CHAMBON Raoul [dit Lambert] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Dominique Petit

Né le 3 juillet 1873 à Valréas (Vaucluse) ; graveur-lithographe ; anarchiste de Lyon et de Paris ; inculpé du « procès des Trente ».

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Raoul Chambon était l’ami de Molmeret, graveur-lithographe et originaire, comme lui, de Valréas, où il avait organisé un « groupe d’études sociales ». Molmeret aurait initié Chambon à l’anarchie.
Raoul Chambon s’était fait connaître comme militant à Lyon où, sous le faux nom de Lambert, il avait loué une chambre pour donner asile aux anarchistes de passage. Depuis, il aurait été en relations constantes avec les anarchistes de Londres dont le quartier général était établi 30, Fitzroy-Square.
A Lyon il militait avec Joseph Molmeret et Jean Lombard.
En janvier 1894, il gagna Paris, sous le nom de Lambert, avec Lombard et Molmeret, pour semer la police qui était sur ses traces. Il fut hébergé rue Beauregard, dans un garni occupé par Molmeret et son épouse. Il échangea des correspondances avec Lombard, réfugié à Londres.
Il fut arrêté par la police le 26 mai, avec Molmeret et sa femme dans cet hôtel : la police perquisitionnait chez M. Molmeret et ne trouvait rien.
Au moment de son arrestation Chambon essayait de faire disparaître, en l’avalant, un écrit contenant un appel adressé aux anarchistes en vue d’une action immédiate. Dans la perquisition faite chez lui, la police trouvait une lettre de Lombard. Mme Molmeret était remise en liberté par le juge qui l’avait interrogée le soir de son arrestation.
Du 6 au 12 août 1894, il comparut devant les assises de la Seine dans le cadre du « procès des trente » (voir Élisée Bastard).
Lors de son interrogatoire, il déclara :
D. Vous avez habité rue Boileau et rue Meslay. Pourquoi ces deux logements ?
R. J’étais sans travail et j’ai cherché à faire de la gravure, c’est pour cela que j’ai loué un petit cabinet rue Boileau. J’y ai logé un graveur nommé Calame.
D. C’était un anarchiste. Du reste vous étiez là avec Lombard, autre anarchiste dangereux.
R. J’ai été lié avec Lombard, j’ai été arrêté avec lui, nous avons dû revenir à Paris, puis il est allé à Londres et m’a écrit ce qu’il faisait.
D. Lors de votre arrestation vous avez essayé d’avaler une lettre très compromettante, contenant un appel aux camarades de l’anarchie et les incitant à la violence. C’est écrit par vous.
R. Je l’ai copiée mais ne me rappelle pas où.
D. Vous avez voulu faire disparaître ce papier.
R. Je craignais qu’on ne l’interprétât mal, comme cela s’est passé.
D. On a trouvé, en outre, deux écrits très violents faisant l’apologie du crime d’Emile Henry et un autre intitulé : « Recette culinaire », annonçant la publication d’un manuel pour la confection des explosifs.
R. Cela a été copié comme l’autre document.
D. Vous donnez une indication utile à la Cour (à l’accusé) : D’où viennent ces écrits de Lombard ?
R. Je ne me le rappelle pas.
D. Vous avez reçu une lettre d’une femme.
R. J’étais en prison à ce moment.
D. On vous accuse d’entente anarchiste ?
R. Je ne connais personne à Paris et je ne me suis jamais occupé d’anarchie.
Comme tous les autres inculpés du procès, non compromis dans des affaires de droits communs, il fut acquitté.
Son dossier à la Préfecture de police portait le n°333.783.
Son nom et sa photographie, figuraient, en septembre 1894, sur l’album photographique des individus qui doivent être l’objet d’une surveillance spéciale aux frontières (fichier Bertillon).
Chambon fit son service militaire au 14e régiment d’artillerie à pied à partir du 16 novembre 1894. Il fut nommé brigadier le 24 septembre 1895 et rendu à la vie civile le 18 septembre 1897.
Le 4 février 1899, il habitait 3 rue Confort à Lyon ; le 30 octobre 1899, au Rey à Saint-Etienne ; le 23 mars 1903 à la Basse Jomayère à Saint-Etienne ; le 5 mars 1908, place Layat à Saint-Etienne ; le 24 avril 1911, rue du Mont à Saint-Etienne.
Il fut mobilisé du 3 août 1914 au 20 octobre 1915. Il fut détaché à la maison Cognet à Lyon le 2 octobre 1915 ; il passa à la maison Gros à Saint-Etienne le 11 juin 1917. Le 1er juillet 1917, il fut affecté au 38e régiment d’infanterie. Il fut libéré du service militaire le 1er octobre 1921.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article224215, notice CHAMBON Raoul [dit Lambert] [Dictionnaire des anarchistes] par Dominique Petit, version mise en ligne le 12 mars 2020, dernière modification le 31 mai 2020.

Par Dominique Petit

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York
Fiche photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

SOURCES :
Le Journal des débats du 15 juillet 1894 et du 7 au 13 août 1894. — Le Rappel 9 août 1894 — Le Radical 29 mai 1894 — Notice Raoul Chambon du Dictionnaire des militants anarchistes — Causes criminelles et mondaines de 1894 par Albert Bataille, E. Dantu éditeur 1895 — Archives départementales du Vaucluse. Etat civil de Valréas. Registre matricule 904, classe 1893 — Archives de la Préfecture de police Ba 1500. Gazette des tribunaux 6-7, 10 août 1894 — Notes Guillaume Davranche.

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