DE SAINT-ÉTIENNE Ernest, Jean [écrit parfois Saint-Étienne]

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 21 avril 1890 à Montrouge (Seine, Hauts-de-Seine), mort le 24 mai 1943 à Saint-Pierre-d’Autils (Eure) ; égoutier (surveillant d’assainissement) à Malakoff ; conseiller municipal communiste de Malakoff (1925-1935) puis maire de Clamart (1935-1940) et conseiller général (1935-1940).

Ernest De Saint-Étienne était fils d’Eugène De Saint-Étienne, « relieur » et de Rosalie Lair, « sans profession ». La famille comptait onze enfants. Syndicaliste depuis 1906, Ernest fut mobilisé du 2 août 1914 au 8 août 1919. Il adhéra alors à la section socialiste de Montrouge, lutta pour l’adhésion à la IIIe Internationale et rejoignit le Parti communiste après le congrès de Tours. Les membres du syndicat CGTU de l’assainissement départemental l’élurent secrétaire en 1922. De Saint-Étienne quitta Montrouge pour Malakoff où il travaillait. Léon Piginier le fit entrer dans la liste d’Unité prolétarienne et socialiste (quinze communistes, cinq socialistes communistes, huit socialistes SFIO) qui conquit la mairie aux élections municipales du 10 mai 1925. Il assura le secrétariat de l’Œuvre des vacances populaires enfantines de Malakoff. Après les élections municipales du 12 mai 1929 le conseil le désigna comme deuxième adjoint. Il avait été, en 1928, reçu premier au concours de surveillant d’assainissement du département de la Seine.

C’est vraisemblablement à la demande de la direction du Parti communiste que De Saint-Étienne vint habiter Clamart en 1932. Tête de liste communiste aux élections municipales du 5 mai 1935, il plaça sa liste en seconde position, derrière celle de la municipalité sortante de droite. De Saint-Étienne constitua pour le second tour une liste d’Union comprenant seize communistes (Patrice Albertini, Henri Aussiètre, Auguste Ballenghien, Joseph Bouchaud, Albert Brendle, Marcel Delattre, Ernest De Saint-Étienne, Roger Dumagny, Octave Gérard, Maurice Gunsbourg, François Jeandra, André Morisset, Maurice Plais, Fernand Richer, Albert Roue, le seizième était vraisemblablement Élie Sarda), onze socialistes et trois radicaux pelletanistes. Toute la liste fut élue.

Les partis de gauche alliés sur la base de l’antifascisme eurent beaucoup de difficultés à se mettre d’accord sur la répartition des postes. Les socialistes souhaitaient l’application de la proportionnalité : le maire et un adjoint communiste, deux adjoints socialistes, dont le premier, et un adjoint pelletaniste. De Saint-Étienne ne proposa qu’un seul poste d’adjoint aux non-communistes. Ceux-ci refusèrent et Clamart fut dirigé par les seuls communistes.

La municipalité prit rapidement des mesures de caractère social comme la création le 27 juin 1935 d’un fonds de chômage partiel et l’institution du « sou de poche des vieillards hospitalisés ». Elle mit à l’étude un projet de dispensaire qui devait se substituer à celui tenu par les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul (la situation financière ultérieure empêcha de mener à bien ce projet). De Saint-Étienne fit construire, en régie directe, la petite école du Jardin Parisien. Il remplaça plusieurs concessions de services publics par des régies directes : ordures, marchés. Toutes ces mesures furent assez coûteuses et la municipalité refusait tout impôt supplémentaire (L’Aube Nouvelle, 3 avril 1937, Maurice Plais, « Deux années de gestion municipale »). Dès juin 1937, la municipalité n’arrive plus à payer ses fournisseurs. En septembre, le socialiste A. Villette accusa le Parti communiste de ne pas appliquer son propre slogan « Faire payer les riches ». Le 24 novembre, De Saint-Étienne annonça la nécessité de contracter un emprunt de liquidation pour payer les dépenses courantes. Malgré le vote favorable des conseillers, les organismes prêteurs refusèrent et la situation financière s’aggrava au point de provoquer la démission de douze socialistes et radicaux le 16 février 1939. Seuls restèrent comme « observateurs » deux militants liés au PSOP, René Dubois* et Alexandre Villette*. Mais, en dépit de la crise financière, les électeurs maintinrent leur confiance à De Saint-Étienne en envoyant douze nouveaux conseillers communistes à l’assemblée municipale le 30 avril 1939 (Armand Arrias, Fernand Besnier, Georges Coulou, Louis Épinette*, Marcel Fradet, Robert Genty, Mathurin Jegouzo, Henri Morel, René Poncelet, Lucien Portier, Camille Tourtois et Robert Walter).

De Saint-Étienne avait également été élu conseiller général de la première circonscription de Vanves en mai 1935. Il siégea à la 12e commission (transports en commun). En 1938, il fit, avec Georges Beaugrand*, un voyage d’étude en Angleterre pour étudier le « traitement des eaux résiduelles industrielles et urbaines ».

La préfecture de la Seine suspendit le conseil municipal communiste de Clamart le 4 octobre 1939. Elle confia la délégation spéciale au socialiste René Dubois, puis, le trouvant politiquement peu sûr, elle nomma à la présidence P.-E. Pujo, ancien animateur de la liste de droite aux élections municipales de mai 1935. De Saint-Étienne fut déchu de son mandat au conseil général le 21 janvier 1940 et de son mandat municipal dans les jours qui suivirent. Son conseil fut un de ceux qui, dans la Seine, résistèrent le mieux au choc du Pacte germano-soviétique : sur vingt-six élus communistes en fonction, un seul prit ses distances. Curieusement, son nom est associé à ceux de Pierre Longhi et Georges Le Bigot (deux élus de banlieue qui n’ont pas accepté le tournant politique qui suit le Pacte) dans un dossier du secrétariat du PCF début 1946.
Interné le 19 décembre 1939 puis envoyé au centre de séjour surveillé de Saint-Agneau (Cantal), De Saint-Étienne s’évada le 26 octobre 1940. Arrêté, emprisonné à l’île d’Yeu, il s’évada à nouveau et mourut subitement le 24 mai 1943 dans l’Eure.

Le témoignage d’un de ses adversaires aux élections municipales de 1935 (liste Pujo), Alfred Rastoul, mérite d’être cité : « De Saint-Étienne aurait-il réussi à rétablir la situation financière de la commune, s’il avait terminé son mandat de six ans ? Nous ne saurions le dire. Il était incontestablement un homme de valeur et un bon administrateur. Le temps lui a manqué à Clamart pour donner sa mesure. Je l’ai personnellement connu et profondément estimé. Poursuivi pour délit d’opinion, et resté inébranlablement attaché à sa foi communiste, il devait mourir avant la Libération, des suites de son évasion de prison. La foule nombreuse qui assista au retour de ses restes le 4 novembre 1944 et qui comprenait des gens de toute obédience lui a rendu, par son geste de sympathie, le plus mérité des hommages » (op. cit., p. 141).

Marié à Paris (XVe arr.) le 15 mars 1919, il était père de deux enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article22396, notice DE SAINT-ÉTIENNE Ernest, Jean [écrit parfois Saint-Étienne] par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 15 décembre 2018.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. PPo. 101, rapport du 25 mai 1941. — Arch. Com. Clamart, nombreuses recherches effectuées par l’archiviste communal. — L’Aube nouvelle, 1936-1939. — L’Humanité, mai 1935. — Alfred Rastoul, De la ville ou village. — Le Conseil municipal ; nos édiles, op. cit. — Notes de Philippe de Saint-Étienne.

ICONOGRAPHIE : Le Conseil municipal : nos édiles, op. cit.

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