DESBUQUOIS Gustave

Par André Caudron

Né le 14 décembre 1869 à Roubaix (Nord), mort le 22 janvier 1959 à Châtillon-sous-Bagneux (Seine, Hauts-de-Seine) ; jésuite, directeur de l’Action populaire et de ses nombreuses publications à Reims (Marne, 1905-1914) et à Vanves (Seine, Hauts-de-Seine, 1920-1946).

Cinquième des six enfants d’un artisan boulanger, Gustave Desbuquois perdit son père à l’âge de treize ans. Il fréquenta l’école des Frères puis le collège Notre-Dame des Victoires de Roubaix où un jésuite, le père François Doyotte, aumônier de l’Association catholique des patrons du Nord, l’aida à déterminer sa vocation. Il entra en 1889 au noviciat de la Compagnie de Jésus, exilé à Gemert (Pays-Bas). Il achevait sa théologie au scolasticat d’Enghien (Belgique) quand il rencontra le père Henri Leroy qui projetait de mettre sur pied un centre d’éducation sociale et civique, destiné en priorité à l’étude et à la diffusion de la doctrine sociale de l’Église. En janvier 1903 - Gustave Desbuquois allait être ordonné prêtre le 12 juillet à Paris - tous deux diffusèrent la première circulaire de l’Action populaire, imprimée dans les locaux de La Croix du Nord à Lille (Nord). Dès 1905, Henri Leroy céda la direction de cet organisme à son jeune collaborateur qui s’était révélé homme d’action.
Installée à Reims jusqu’à l’incendie de 1914, puis à Paris, à Noisy-le-Sec (Seine, Seine-Saint-Denis) et enfin à Vanves en 1920, l’équipe des jésuites de l’Action populaire, sous l’impulsion du père Desbuquois, joua un rôle considérable auprès des catholiques sociaux et des démocrates chrétiens, rôle d’animation, d’inspiration, de formation et de documentation, notamment par ses revues et sessions. À travers les célèbres « brochures jaunes » des premières années, au nombre de trois cents, la Revue ou les Dossiers de l’Action populaire, le Mouvement social, les Cahiers d’action religieuse et sociale (1933), etc., il s’agissait de persuader les catholiques, clercs et laïcs, de la nécessité de l’action sociale et du syndicalisme chrétien. Au nombre d’une vingtaine, les membres de cette équipe, conférenciers et auteurs, avaient chacun leur spécialité. Plus d’un laissa un nom dans l’histoire religieuse et sociale du XXe siècle, tels Achille Danset, Georges Guitton, Jean Boulier*, Victor Dillard, Joseph Bertheloot ou Pierre Bigo.
Le père Desbuquois, pour sa part, avait donné des conférences à la section des sciences sociales et politiques de la « Catho » de Lille (1910-1913) et manifesté sa sympathie à l’abbé Lemire, député-maire démocrate d’Hazebrouck, face à l’hostilité de sa hiérarchie religieuse et des milieux conservateurs. En butte aux attaques des intégristes tels Gaston Defoyère (pseudonyme de Gustave Delattre-Dassonville), l’abbé Emmanuel Barbier, Mgr Henri Delassus et autres, l’Action populaire dut elle-même se défendre en 1914 mais nulle condamnation ne vint de Rome.
Entre les deux guerres, l’évolution des formes d’apostolat dut beaucoup à Desbuquois : il soutint les secrétariats sociaux, les syndicats chrétiens, l’Union féminine civique et sociale (UFCS) et les Scouts de France. Convaincu du bien-fondé de l’apostolat spécialisé, il appuya les pionniers de la JOC, guida les jeunes paysans de la JAC et les étudiants de la JEC. Depuis 1924, il était auprès du président, le général de Castelnau, un conseiller pour la direction de la Fédération nationale catholique (FNC). Également conseiller des Semaines sociales, il y intervint à huit reprises, de Saint-Étienne en 1911 à Lille en 1932. Il avait aussi fondé à Rouen, avec Valentine Charrondière, l’institut séculier des Auxiliaires familiales (1922). Il était souvent appelé en consultation au Vatican où il influença certaines nominations épiscopales et participa à la préparation des encycliques Quadragesimo anno et Divini redemptoris. Le pape Pie XI disait de lui qu’il était « une fenêtre ouverte sur le monde ». Il contribua à faire connaître l’enseignement social de l’Église, édita les grandes encycliques et annota Quadragesimo anno.
En 1923, avec le futur cardinal Verdier, alors directeur du séminaire des Carmes, et le recteur Alfred Baudrillart, il jeta les bases de l’Institut d’études sociales, rattaché à l’Institut catholique de Paris, qu’allaient fréquenter des prêtres de tous les continents. Conférencier de l’Union internationale d’études sociales de Malines (Belgique), il fut l’un des conseillers de Mgr Maglione, nommé nonce à Paris en 1926, avec mission de faire respecter la condamnation de l’Action française.
La Seconde Guerre mondiale dispersa une nouvelle fois l’équipe de l’Action populaire. Son directeur créa en zone libre deux revues de remplacement, Cité nouvelle et Renouveaux (1940). Trouvant dans les principes de la Révolution nationale un certain intérêt, il recommandait aux militants, jocistes notamment, la « politique de présence » au sein des institutions du gouvernement de Vichy. Bien qu’il cautionnât de moins en moins la politique du maréchal Pétain, son attitude fut néanmoins contestée par son entourage. La maladie, en 1946, le contraignit à l’immobilité et à la retraite. Il fut accueilli par les Auxiliaires familiales tandis que le père Jean Villain* prenait sa succession à la tête de l’Action populaire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article22416, notice DESBUQUOIS Gustave par André Caudron, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 12 avril 2021.

Par André Caudron

ŒUVRE : Dans le mystère, l’espérance, 1934. — La charité, 1960. — Avec les pères Marie-Vincent Bernadot et Michel Riquet, Réponse aux théologiens d’Action française. Le joug du Christ, 1928.

SOURCES : Politique sociale et christianisme, le père Desbuquois et l’Action populaire, 2 volumes, Les Éditions ouvrières, Paris, Rome, 1969-1981. — Dictionnaire de biographie française, tome 10, Letouzey et Ané, 1965 (Hugues Beylard). — Catholicisme, tome 3, Letouzey et Ané, 1956 (Jean Villain). — Notice DBMOF, par Michel Launay. — Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, Beauchesne, 1. Les Jésuites, 1985 (Hugues Beylard) ; 4. Lille-Flandres, 1990 (André Caudron). — Ernest Pezet, Chrétiens au service de la cité, Nouvelles éditions latines, Rennes, 1965. — Osservatore romano, édition française, 5 juin, 12 juin 1959. - La Croix, 7-8 septembre 1959.

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