Noailles et Jugeals-Nazareth (Corrèze), 3 avril ; 6 juillet ; 7 et 8 juin 1944

Par Dominique Tantin

Quinze résistants et civils furent tués par les troupes allemandes dans ces communes ainsi qu’à Brive-la-Gaillarde après avoir été arrêtés à Noailles.

Noailles, stèle commémorative avec la liste des quinze victimes.
Noailles, stèle commémorative avec la liste des quinze victimes.
Crédit : MémorialGenWeb

La commune de Noailles, au sud de Brive, traversée par la RN 20 et la voie ferrée Paris-Limoges-Toulouse, fut durement éprouvée par la répression au printemps 1944.
La division Brehmer, ou division « B », de l’initiale du patronyme de son chef, le général Walter Brehmer, 325e division de sécurité de la Wehrmacht, mena, du 26 mars au 16 avril 1944, des opérations de ratissage et de répression des maquis et de persécutions des Juifs de nature génocidaire en Dordogne, puis en Corrèze et en Haute-Vienne.
Le 3 avril 1944, une pancarte « Un seul but, la France, un seul moyen, l’action au lieu de la légion » fut trouvée à Noailles. Les soldats de la Brehmer venant de Dordogne s’en prirent au maire Henri Gérard, à son fils, Claude (tous les deux résistants) et aux deux Mosellans Albert et Charles Deheille qui habitaient le château. Furieux de ne rien y trouver, ils incendièrent le lieu vers 13h et conduisirent les quatre personnes dans un camion en direction de Brive. A la Montade, près de Chanlat, sur la commune de Brive-la-Gaillarde, les quatre personnes durent descendre dans un champ, soi-disant « libres », et furent aussitôt abattues.
Le 6 juillet 1944, Pierre Vaille, maquisard de l’Armée secrète, fut tué dans des circonstances non encore élucidées.
À la suite du débarquement du 6 juin en Normandie, la 2e SS Panzerdivision Das Reich, en cantonnement dans la région de Montauban, reçut l’ordre de faire mouvement vers le Nord. Avant de rejoindre le front en Normandie, sa mission consistait à ratisser les marges occidentales du Massif central, Lot, Corrèze, Haute-Vienne et Creuse, ainsi que la Dordogne, afin de détruire les maquis et terroriser les habitants de la région. Le gros de la division fit mouvement à partir du 8 juin. Sur son parcours, elle dut faire face à la guérilla des maquis, et multiplia les opérations de ratissage et de représailles.
Dès le 7 juin, la 6e Compagnie du bataillon AS dit « As de Trèfle » et un bataillon FTPF de Basse-Corrèze attaquèrent un train blindé allemand au tunnel de Noailles, sur la voie Limoges-Toulouse. Deux maquisards furent capturés par des SS. James Lagoutte fut jeté vivant dans le foyer de la locomotive. Le corps de son compagnon René Golf fut retrouvé mutilé à Brive. La mort d’Ernest Koneskry n’est pas encore documentée.
Le 8, un accrochage eut lieu entre des éléments précurseurs de la Das Reich venant de Cressensac (Lot) et se dirigeant vers Brive et Tulle. Les SS se heurtèrent à un barrage routier d’un groupe de maquisards de la 6e compagnie du maquis « As de Cœur » de l’AS. Mais dans les sources on relève des divergences sur l’heure et le lieu précis du combat. Selon une première version, il se produisit vers 11h, sur la RN 20, au sud de Brive, au lieu-dit Le Bouyssou, sur la commune de Noailles. D’après une seconde version, l’accrochage se produisit dans l’après-midi, vers 16h, les half-tracks du bataillon éclaireur d’Heinrich Wulf venant de Cressensac où ils venaient d’essuyer des tirs déboulant sur la crête au-dessus de Noailles sur la D73 à Jugeals-Nazareth où un détachement de la 1ère Division, 6ème Cie de l’As de Cœur surveillait l’avancée allemande.
Sept résistants furent victimes des tirs des blindés allemands. Jean Barbé, Jacques Barrage, Louis Bellet, Jean-Louis Lelandais, Yves Mazé furent tués à Noailles ; Gilbert Bideau et Albert Lelorrain furent vraisemblablement abattus à Jugeals-Nazareth. Les Allemands parvinrent à Brive vers 18h30.
Une stèle fut élevée à Jugeals-Nazareth, au bord de la D73 à la mémoire de Gilbert Bideau et Albert Lelorrain. À Noailles, deux stèles commémoratives furent érigées. L’une comporte une liste de quinze noms réunissant les victimes des 3 avril, 6 juillet, 7 et 8 juin 1944. L’autre, à l’angle de la R.D 920 (ex RN 20) et de la rue des Frères Deheille porte l’inscription : « La Résistance à ses héros tombés sur cette terre courageuse et fière restée fidèle à ses traditions d’honneur et de devoir ».


Morts le 3 avril 1944
DEHEILLE Albert
DEHEILLE Charles
GÉRARD Claude
GÉRARD Henri

Mort le 6 juillet 1944
VAILLE Pierre, François, Georges

Morts le 7 juin 1944
GOLF René
KONESKRY Ernest
LAGOUTTE James

Morts le 8 juin 1944
BARBÉ Jean, Émile, Albert
BARRAGE Jacques
BELLET Louis, Émile
BIDEAU Gilbert
LELANDAIS Jean-Louis
LELORRAIN Albert
MAZÉ Yves, Laurent

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article224778, notice Noailles et Jugeals-Nazareth (Corrèze), 3 avril ; 6 juillet ; 7 et 8 juin 1944 par Dominique Tantin, version mise en ligne le 23 mars 2020, dernière modification le 23 mars 2020.

Par Dominique Tantin

Noailles, stèle commémorative avec la liste des quinze victimes.
Noailles, stèle commémorative avec la liste des quinze victimes.
Crédit : MémorialGenWeb
Noailles, stèle commémorative à la mémoire de la Résistance
Noailles, stèle commémorative à la mémoire de la Résistance
Crédit : MémorialGenWeb
Jugeals-Nazareth, stèle à la mémoire de Gilbert Bideau et Albert Lelorrain
Jugeals-Nazareth, stèle à la mémoire de Gilbert Bideau et Albert Lelorrain
Crédit : MémorialGenWeb

SOURCES : Guy Penaud, La Das Reich, 2e SS Panzer Division, Périgueux, Éd. La Lauze, 2005, p. 161, 512. — MémorialGenWeb. — Mémoire des Hommes.

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