FUCHS Addy [FUCHS Adolphe, dit Addy]

Par Nicolas Kssis

Né le 26 février 1926 à Paris (XIXe arr.), mort le 27 décembre 2018 à Paris (VIe arr.) ; tailleur ; militant communiste ; militant de la FSGT, notamment dans le domaine du volley-ball ; déporté.

Les parents d’Addy Fuchs, immigrés juifs polonais étaient arrivés en France en 1920 et furent naturalisés en 1929. La famille était pratiquante et comptait également des membres qui fréquentaient les cercles hassidiques. Addy Fuchs vit le jour « à l’hôpital Rothschild, parce que dans le temps c’était gratuit pour les familles pauvres. ». Il grandit dans le quartier de Belleville (Xe puis XIXe arr.), notamment rue de la Mare, dans un yiddishland dont il garda toujours un souvenir ému. Son père était tailleur à domicile. Élève de l’école de la rue Martel (Xe. arr), Addy Fuchs poursuivit sa scolarité au lycée Colbert. Il fut arrêté le 26 juillet 1942, à Vierzon (Cher) alors qu’il tentait de passer en zone sud muni de faux papiers. Transféré à Pithiviers, puis à Drancy, et de nouveau à Pithiviers en raison de sa nationalité française, il fut cantonné dans une baraque surnommée « sport » avec un groupe de jeunes adolescents.

Déporté vers Auschwitz le 21 septembre 1942, il parvint à se joindre aux hommes sélectionnés pour le travail et fut envoyé vers le camp d’Eichtal, puis transféré à Blechhammer où il participa à un groupe de jeunes déportés. En janvier 1945, lors des « marches de la mort », les détenus furent évacués vers Gross-Rosen puis Buchenwald où il fut affecté au camp de Langenstein et finalement libéré par l’armée américaine. À son retour en France, il ne pesait que 33 kg et, malade, ne put reprendre ses études. Il retrouva ses parents qui avaient été cachés par la Résistance. Il apprit sur le tas le métier de tailleur qu’il disait pourtant détester.

Addy Fuchs adhéra en 1947 au Club Populaire et Sportif du Xe arrondissement (CPS X), sur les conseils de son médecin qui redoutait les effets de sa boulimie, après les privations des camps. Il s’inscrivit d’abord au sein de la section des Amis de la Nature avant d’opter, malgré son 1,59m, pour le volley-ball, le sport de sa vie, avant de se consacrer également au ping-pong. À la même époque, il rejoignit les rangs du Parti communiste, « pour continuer à en croire en l’homme, c’était cela, la religion ou Israël ». Il quitta le PCF en 1969, profondément ébranlé à la lecture des témoignages de rescapés du goulag qui lui rappelèrent si intimement sa propre expérience de l’horreur concentrationnaire.

Au sein de la FSGT, il prit la direction de la section volley-ball de son club dans les années 1950, avant de grimper les échelons jusqu’à la commission sportive fédérale, où durant les années 1970 il contribua grandement à transformer les modèles de compétition et de pratique, notamment en introduisant les matchs en semaine pour les salarié-e-s ou en poussant à développer les matchs en équipes mixtes, jusqu’à les imposer dans les épreuves de la Confédération sportive internationale du travail (CSIT). Déjà membre fondateur de l’Amicale de Blechhammer en 1965, il s’engagea de plus en plus dans un travail de mémoire de la Shoah, à partir des années 1980, se rendant dans les classes, par le biais de l’Association pour la mémoire des enfants juifs déportés, pour faire connaître de son expérience de la déportation.

Après son décès, Thierry de Longchamp, un des dirigeants de la Commission fédérale d’activité volley-ball de la FSGT lui rendit ainsi hommage, gardant la mémoire de « sa force de conviction et de son caractère affirmé, et parfois aussi, avouons-le, de son fichu mauvais caractère et de ses coups de gueule pour défendre bec et ongles son cher volley FSGT et l’idée qu’il s’en faisait. Mais l’on se souviendra aussi et surtout de sa gentillesse et de son humour, de son œil qui frisait et de son regard pétillant de malice. » « Un Mench » rajouta son fils, Michel Fuchs, dirigeant du comité de Paris de la FSGT. « Ils ont perdu, il a gagné. Addy nous laissera un message d’humanité pour son club, pour la FSGT et auprès de tous ces jeunes à qui il a raconté inlassablement son parcours de vie. Dans tous les témoignages reçus, tous diront "j’ai eu de la chance de le rencontrer" ».

Marié, Addy Fuchs était père de trois enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article224077, notice FUCHS Addy [FUCHS Adolphe, dit Addy] par Nicolas Kssis, version mise en ligne le 9 mars 2020, dernière modification le 12 octobre 2021.

Par Nicolas Kssis

SOURCES : « CPS X, Club Populaire et Sportif. Au coeur de l’histoire du Xe arrondissent de Paris » (CPS-X), Sport et Plein Air, novembre 1996 — Virginie Linhart, La Vie après, Paris, Seuil, 2012. — Site du Cercle d’étude de la Shoah — Témoignage filmé d’Addy Fuchs, Musée d’histoire de l’Immigration.

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