des soldats de la division Brehmer dans les circonstances suivantes.
Dans les environs de Bugeat et Lacelle, le 28 mars 1944, les FTP de Guingouin avaient capturé, près du moulin de Firmigier, une commission d’armistice franco-allemande qui revenait d’une inspection du GTE 881 de Neuvic d’Ussel et regagnait Limoges. Deux officiers allemands et leurs chauffeurs avaient été exécutés. Une enquête avait aussitôt été menée par la police française sous la direction du commissaire Roger Artigue de la 20e brigade territoriale.
Le 4 avril 1944, un détachement de la division Brehmer, après avoir traversé le village de la Forêt, occupa le bourg de Lacelle, poursuivant une action commencée le 26 mars et qui se prolongea jusqu’au 16 avril 1944. La troupe resta jusqu’au 8 avril, intervenant dans la commune de Bugeat le 6 avril. La division Brehmer, ou division « B », de l’initiale du patronyme de son chef, le général Walter Brehmer, mena des opérations de ratissage et de répression des maquis et de persécutions des Juifs de nature génocidaire en Dordogne, puis en Corrèze et en Haute-Vienne. Cette division était une unité de marche temporaire constituée pour cette mission. Hétéroclite, elle réunissait pour un effectif total de 8 000 hommes - deux régiments de sécurité dont le 95e basé à Périgueux, deux bataillons motorisés dont le 958e bataillon de DCA, un bataillon d’infanterie de Géorgiens (Ost bataillon 799) en garnison à Périgueux puis à Tulle, deux brigades d’intervention de la Feldgendarmerie de Périgueux et de Bergerac, une unité SS-Sipo-SD commandée par le capitaine SS Kurt Holler détaché du SD de Lyon et chargé de la liaison avec August Meïer, SS-Obersturmbannführer (lieutenant-colonel), Kommandeur de la Sipo-SD de Limoges. Certaines actions furent conduites avec la participation de la Brigade ou Phalange nord-africaine de la Gestapo parisienne placée sous le commandement d’Alexandre Villaplane et intégrée à la Hilfspolizei. Elle disposait de 24 véhicules blindés et d’une douzaine de pièces d’artillerie légère.
Elle bénéficiait d’informations collectées par des délateurs, collaborationnistes ou non, et par la Milice (2e service) et l’administration de Vichy. Le modus operandi de la Brehmer consistait à encercler les bourgs, à rassembler la population, désigner des otages – notamment les édiles –, obtenir des renseignements (liste des Juifs, identité des réfractaires au STO et des résistants, localisation des maquis). Les suspects et les hommes juifs étaient abattus, les femmes et les enfants d’origine juive arrêtés et emmenés pour être déportés. De nombreux bâtiments furent pillés et incendiés.
Le 6 avril, en début de matinée, un détachement de la Brehmer prit donc position à Bugeat.
Avec l’aide du garde-champêtre, les Allemands raflèrent les Juifs français et étrangers réfugiés dans la commune. C’est ainsi qu’ils arrêtèrent Chaïm Rozent qui était à son travail chez Borie, le coiffeur, et l’exécutèrent près du hameau de l’Omelette, sur la commune de l’Église-aux-Bois. Son épouse, ses filles et son frère, parvinrent à se cacher et échappèrent à la rafle. Les autres victimes de la rafle furent déportées par le convoi n° 72 à destination d’Auschwitz-Birkenau. Seule Jeanne Isbicka survécut.
Un officier SS soumit une liste de réfractaires/résistants au maire sans obtenir de renseignements. Mais déjà bien informé, il conduisit le maire au village de l’Échameil où quatre hommes, Léon Jean Gane, Antoine Gourinal, Antoine Nauche et Léon Vacher – tous accusés de collusion avec la Résistance - furent raflés et emmenés à Bugeat avec l’épouse de l’un d’entre eux, Madame Vacher. Les quatre otages furent abattus à la sortie du bourg, sur la route de Gourdon-Murat. Leurs noms sont inscrits sur une stèle située au bord de la RD 32, au lieu-dit "Le Pont de Vezou"’, au sud sud-ouest du bourg, (carte IGN 2232 Ouest). Elle fut inaugurée le dimanche 6 avril 1947. Léon Vacher obtint la mention Mort pour la France apposée sur son acte de décès le 14 mai 1945.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article223941, notice VACHER Léon, Henri par Dominique Tantin, version mise en ligne le 6 mars 2020, dernière modification le 5 novembre 2020.

Par Dominique Tantin

Crédit : MémorialGenWeb "> Stèle commémorative située au bord de la RD 32, au lieu-dit "Le Pont de Vezou" à Bugeat.
Stèle commémorative située au bord de la RD 32, au lieu-dit "Le Pont de Vezou" à Bugeat.
Crédit : MémorialGenWeb

SOURCES : Paul Mons, Afin que nul n’oublie, la folie meurtrière de la division Brehmer, mars-avril 1944, Editions Les Monédières, p. 185-195. — Guy Penaud, Les crimes de la division Brehmer, La traque des résistants et des juifs en Dordogne, Corrèze, Haute-Vienne (mars-avril 1944), Périgueux, Éditions La Lauze, 2004, p. 408. — MémorialGenWeb.

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