LESPÈS Jacques [LESPÈS Rémy, Antoine, Roger, Jacques

Par Michel Germain, Dominique Tantin

Né le 30 octobre 1911 à Bordeaux (Gironde), fusillé le 15 juin 1944 à Annecy (Haute-Savoie) ; sous-préfet ; résistant des Forces françaises combattantes (FFC) et du réseau Éleuthère (Libération-Nord).

Rémy Lespès était le fils de Jean Pierre Alexandre Roger et de son épouse Antonia Cécile Marguerite Klecker. Docteur en droit, Jacques Lespès débuta dans l’administration en 1941, comme chef de bureau auxiliaire à la Préfecture du Rhône. En 1942, il fut chargé de mission de 3è classe, à l’Intendance des Affaires économiques de la région de Clermont-Ferrand, puis en février 1944, le gouvernement de Vichy le nomma sous-préfet de l’arrondissement de Bonneville à titre intérimaire. Il avait rejoint les FFC, le réseau Éleuthère de Libération-Nord (en relation avec l’ORA), chargé du renseignement militaire et du contre-espionnage. Ce réseau avait été fondé en mai 1943 par Hubert de Lagarde. L’appartenance au NAP ou Super NAP n’est pas exclue, mais n’est pas attestée dans les sources consultées.
Le 14 juin 1944, Jacques Lespès, alors qu’il se rendait à Annecy à une convocation du préfet Marion, tomba par hasard sur l’embuscade tendue par le Corps franc départemental au G.M.R. Jarez, au droit de la fruitière de Même (commune d’Eteaux). Il donna l’ordre (écrit) au commandant Vernay du G.M.R. Jarez de se rendre aux maquisards.
Après quoi, parvenu à Annecy, pressé par ses amis qui avaient peur des conséquences de ce geste de se réfugier en Suisse, il répondit : « Je tiens à assumer jusqu’au bout la responsabilité de cette affaire, dussé-je être fusillé par les Allemands. D’ailleurs, je ne regrette rien ».
La Gestapo, informée de cet acte, procéda à son arrestation et lui offrit de sauver sa vie en attestant par écrit qu’il regrettait sa conduite. Mais devant son refus, la police allemande informa le Préfet Marion de sa décision de fusiller le sous-préfet. Et, comme si elle ne voulait pas assumer seule cet acte, elle convainc le Préfet de convoquer une secrétaire, Christiane, à qui il demanda de taper le procès-verbal de la condamnation à mort du haut fonctionnaire. La Gestapo embarqua le jeune sous-préfet et le fusilla le 15 juin 1944 dans la cour de la caserne de Galbert, à Annecy. Curieusement l’acte de décès précise qu’il est mort « avenue de Tresum (hôpital) à 21 heures ».
« Vers 10 heures du soir, la téléphoniste de service à la Préfecture recevait de la caserne Galbert un message indiquant que le sous-préfet de Bonneville venait d’être fusillé et que son corps était à la disposition des autorités françaises. M. Lespès est mort en brave. Devant la salve des fusils allemands, il avait ouvert sa veste pour présenter sa poitrine. Sa mort, comme sa vie furent un exemple. Il était âgé de 32 ans. » (in l’Allobroge du 26 août 1944).
Chevalier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur, Croix de Guerre 39/45 à titre posthume - Médaille de la Résistance Française, Croix d’Honneur en or de la Bravoure de la Résistance des Francs-Tireurs Libres de la Résistance, il fut cité à l’Ordre de la Nation le 14 septembre 1945 : « Sous-préfet de Bonneville dans une période particulièrement difficile, a su mériter l’estime et la confiance de tous ses administrés par ses belles qualités d’intelligence et de cœur alliées à un patriotisme ardent. Le 14 juin 1944, se trouvant en présence d’un groupe de G.M.R. arrêté par les troupes du maquis, est intervenu pour empêcher le combat et, de sa propre initiative, a donné l’ordre aux G.M.R. de remettre leurs armes aux F.F.I. Arrêté le soir même par la Gestapo comme étant « le premier fonctionnaire civil français qui ait donné l’ordre de désarmer devant la Résistance », a été fusillé sans jugement le 15 juin 1944 », signé Charles de Gaulle.
Il fut reconnu « Mort pour la France » le 25 octobre 1945 et homologué « chargé de mission de 3è classe, (sous-lieutenant des Forces françaises combattantes) ». Il repose dans le carré militaire du cimetière de Loverchy, à Annecy, tombe n°137 (acte de décès Annecy 318/1944). Une plaque apposée à la Préfecture et une autre apposée dans l’ancien quartier militaire de Galbert rappellent ce sacrifice. D’autre part, il figure sur le monument aux morts de Bonneville. Le dossier concernant cette affaire montre l’écrasante responsabilité du Préfet Marion et de certains collaborateurs de Vichy. D’autre part on trouvera d’autres informations dans le fonds du Mémorial de l’oppression 3808 W 1373 ainsi que dans le CD Rom sur la Résistance en Haute-Savoie.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article224178, notice LESPÈS Jacques [LESPÈS Rémy, Antoine, Roger, Jacques par Michel Germain, Dominique Tantin , version mise en ligne le 11 mars 2020, dernière modification le 26 septembre 2021.

Par Michel Germain, Dominique Tantin

SOURCES : Michel Germain, Haute-Savoie Rebelle et martyre, Mémorial de la Seconde guerre mondiale en Haute-Savoie, La Fontaine de Siloé, 2009. — MémorialGenWeb. — Mémoire des Hommes. — Service historique de la Défense, Vincennes GR 16 P 367654 (nc) et Caen SHD/ AC 21 P 562899.

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