DESCOMBES Joseph, Marie

Par Jacques Girault

Né le 28 mai 1893 à Givors (Rhône), mort le 11 décembre 1963 à Lyon VIIIe (Rhône) ; professeur puis inspecteur d’académie ; résistant ; militant mutuelliste du Vaucluse.

Fils d’un instituteur devenu directeur d’école à Lyon, Joseph Descombes entra à l’École normale d’instituteurs de Lyon en 1909 et fut reçu à l’École normale supérieure de Saint-Cloud en 1913. Il fut mobilisé en août 1914 comme officier interprète au bureau régional des prisonniers de guerre à Lyon. Envoyé au front, il contracta une grave maladie et fut versé dans les services auxiliaires en septembre 1916. Après avoir enseigné deux mois à l’école primaire supérieure de Nevers (Nièvre), il fut à nouveau mobilisé de décembre 1916 à septembre 1917. Il enseigna comme professeur délégué à l’École normale de Mâcon (Saône-et-Loire) de novembre 1917 à 1919, réintégra l’ENS de Saint-Cloud pour préparer le certificat d’aptitude au professorat des écoles primaires supérieures et des écoles normales qu’il obtint et fut nommé professeur d’allemand à l’École normale de Varzy (Nièvre) avant d’être nommé à celle de Bourg (Ain) où il remplaça Émery*, puis à l’école primaire supérieure de Lyon (rue de Condé) en octobre 1920.

Il commença ses études à la faculté des lettres de Lyon, obtint la licence ès lettres en 1921, un certificat d’allemand en 1922, un diplôme d’études supérieures d’Allemand en 1923 et fut reçu à l’agrégation d’allemand en 1924. Nommé aux lycées Emile Loubet à Valence (Drôme) en 1923-1924, de Saint-Étienne (Loire) en 1924-1926 puis de Nice (Alpes-Maritimes) en 1926-1928, il devint inspecteur d’académie dans les Basses-Alpes où il resta de 1928 à 1934. Il s’était marié en février 1927 à Antibes (Alpes-Maritimes). Le couple adopta une fille en 1939.

Dans ses fonctions, Joseph Descombes eut des rapports contrastés avec les syndicats d’instituteurs. En 1929, il refusa l’exeat au trésorier du syndicat unitaire, refusa d’inscrire l’histoire de France de la FUE sur la liste départementale des manuels scolaires. Mais, en homme de gauche, il eut une activité favorable aux revendications syndicales (postes déshérités, fréquentation scolaire, hygiène, éducation physique, enseignement du chant, organisation d’une tombola pour les pupilles). En en juin 1931, lors des fêtes pour le cinquantenaire de l’école laïque, il présida du comité des fêtes qui connurent un grand succès. Il participa à la création de la fédération des éclaireurs de France. Ses succès lui valurent la reconnaissance des syndicats. Des liens d’amitié s’établirent avec le responsable syndical Borrély*. En 1932, la section départementale du Syndicat national des instituteurs se réjouit de son attitude lors du mouvement. La presse de droite mettait en doute ses qualités comme président des pupilles de l’école laïque. La presse de gauche se félicitait de son action comme président départemental des éclaireurs de France qui, depuis son arrivée, étaient organisés dans les quatre villes du département. Lors de la cérémonie pour sa remise de la Légion d’honneur en avril 1934, un rassemblement, présenté comme une manifestation laïque par la presse, de 300 enseignants se déroula à Digne organisé par un comité dont il avait provoqué la formation, contre l’avis du ministère. Il aurait menacé les délégués absents du syndicat unitaire. L’École libératrice le 28 avril dénonça cette manifestation où il se fit remettre par les enseignants une statue en bronze représentant « Le gladiateur combattant ». L’École émancipée, le 13 mai 1934 ironisa et protesta. Les syndicats dénoncèrent cette action par une démarche auprès du Ministère affirmant qu’ « il avait cherché à opposer les instituteurs à leurs représentants syndicaux ». Il se défendit en expliquant que les syndicats n’avaient pas été suivis et qu’il n’avait pas engagé une épreuve antisyndicale.

Une campagne de presse commença. La question fut évoquée au congrès du SNI à Nice en août 1934. Le ministère le déplaça à Valence (Drôme) en novembre 1934 ce qui correspondait à ses vœux pour des raisons d’avancement. Mais l’affaire ne fut pas close. Le ministère ordonna une enquête sur son rôle lors du cinquantenaire de l’école laïque et la gestion financière de l’événement. L’avis de l’inspecteur général conclut à l’imprudence de l’Inspecteur d’Académie qui répliqua par une longue réponse en mai 1935. Il se présenta comme fortement opposé aux professeurs orientés à droite, mais aussi aux « révolutionnaires », comme ayant fait son possible pour obtenir la non-participation des instituteurs à la grève du 12 février 1934, objectif atteint, s’opposant aux méthodes des « tyranneaux de syndicats [...] les faveurs et la terreur ». Il concluait avoir « résisté aux actions des communistes et des syndicalistes révolutionnaires » tout en soutenant les initiatives des « associations laïques autour de l’école que je soutiens ». En somme il reprochait à l’inspecteur général, chargé de l’enquête, d’avoir trop écouté les syndicats dans son enquête. Ce dernier s’en défendit. Le ministère demanda donc au recteur de l’Académie de Grenoble de surveiller l’inspecteur d’Académie dans le Drôme et d’éviter de nouvelles imprudences.

Pour le calcul de sa retraite, Joseph Descombes était resté théoriquement en poste dans la Drôme jusqu’en 1945 mais cette période fut émaillée d’incidents. Il fut mobilisé jusqu’à l’été 1940 comme capitaine à l’état-major d’une division des chasseurs en Alsace. Il organisa l’accueil dans la Drôme d’instituteurs alsaciens. Quand l’inspecteur d’Académie des Bouches-du-Rhône fut relevé de ses fonctions en février 1941, il le remplaça, mais reprit très vite son poste à Valence. Il refusa son déplacement d’office dans le Morbihan en mars 1943 qu’il considérait comme une rétrogradation, "pour raisons majeures de santé et de famille et raisons matérielles et morales". Il fut alors mis à la disposition de la direction du secondaire et nommé professeur à Marseille, mesure qu’il refusa. Le ministère lui demanda alors de faire valoir ses droits à la retraite, ce qu’il refusa. Il se pourvut devant le Conseil d’État, protesta par lettres auprès du ministère s’estimant victime « d’une abominable injustice », entama de nombreuses démarches affirmant avoir « les meilleures relations avec le préfet, la légion, l’église, le secours national, l’association professionnelles des instituteurs » afin de saisir le Maréchal Pétain en raison de ses états de service militaire. Il avait acquis la conviction que le prétexte venait d’une lettre considérée comme « gaulliste » qu’il avait adressée à l’épouse du général Giraud. Mais son successeur à Valence avait pris son poste. Le ministère exigea alors qu’il fasse « amende honorable », ce qu’il refusa. Le préfet "le chargea d’un emploi dans le service des réquisitions, service en rapport constant avec les autorités allemandes".

À la Libération, la situation se compliqua puisqu’il y avait officiellement deux inspecteurs d’académie dans la Drôme. Le successeur de Descombes avait rejoint le maquis et était soutenu par la section départementale du SNI. Descombes, arrêté, resta emprisonné pendant dix jours. On lui reprochait d’avoir exécuté avec zèle, en 1940, les sanctions contre les enseignants de son département. Il prouva qu’il avait subi des pressions préfectorales et qu’il avait considérablement aidé les résistants locaux pendant la période précédente. Le rapport du Conseil supérieur d’enquête du ministère le 20 juin 1945 estima qu’il devait être réintégré à partir de la date de sa mise à la retraite d’office en avril 1943, sans rétroactivité car il avait eu une sanction administrative au titre de l’épuration administrative.

Le 5 octobre 1945, le ministère le détacha à Baden-Baden, comme inspecteur dans la zone française d’occupation. Un an plus tard, il démissionnait de cette affectation mais restait en service au titre des services annexes de la direction de l’enseignement français. En octobre 1947, le ministère lui proposa la Corrèze qu’il finit par accepter en décembre tout en estimant que son ancienneté devait de lui « donner droit à un meilleur poste dès que les circonstances le permettront ». En juin 1946, il demanda sa mutation dans les Alpes-Maritimes et Jean Médecin, député-maire de Nice intervint en sa faveur. Il finit par obtenir le Vaucluse et y demeura jusqu’à sa retraite.
Henri Descombes présida à l’organisation de la nouvelle section départementale de la Mutuelle générale de l’éducation nationale, sous l’impulsion du SNI avec lequel il avait établi des rapports apaisés. Il fut soutenu par le recteur et par la section départementale du SNI quand le préfet, en 1950, voulut, selon le recteur, « l’utiliser comme un agent politique ».
En mars 1956, Descombes, victime d’un accident de la circulation en cours de service, resta hémiplégique, ce qui accéléra sa mise à la retraite en octobre 1956.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article22447, notice DESCOMBES Joseph, Marie par Jacques Girault, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 10 novembre 2021.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat., F/17 27282. — Presse syndicale départementale et nationale.

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