DESAILLY Jean, Marie, Marcel

Par Nathalie Viet-Depaule

Né le 3 septembre 1921 à Épernay (Marne) ; prêtre du diocèse de Paris, prêtre-ouvrier au Kremlin-Bicêtre puis à Villejuif (Seine, Val-de-Marne), insoumis en 1954 ; ouvrier ; militant du Mouvement de la paix, membre du bureau national du syndicat des ouvriers et personnels de service SGPEN-CGT, membre du Parti communiste.

Petit-fils et fils de cheminots, Jean Desailly grandit à Épernay avec sa sœur cadette, Jeannette, au sein d’une famille chrétienne qui revendiquait son appartenance au Sillon et lisait L’Aube. Scolarisé chez les Frères des écoles chrétiennes, il entra à la Maîtrise Notre-Dame de Paris en 1933, sur les conseils de son jeune oncle étudiant en théologie au grand séminaire de Châlons. Après quatre ans d’internat, envisageant « quasi naturellement » de devenir prêtre, il choisit de poursuivre ses études au petit séminaire de Paris (1937), situé à Conflans, puis au grand séminaire, à Issy-les-Moulineaux (1940). Une conférence de Louis Augros sur la Mission de France le décida à postuler pour le séminaire de Lisieux qui offrait des perspectives plus conformes à ses aspirations. Jean Desailly fit partie de la première équipe de séminaristes dont il dira plus tard : « Je ne peux évoquer cette période d’octobre 1942 sans me souvenir de l’exaltation qui est la mienne en découvrant l’ambiance qui régnait dans ce séminaire d’un genre nouveau. Les mots : chaleur, amitié et simplicité me viennent à l’esprit. Les barrières artificielles tombaient : nous nous appelions par nos prénoms. Le règlement, le silence et la discipline étaient laissés à notre seule conscience. » Il passa trois ans à Lisieux, trois ans (1942-1945) qui furent déterminants tant par la vie du séminaire (« une atmosphère de Pentecôte ») que par l’évolution de la situation politique internationale.

Ordonné en mars 1945, Jean Desailly fut mobilisé pendant six mois comme aumônier militaire puis nommé à la Mission de Paris en janvier 1946. Il allait faire équipe avec François Laporte et Henri Barreau, au Kremlin-Bicêtre (Seine, Val-de-Marne) puis à Villejuif. D’abord embauché aux Compteurs de Montrouge comme manœuvre puis comme mouleur sur machine, il fut ensuite monteur des deux marchés de Gentilly, ce qui lui permit de s’occuper d’une petite communauté chrétienne formée autour de l’équipe et de s’engager au bureau d’une association pour la défense des vieux (hospice de Bicêtre) et au bureau national du Secours populaire. En 1948, il entra dans une petite entreprise de carrosserie du XIVe arrondissement dans laquelle il travailla jusqu’en 1950. Il avait adhéré à la CGT dès le début de sa vie professionnelle et au Mouvement de la paix.

En 1950, Jean Desailly fut envoyé comme responsable de l’équipe de Limoges qui comprenait Henri Chartreux, André Chavanneau, Francis Vico*, Guy Albert et Paul Mariotte, tous prêtres-ouvriers. Il s’embaucha comme peintre en voiture et découvrit qu’il n’avait guère besoin d’encadrer l’équipe qui impulsait l’effort missionnaire dans cette ville ouvrière. L’appel de Stockholm, notamment, le mit en contact avec des militants laïcs chrétiens comme Jacques Dumas-Primbault, Jeannette Dussartre ou Jean Poublanc. Mais si son passage à Limoges lui permit de faire de multiples rencontres et de nouer des amitiés comme celles d’André Négrin* et de Gilberte Raymond*, Jean Desailly ne s’y sentit jamais véritablement intégré. En butte aux difficultés auxquelles les prêtres-ouvriers se heurtaient, il dut faire l’intermédiaire entre l’évêque, Mgr Rastouil et l’équipe de Limoges, prévoyant les effets désastreux d’une rupture entre l’Église et le monde ouvrier.

Le limogeage de Louis Augros, supérieur de la Mission de France, au moment précis où Jean Desailly avait décidé de faire une retraite à Lisieux, fut pour lui fatal. Profondément touché par ce désaveu, il allait comprendre progressivement qu’il ne pouvait plus assumer son sacerdoce. Il regagna la Mission de Paris, fit une formation (FPA) de tourneur et entra chez Pernin à Montreuil (Seine, Seine-Saint-Denis) où il fut élu délégué CGT du personnel. Mais la répression du progressisme, « l’impossible choix » à faire au 1er mars 1954 entre la fidélité à l’Église et la fidélité à la classe ouvrière et aussi ses sentiments pour celle qui deviendra sa femme achevèrent de le décider à changer le cours de sa vie et à quitter la prêtrise.

Jean Desailly épousa, le 1er juillet 1954, Hélène Chevallier, institutrice à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne). En 1955, sur les conseils de son ami Gabriel Brion, ancien maire communiste du Kremlin-Bicêtre, il choisit de devenir ouvrier d’entretien à l’École des Arts et Métiers de Paris. Il découvrit alors ce corps de petits fonctionnaires qui prenaient en charge la vie matérielle de l’Éducation nationale. Très vite, il se retrouva parmi les responsables du syndicat, puis au bureau national, enfin au secrétariat général des personnels de l’Éducation nationale CGT (SGPEN). Il y milita jusqu’à sa retraite en 1982. Il avait adhéré entre-temps au Parti communiste (1967), mais n’y eut jamais de responsabilité.

Père de trois enfants, grand-père de six petits-enfants, Jean Desailly vit aujourd’hui (2008) avec sa femme en Bretagne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article22395, notice DESAILLY Jean, Marie, Marcel par Nathalie Viet-Depaule, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 22 novembre 2022.

Par Nathalie Viet-Depaule

SOURCES : Arch. Mission de France, Le Perreux. − CAMT Roubaix, fonds prêtres-ouvriers insoumis, 1993002/001, et fonds Mission de France 1996028/0267 et 1997015/0148. − AHAP, fonds Feltin IDXV 33-1. − Émile Poulat, Naissance et fin des prêtres-ouvriers, Casterman, 1999. − Marta Margotti, Preti operai. La Mission de Paris dal 1943 al 1954, Turin, 2000. − Charles Suaud, Nathalie Viet-Depaule, Prêtres et ouvriers. Une double fidélité mise à l’épreuve 1944-1969, Karthala, 2004, p. 36-37, 89, 363-367. − Jeannette Dussartre-Chartreux, Destins croisés. Vivre et militer à Limoges, Karthala, 2004. — Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule, Une histoire de la Mission de France. La riposte missionnaire 1941-2002, Karthala, 2007. − Interview faite par Robert Dumont, 18 mai 1998. − 1954, l’impossible choix des prêtres-ouvriers, film documentaire de Robert Mugnerot sur une idée de François Garçon, produit par Lobster Films, 2004. — Entretiens avec Jean Desailly.

ŒUVRE : Prêtre-ouvrier. Mission de Paris 1946-1954, L’Harmattan, 1997. – « Insoumis mais fidèle », La Mission de Paris. Cinq prêtres-ouvriers insoumis témoignent, Karthala, 2002.

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