LAFOND André

Par Dominique Tantin, Pierre Courteix

Né le 28 févier 1923 à Sainte-Fortunade (Corrèze), mort en action le 8 juin 1944 à Laguenne, auj. Laguenne-sur-Avalouze (Corrèze) ; mécanicien ; résistant de l’Armée secrète (AS).

André Lafond
André Lafond
Crédit : Pierre Courteix

André Lafond était le fils de Sylvain et de Marie Laporte. Au début de la guerre, il était marin à Toulon. Après le sabordage de la flotte le 27 novembre 1942, il refusa de partir pour l’Afrique Nord, fut démobilisé en novembre 1942 à Sète et revint en Corrèze pour continuer le combat dans la Résistance intérieure. En juin 1943, il devint réfractaire au S.T.O. Ses camarades étaient Paul François Bossoutrot, René Chastang (tué à la Couparie, à Sainte-Fortunade, le 9 juin 1944), André Fouret et Antoine Colin. Avec eux, il logeait de fermes en fermes, en des lieux différents, Cassou, La Queyrie-basse, le Mons, Nailhac. Ils étaient nourris par les gens des villages. Ils changeaient souvent d’emplacements en raison des risques de dénonciation et d’arrestation.
En mars 1944, Auguste René Lachaud, alias Rapide, le fit passer de réfractaire à résistant. En avril 1944, il fit partie des premiers membres de la 21ème compagnie A.S. du Corps Franc de Tulle dans le secteur de Sainte-Fortunade au premier camp de Chavanier. Ils étaient commandés par le capitaine Verdier. En mai 1944, le camp fut transféré au lieu-dit Chabrier sur la commune d’Albussac. Il obtint des faux papiers et travailla comme mécanicien dans un garage de l’avenue Victor Hugo à Tulle. Dans le garage où il travaillait, il disait aux Tullistes que la libération du pays était proche. Les gens lui recommandaient de faire attention. En effet André était la joie de vivre. Toujours souriant, il jouait de l’accordéon. Son accordéon diatonique de marque Maugein Frères le suivit dans le maquis. Il anima aussi des bals clandestins au lieu-dit Le Noual dans le café de la famille Laporte en face de l’école, cet endroit devenant un lieu de réunion de l’A.S.
Le 8 juin 1944, il conduisait la camionnette qui descendait vers Tulle pour aller chercher un stock d’essence à la caserne du Champ de Mars. Il avait rencontré deux jours avant des amis FTPF qui lui dirent que leur état-major allait attaquer Tulle. Il leur rétorqua : « Vous plaisantez, mais on n’a pas les moyens ». Il monta au maquis et ne se doutait de rien. Les FTPF attaquèrent Tulle mais seuls. Les A.S. pensaient que la situation à Tulle était calme. La camionnette précédée de la moto de Le Tourneur d’Ison partit vers Tulle. Dans ses mémoires, le curé de Sainte-Fortunade écrit : « En traversant le bourg tous ces jeunes chantent la Marseillaise. Les imprudents, ils vont à la mort. »
Ils aperçurent des blindés de la division SS Das Reich arriver au lieu-dit le Pont de la Pierre. Le Tourneur d’Ison cria « Police Française » en montrant un faux laisser-passer. Le leurre fonctionna un moment. La camionnette tourna à droite et suivit la moto. Malheureusement Strub, dans la camionnette, ouvrit le feu. Les Allemands ripostèrent mais le tournant suivant fut salutaire et les empêcha d’atteindre les résistants. Malheureusement, d’autres détachements nazis apparurent sur la route au lieu-dit Pounot. Les conséquences furent terribles. La moto fut mitraillée. Le Tourneur d’Ison s’écroula. La camionnette subit, elle aussi, un feu nourri. Le journal L’Echo de la Corrèze du 19-10-1944 relata l’action héroïque d’André Lafond. « Le chauffeur Lafond, un vieux du maquis, celui dont le courage est légendaire sans souci des balles qui sifflent à ses oreilles fonce à travers les blindés à la suite de son chef. Une rafale de mitrailleuse lourde, plus violente que toutes les précédentes, claque dans la nuit. Lafond est mortellement blessé. »
Ses restes ne furent inhumés par sa famille que le dimanche 17 septembre 1944 comme pour la famille de Jean Colin. Une cérémonie fut organisée au lieu-dit La Maison Neuve jusqu’au cimetière de Sainte Fortunade. Un cortège impressionnant leur rendit hommage. Une délégation commune AS et FTP était présente. Un officier fit leur éloge. Il obtint la mention Mort pour la France et fut homologué FFI. Son nom (écrit Lafont) est inscrit sur la stèle commémorative érigée sur le lieu de l’accrochage et sur le monument aux Morts de sa commune natale.


Voir Laguenne (Corrèze), 8 juin 1944

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article224574, notice LAFOND André par Dominique Tantin, Pierre Courteix, version mise en ligne le 19 mars 2020, dernière modification le 8 juin 2021.

Par Dominique Tantin, Pierre Courteix

André Lafond
André Lafond
Crédit : Pierre Courteix

SOURCES : Guy Penaud, La Das Reich, 2e SS Panzer Division, Périgueux, Éd. La Lauze, 2005, 191-192, 512. — MémorialGenWeb. — Mémoire des Hommes. — Service historique de la Défense, Vincennes GR 16 P 329454 (nc). — Notes de M. Pierre Courteix, petit-neveu d’André Lafond (mars 2021).

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément