MORIN Frédéric

Né le 11 juin 1823 à Lyon (Rhône), mort à Paris le 23 avril 1874 ; professeur agrégé de philosophie ; écrivain, préoccupé surtout de problèmes sociaux et religieux.

Il fut élève de l’École normale supérieure de 1844 à 1847 et fréquenta Ballanche entre 1843 et 1847. Il devint professeur à Mâcon où il anima un petit groupe buchézien. En 1848, aux élections à la Constituante, il fut le colistier d’Ozanam dans le Rhône ; il obtint 36 593 voix, mais ne fut pas élu. Selon toute vraisemblance, il était l’auteur d’un manifeste qui parut le 31 juillet dans le Journal de Saône-et-Loire, manifeste qui disait que l’ordre public et le progrès social « reposent sur le même fondement, le christianisme ». Il précisait que l’objectif poursuivi par les collaborateurs du journal devait être de réconcilier le christianisme et la démocratie, comme le faisaient Buchez « et les rédacteurs ouvriers de L’Atelier ». Quand, après le 10 décembre 1848, le directeur du journal se rallia à Bonaparte, Morin cessa d’y collaborer.
Il fonda alors un bihebdomadaire : La Constitution de 1848, journal des campagnes et du commerce, qui, dut cesser de paraître vers le milieu de mai 1849. Il s’y élevait contre la conception d’une république bourgeoise et y défendait l’idée que le premier devoir d’un gouvernement était de « poursuivre l’amélioration nécessaire du sort des travailleurs ». Vers 1849, il semble qu’il participa, à Nancy, à l’activité d’un cercle buchézien. En 1851, il se lia avec Arnaud de l’Ariège.

Après le coup d’État, il fut chassé de l’Université en raison de son républicanisme. Il s’efforça, tout d’abord, d’éviter l’éparpillement des forces de la démocratie chrétienne et de maintenir l’union entre tous les républicains. Il collabora à une petite feuille du quartier Latin, L’Avenir, où il publia des appels éloquents à la jeunesse républicaine tout en établissant des rapports entre les proscrits et les républicains restés en France. Comme beaucoup de professeurs républicains, il enseigna un moment au collège Sainte-Barbe. Il fut cité comme témoin dans le procès du « complot de l’Hippodrome » (1853). Le président s’efforça de le discréditer aux yeux du jury, comme s’il s’agissait d’un accusé : « On a trouvé chez vous des pièces d’or à l’effigie de Napoléon avec un trou au cou. Il faut prendre garde à ces choses-là ; ce n’est pas chez un professeur qu’on devrait trouver de pareils objets ».
Il continuait de fréquenter les petits cercles où se réunissait ce qui restait des catholiques libéraux, sociaux et socialisants. Il composa un petit écrit pour la bibliothèque des chemins de fer : Saint François d’Assise et les Franciscains. Il cherchait à trouver, dans la vie, les œuvres et les idées de son personnage, des signes précurseurs du socialisme moderne. Il restait encore fidèle à la pensée de Buchez et, en 1854, envisageait une publication des œuvres de Feugueray. Puis il se tourna vers les études historiques.
En fait, il était devenu révolutionnaire et ne conservait plus d’attaches avec le catholicisme que par une habitude inconsciente. Il sera un des premiers à se rallier à la « Morale indépendante » de Massol. À partir de 1855, il abandonna progressivement l’Église. Aux élections de 1857, il fut l’un des candidats malheureux de l’opposition républicaine, à Lyon. À partir de 1859, il collabora à la Bibliothèque utile de Leneveux. En 1862, il fit paraître deux ouvrages : Les Hommes et les livres contemporains, et Les Idées du temps présent. Il y critiquait âprement Buchez qui, selon lui, avait exagéré « les secrets rapports de l’Évangile et de la Révolution ». Les idées de Morin se rapprochèrent alors, de plus en plus, de celles du Proudhon du Système des Contradictions économiques. Il devint libre penseur et le resta jusqu’à sa mort.
En 1863, il collaborait au Courrier du Dimanche qui prêchait, contre l’empire, l’union entre républicains et orléanistes. En 1865, dans L’Avenir national, il mena une campagne en faveur de la décentralisation administrative, signalant les efforts faits par les conseils municipaux pour augmenter leur importance politique, et les initiatives de certaines communes en faveur de l’instruction des adultes.

Il fut conseiller général du Rhône en 1867 puis sous-préfet en Saône-et-Loire sous le gouvernement de la Défense nationale et, pendant la Commune, donna des articles au Rappel, 18 mars-23 mai.
Il reste à signaler que, sur la liste des membres du futur gouvernement provisoire, saisie en 1855 sur un conjuré de la « Marianne », figurait un Morin à qui l’on attribuait le ministère d’État chargé de l’administration des propriétés nationales. S’agissait-il de Frédéric Morin ?

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article224667, notice MORIN Frédéric, version mise en ligne le 21 mars 2020, dernière modification le 14 décembre 2021.

ŒUVRES : Nombreux articles dans les journaux suivants : Journal de Saône-et-Loire (1848). — La Constitution de 1848, journal des campagnes et du commerce (1849). — L’Avenir. — La Morale indépendante. — Le Courrier du Dimanche (1863). — L’Avenir national (1865). — Parmi ses livres citons encore : De la nécessité d’introduire l’enseignement de l’économie politique dans l’instruction secondaire, discours prononcé à l’Académie de Mâcon dans la séance du 26 juillet 1849, Mâcon, 1849, in-8°, 28 pp. — Les Hommes et les livres contemporains, Paris, 1862, in-18, 472 pp. — Les Idées du temps présent, Paris, 1862, in-18°, 400 pp.

SOURCES : Arch. Nat., BB 30/413, P. 1246. — I. Tchernoff, Le Parti républicain au coup d’État et sous le Second Empire. — G. Duveau, La Vie ouvrière en France sous le Second Empire. — J.-B. Duroselle, Les Débuts du catholicisme social en France (1822-1870). — La Comune di Parigi, G. Del Bo, op. cit.

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