LÉZAT Pierre, Joseph

Par André Balent

Né le 25 février 1881 à Sainte-Foy-de-Peyrolières (Haute-Garonne), massacré le 12 juin 1944 à Saint-Lys (Haute-Garonne) ; jardinier puis cultivateur à Saint-Lys ; victime civile du 3e bataillon du régiment Deutschland de la division SS Das Reich

Pierre Lézat était le fils de Pierre, âgé de trente-huit ans, cultivateur et de Jacquette Daram, âgée de vingt-deux ans. À cette date, les époux Lézat étaient domiciliés à Sainte-Foy-de-Peyrolières, village situé à 4 km au sud-ouest de Saint-Lys où ils s’établirent plus tard. C’était le cas en 1907. Pierre Lézat, jardinier, se maria le 12 mai 1907 à Saint-Lys avec Julie Ducros, née à Saint-Lys le 4 novembre 1885. Il se marièrent sans contrat. Julie Ducros était la fille de François Ducros, cultivateur et de Bernadette Saint-Martin âgés respectivement de cinquante-cinq et cinquante-huit ans en 1907. Ils étaient domiciliés à Saint-Lys au quartier de Guérandeau. Pierre Lézat avait, selon sa fiche du registre matricule, un degré d’instruction de niveau 3, c’est à dire une « instruction primaire plus développée ».

Pierre Lézat effectua son service militaire du 15 novembre 1902 au 23 septembre 1905 au 59e régiment d’Infanterie (RI) en garnison à Foix et Pamiers (Ariège). Caporal le 20 novembre 1903, il fut libéré avec un certificat de bonne conduite.

Pendant la Grande Guerre, Pierre Lézat fut mobilisé le 3 août 1914 à Toulouse (Haute-Garonne) au 14 RI. Il demeura « à l’intérieur » jusqu’au 14 novembre 1914. Il resta ensuite dans la zone des armées, effectuant des séjours en première du front jusqu’au 7 septembre 1915. Le 8 septembre, il avait été disparu alors qu’en fait, il avait été fait prisonnier par les Allemands. Ce jour-là à l’Hazarée, dans l’Argonne (Marne), deux régilments méridionaux dont le 14e RI récemment rattachés à la 131e division d’Infanterie composée jusque là exclusivement par des régiments bretons, firent face à une puissante attaque de troupes commandées par le Kronprinz. Ce fut dans le cadre de ces combats d’une extrême violence que Pierre Lézat fut fait prisonnier le régiment subit, ce jour-là des pertes considérables). Il fut en captivité à Molsebourg (Mosel Burg ( ?), alors en Prusse, aujourd’hui dans le land de Rhénanie-Palatinat). Il demeura prisonnier jusqu’au 13 janvier 1919. Rapatrié le 24 janvier 1919, il regagna le 14e RI à Toulouse le 28 mars 1919 et fut mis en « congé illimité » le jour même.

Il revint ensuite à Saint-Lys où il reprit son exploitation agricole. Il essya à plusieurs reprises de se faire accorder une pension pour séquelles de sa participation aux combats de la Première Guerre mondiale. Dans un premier temps, le 9 mars1934, il fut déclaré pensionné temporaire à 15 % pour "otite". Elle fut renouvelée les années suivantes, toujours de façon temporaire mais portée à 35% le 29 janvier 1936. Enfin, le 10 janvier 1940, le conseil de réforme de Toulouse lui accorda une penseion permanente à 35 % pour "otite adhésive bilatérale".

Après avoir fait sauter, le 12 juin 1944, le château de Gagen (commune de Bonrepos-sur-Aussonnelle, Haute-Garonne), premier cantonnement des hommes du maquis (Armée secrète) de Saint-Lys et incendié ses dépendances, hangars et pigeonnier, les SS de la division Das Reich — en opérations depuis le 10 juin contre les maquis du Comminges (Haute-Garonne), du Couserans (Ariège) et de la Bigorre (Hautes-Pyrénées) — se regroupèrent et pénétrèrent dans le village de Saint-Lys, effectuèrent des perquisitions et commirent des déprédations. Après 20 heures, ils se répandirent ensuite dans les fermes de la périphérie du bourg, sur les territoires de la commune limitrophe de Bonrepos-sur-Aussonnelle où ils tuèrent un civil de passage, Gino Zanghieri et de celle de Saint-Lys même où ils massacrèrent six civils. Ils tiraient dans tous les sens afin d’impressionner des populations civiles soupçonnées de complicités avec les maquis. Ils massacrèrent des civils, un peu au hasard. Ce fut le cas, entre autres de Pierre Lézat. Le 12 juin 1944, en début de soirée, il était, d’après Pierre Raymond (op. cit.),en train de travailler dans,sa vigne, près du hameau de Gavachon. Il était sourd — séquelle de l’otite contractée entre 1914 et 1915 — et lorsqu’un Allemand l’interpela, il ne put lui répondre. Il fut abattu d’une balle dans la nuque. Le lendemain, on retrouva son cops plié en deux au milieu des ceps de vigne.

Le nom de Pierre Lézat fut inscrit sur le monument commémoratif érigé à la sortie du village de Bonrepos-sur-Aussonnelle, vers Saint-Lys. Sur cette plaque est gravée, avec les noms, l’inscription suivante : « Le maquis de Saint-Lys à ses camarades des Corps francs de Libération morts au combat du 12 juin 1944 ». Une plaque y a été apposée à sa base avec leurs noms et l’inscription suivante : « Aux victimes civiles de la barbarie nazie du 12 juin 1944 ». Il est également gravé sur le monument aux morts de Saint-Lys appartenant à toutes les catégories de victimes de la Seconde guerre mondiale, parmi lesquelles celles du maquis de Saint-Lys (on y a rajouté ultérieurement les morts de la guerre d’Algérie). Par délibération du 16 mai 1994, le conseil municipal de Saint-Lys attribua à la route de Saint-Clar (RD n° 51] le nom d’avenue Pierre-Lézat.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article224185, notice LÉZAT Pierre, Joseph par André Balent, version mise en ligne le 11 mars 2020, dernière modification le 13 mars 2020.

Par André Balent

SOURCES : Arch dép. Haute-Garonne, 1 IM 2200, 1 E 12, état civil de Sainte-Foy-de-Peyrolières (1880-1889), acte de naissance de Pierre Lézat et mention marginale ; 2 E IM 9648, 1 E 28, état civil de Saint-Lys, acte de mariage entre Pierre Lézat et Julie Ducros ; 1 R 286, f° 286, fiche du registre matricule de Pierre Lézat. — Anonyme, Historique du 14e régiment d’Infanterie [1914-1918], Toulouse, Librairie Privat, 1920, 48 p. — Michel Goubet, « Le maquis et le combat de Saint-Lys 12 juin 1944 » in La résistance en Haute-Garonne, CDROM, Paris, AERI (Association pour des études sur la résistance intérieure), 2009. — Guy Penaud, La « Das Reich » 2e SS Panzer Division, préface d’Yves Guéna, introduction de Roger Ranoux, Périgueux, La Lauze, 2e édition, 2005, 558 p. [p. 398, p. 542]. — Pierre Raymond, « Le Maquis de Saint-Lys pendant la Seconde Guerre mondiale », in Saint-Lys, une bastide entre Gascogne et Languedoc, Ville de Saint-Lys, Éditions Maury, 2003, 245 p. [pp. 185-190]. — Philippe Viguier, Le maquis de Saint-Lys 1944, sl., sd [1985], 22 p. — « Le massacre du 12 juin 1944 à Saint-Lys, Bonrepos-sur-Aussonnelle et Saiguède », site : Mairie de Saint-Lys, Service « Pôle culturel », mis en ligne le 6 février 2019, PDF, 2 p., consulté le 26 février 2020. — Site MemorialGenWeb consulté le 11 mars 2020.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément