CAZAL Antoinette, Blanche [dite Trognette] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Dominique Petit, Guillaume Davranche

Née le 10 mars 1862 au Falgoux (Cantal) ; morte le 12 avril 1902 à Paris (XIe arr.) ; couturière ; fille de brasserie ; anarchiste ; inculpée du « procès des Trente ».

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Antoinette Cazal avait rencontré Léon Ortiz à la brasserie Pompadour, rue Turbigo, où elle était fille de brasserie. Elle devint sa compagne. Elle était atteinte de tuberculose et Ortiz la soignait avec dévouement. Ils s’étaient donné le sobriquet de « Trognon » et « Trognette ».
En juillet 1892,Placide Schouppe, évadé de Guyane, repris la vie commune avec sa femme, qui entre temps avait eu une liaison avec le sculpteur Strauch. Elle voulant reprendre ses meubles, Strauch refusa. Schouppe et sa femme, aidés probablement d’Ortiz et d’Antoinette Cazal, les enlevèrent pendant son absence et emportèrent, des meubles n’appartenant pas à Mme Schouppe.
Strauch porta plainte, M. Clément, commissaire aux délégations judiciaires ouvrit une enquête et découvrit que le ménage Schouppe avait été hébergé deux ou trois jours par le couple Ortiz-Cazal qui demeurait à Montmarte, un tout petit logement de deux pièces et une cuisine, au rez de chaussée d’un pavillon perché sur le haut de la Butte, au milieu des terrains vagues et des jardinets qui entouraient le moulin de la Galette. Une cinquantaine de marches de pierre descendaient à une grille de fer ouvrant sur le 65 rue Lepic. M. Clément fit une perquisition mais ne trouva rien. Ortiz prévenu, était parti avec Antoinette Cazal, emportant dans une malle les objets et papiers compromettants. Ortiz abandonna alors son domicile, 65, rue Lepic, et quitta Paris pour se réfugier à Londres, tandis que sa maîtresse, Antoinette Cazal, se retirait dans sa famille, en Auvergne.
A la suite d’une brouille avec Ortiz (qui avait une nouvelle maîtresse, nommée Augustine Curry), survenue vers le mois d’août 1893 ou la fin de l’année 1893, Antoinette Cazal, sous prétexte de se venger de son amant, était venue raconter à la police, l’histoire assez baroque de l’attentat de l’avenue de l’Opéra. Elle alla même jusqu’à accuser Ortiz de la préparation de l’attentat contre la Société de Carmaux. C’était par ses indications que M. Espinas, juge d’instruction et M. Péchard, commissaire de police firent arrêter Bonnard, Crétot et Chailliey.
Antoinette Cazals allait même affirmant que c’était elle qui avait prêté à Antoinette Chailliey la mantille dont celle-ci s’était couverte pour aller déposer la bombe avenue de l’Opéra.
Mais les aveux d’Emile Henry survenaient qui avaient démoli tout le récit d’Antoinette Cazal. Et police et justice s’apercevant qu’elle avait vraisemblablement menti, décidèrent de l’arrêter.
Sur l’ordre de M. Espinasse, M. Bernard, commissaire aux délégations judiciaires, s’était rendu le 28 février 1894, à Aubervilliers, 70 route de Flandres et y procédait à l’arrestation de Blanche-Antoinette Gazal.
Elle fut arrêtée par les agents de la 3e brigade de recherches de la Préfecture de police. Après avoir été écrouée six jours au Dépôt, elle fut transférée à Saint-Lazare, jusqu’à l’ouverture du procès, le 6 août. Lors d’une confrontation avec Ortiz, devant le juge d’instruction, ils s’invectivèrent.
Pendant son séjour à Saint-Lazare, Antoinette Cazal, pour obtenir le droit de suivre le condamné à la Guyane, avait fait part de son projet de mariage à l’aumônier de la prison, l’abbé Domergue.
Quoique la légitimation de cette union dût être purement civile, l’aumônier avait adressé la jeune femme à la Société de Saint-Régis, qui s’occupait de faire obtenir la gratuité de la cérémonie religieuse.
Elle fut poursuivi en août, devant les assises de la Seine, dans le cadre du "procès des trente" et elle nia avoir fait partie de la bande de cambrioleurs de son compagnon. Défendue par Me Cagnet et fut acquittée tandis qu’Ortiz était condamné à 15 ans de travaux forcés.
Dès son acquittement, Antoinette Cazal avait commencé d’actives démarches à la Préfecture de police, près du bureau des prisons, elle avait obtenu de l’administration la permission de voir le détenu dans le parloir de faveur, à travers la grille, les dimanche, vendredi et lundi, pendant l’heure réglementaire.
Le 15 décembre 1894, à Paris, elle épousa Ortiz, à la mairie du XIe, avant son départ pour l’île de Ré et son transfert en Guyane où elle avait émis le projet de le rejoindre.
Ils se rendirent ensuite à l’église Sainte-Marguerite, où la bénédiction nuptiale avait été donnée aux mariés par le premier vicaire, en présence d’une vingtaine d’agents.
A midi et demi, Ortiz avait réintégré Mazas, d’où il était extrait la semaine suivante pour être envoyé à la prison de la Santé. Son départ pour l’île de Ré avait eu lieu en janvier.
Les ressources d’Antoinette Cazal ne lui permettant pas de suivre immédiatement son mari, elle allait habiter chez Mme Ortiz, et son second fils, au n° 23 de la rue Roussel.

Antoinette Cazal figurait, en septembre 1894, sur l’album photographique des individus qui doivent être l’objet d’une surveillance spéciale aux frontières. Son dossier à la Préfecture de police portait le n°293.922.
Elle était portée sur l’état récapitulatif des anarchistes au 31 décembre 1894 et demeurait 23 rue Roussel. Sur l’état du 31 décembre 1896, sa résidence était en recherche. Sur celui de 1901, elle demeurait 16 rue Guilhem.
Elle décéda chez elle, 28 avenue Parmentier, à l’âge de 34 ans, probablement de la tuberculose. Ortiz ne fit pas la déclaration de décès, il était rentré du bagne de Cayenne depuis septembre 1898 mais ne vivait, semble-t-il, plus avec elle.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article224148, notice CAZAL Antoinette, Blanche [dite Trognette] [Dictionnaire des anarchistes] par Dominique Petit, Guillaume Davranche, version mise en ligne le 11 mars 2020, dernière modification le 30 mars 2020.

Par Dominique Petit, Guillaume Davranche

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York
Fiche photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

SOURCES :
Le Journal des débats 1er mars et 15 juillet 1894, du 6 au 13 août 1894 et du 16 décembre 1894 — Le Petit journal 1er mars 1894 — Le Radical 28 février, 2 mars, 13 décembre 1894 — Le Gaulois 20 mars, 16 décembre 1894 — Le Temps 26 février 1894 — Archives de Paris. Etat civil — Notice Antoinette Cazal du Dictionnaire des militants anarchistes — Notes Guillaume Davranche — Archives de la Préfecture de police Ba 1500 — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine

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