MARTIN Manuel, Henri

Par André Balent, Georges Ribeill

Né le 14 janvier 1922 à Moux (Aude), condamné à mort et guillotiné le 14 août 1944 à Brandebourg-Görden (Allemagne) ; cantonnier auxiliaire en gare SNCF de Moux (Aude).

Fils d’Eloi Martin né le 13 septembre 1888 à Mombeltrán (province d’Ávila, Espagne) et de Félicie de la Fuente née le 10 juillet 1890 dans la même localité. Installés à Moux (Aude) entre Carcassonne et Lézignan, ils eurent trois garçons et rois filles. Manuel Martin était le troisième enfant du couple. Son second prénom, Henri, était devenu usuel. Pour le SHD, il s’agit d’un surnom.

Naturalisé en 1926,en même temps que les autres membres de sa famille, Manuel Martin, célibataire, habitait à Moux, chez ses parents, rue de l’Égalité. Il fut embauché par la SNCF comme cantonnier et fut affecté à la gare de Moux, sur la ligne Bordeaux-Sète et tête de ligne de l’embranchement, aujourd’hui désaffecté, vers Caunes-Minervois (Aude). Il occupait un emploi de cantonnier.

Le 22 juin 1943, il fut envoyé en Allemagne au titre du STO à Neuseddin près de Berlin. Il y fut employé, dans la gare de triage de cette vile comme cheminot de la Deutsche Reichsbahn. Rapidement,il s’impliqua dans la "résistance" en aidant, pendant près de quatre mois à l’évasion de prisonniers de guerre français. Il alla jusqu’à les héberger avant de les faire monter dans des wagons plombés qu’il replombait après y avoir fait monter les fugitif. Il était aidé par d’autres Français,cheminots français affectés eux aussi en Allemagne, tous cantonniers de la SNCF : Pierre Level, de Nancy (Meurthe-et-Moselle ; Jérôme Pardo, d’Albi (Tarn) ; Pierre Pujols de Barsac (Gironde). Le site MemorialGenWeb donne aussi, parmi ses camarades qui l’aidèrent dans son soutien logistique aux évasions, Lucien Platié, de Narbonne (Aude). Il refusa de s’évader lui-même, donnant la priorité à son frère, prisonnier de guerre. Ils furent arrêtés par la police allemande le 19 octobre 1943 et écroués à la prison de Postdam. pour avoir, avec l’aide de trois camarades, fait évader plus de 300 prisonniers français. Au cours du procès, au Volksgericht de Berlin, Martin revendiqua pour lui seul la responsabilité des évasions. Ils sauva de la mort ses trois camarades qui furent condamnés à la prison à perpétuité. Reconnu personnellement responsable de l’évasion de 50 à 60 prisonniers, il fut condamné à mort, il fut guillotiné le 14 août 1944, à 12 h 12, à la prison de Brandebourg-Görden.

Il laissa des dernières lettres qui témoignent de son courage. Il obtint la mention "Mort pour la France" (décret du 18 janvier 1946) et le titre de déporté résistant en juillet 1955. Son nom figure sur le monument aux morts de Moux et sur la plaque commémorative apposée en l’église Saint-André de Moux et sur une plaque en gare de Carcassonne, avec les noms de cheminots résistants ou victimes civiles abattus ou exécutés par les Allemands. Il obtint la médaille de la Résistance à titre posthume. La mention "Mort en déportation" lui fut attribuée par un arrêté du 10 novembre 1994, publié au Journal officiel de la République française du 11 janvier 1995.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article224497, notice MARTIN Manuel, Henri par André Balent, Georges Ribeill, version mise en ligne le 18 mars 2020, dernière modification le 30 novembre 2022.

Par André Balent, Georges Ribeill

SOURCES : Service historique de la Défense (SHD), Vincennes, GR 16 P 308392, n.c. ; Caen, AVCC, AC 21 P 592218, n.c. — Notre métier, 1er novembre 1946, p. 2. —Arnaud Boulligny, notice biographique in Thomas Fontaine (dir.), Cheminots victimes de la répression, 1940-1945. Mémorial, op. cit., 2017, p. 1004-1005. — MemorialGenWeb consulté (André Balent) le 30 novembre 2022. Mémoire des hommes, consulté (André Balent) le 30 novembre 2022.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément