MBA Léon

Par Phalonne Elda Mengome

Né en 1902 à Libreville sur les bords de l’Estuaire (Gabon) ; Mort le 27 novembre 1967 ; Fonde le Comité Mixte Gabonais (CMG) le 12 Aout 1946 ; père de neuf enfants ; Maire de Libreville le 23 novembre 1956 ; Vice-président du conseil de gouvernement le 15 mai 1957 ; Premier ministre le 19 février 1959 ; Premier président de la République gabonaise le 12 février 1961

Léon Mba est né le 9 février 1902 pendant la colonisation française, il est issu du clan Essoke de l’ethnie Fang du Gabon. Il est le fils de l’un des premiers couples « de la classe des évolués », expression qui désignait la catégorie des personnes noires ayant été à l’école des Blancs. Son père, Ysidore Minko-Mi-Edang, était un petit gérant de commerce pour le compte des sociétés privées après avoir été coiffeur de l’explorateur Pierre Savorgnan de Brazza. Sa mère, Louise Bendome, a été quant à elle élevée par les sœurs de l’Immaculée Conception de Castres, elle exerçait la profession de couturière. Dès l’âge de 7 ans, il rentre à l’école Monfort de Libreville, tenue par les prêtres catholiques de la mission Saint-Gabriel en 1909. Il obtient son brevet d’étude en 1916. A 16 ans, il trouve son premier emploi à la sous-intendance militaire de Libreville. Quelques temps après, il épouse sa première femme Françoise Mezve de la même ethnie que lui. Il poursuit tout de même sa formation académique par correspondance à l’Ecole universelle, fondée en 1909. Cette organisation privée française avait pour objectif de dispenser des enseignements et des formations par correspondance. Entre temps en 1918, il rejoint l’administration locale pour exercer les fonctions d’écrivain-interprète. En 1920, il réussit le concours d’entrée à l’administration des douanes où il servira à Port-Gentil, à Pointe-Noire et à Libreville en qualité de commis expéditionnaire. Même s’il compte alors comme un représentant particulièrement brillant des élites indigènes, il ne semble pas avoir oublié ses racines ethniques. Selon lui, l’éminence et la supériorité des Fang nommés Pahouin par l’administration coloniale devraient s’exprimer par des efforts en direction de l’éducation villageoise dans les régions fangs. En 1924, alors qu’il est âgé de 22 ans et grâce à ses brillants résultats dans l’administration et à son intelligence reconnue par l’administration, Léon Mba est choisi pour remplacer un chef de canton de Libreville, qui venait de décéder. Il assurait aussi les fonctions de chef de quartier de mont-Bouet et d’assesseur titulaire au tribunal indigène du premier décret avec voix délibérative. Ses missions et responsabilités étaient déjà nombreuses à ce moment.

Léon Mba connait une descente aux enfers entre 1931 et 1946. Il est accusé d’abus de pouvoir par les notables de son canton . Ces derniers lui reprochaient aussi le fait d’exploiter le service obligatoire des habitants du canton pour son propre profit. L’administration coloniale passe volontairement l’éponge sur les faits reprochés à Léon Mba, jusqu’au moment où les inclinations politiques du chef indigène envers des organisations pro-communistes le rendent suspect aux yeux des responsables du ministère des Colonies. Dès cet instant, Léon Mba est en ligne de mire du pouvoir local et du gouvernement général. En 1931 tout bascule lorsque de simples rumeurs courent, selon lesquelles le meurtre d’un compatriote serait lié à une société secrète indigène appelé Bwiti, à laquelle appartenait Léon Mba. Son implication n’est cependant pas prouvée. L’administration locale réagit sans surprise, avec exaspération. Léon Mba est aussitôt arrêté et jugé pour complicité la même année. Malgré le manque de témoins oculaires et de preuves, il est révoqué de ses fonctions de chef de canton et frappé d’une interdiction de séjour en Oubangui-Chari, l’actuel Centrafrique, avant d’être déporté à Bambari puis à Bria à partir de 1932 où il va rester jusqu’en 1946.

Sa carrière politique décolle dès son retour au Gabon. Dans un contexte particulier, celui de l’après-guerre mondiale et de la conférence de Brazzaville de 1944 organisée par le Comité français de la libération nationale (CFLN), afin de déterminer le rôle et l’avenir de l’empire colonial français, ces événements sont marqués par une modernisation du système colonial permettant aux colonies de disposer de certaines libertés. Dans la même foulée, Léon Mba crée son parti politique, le Comité Mixte Gabonais (CMG) le 12 août 1946, qu’il affilie en 1949 au parti inter-africain co-fondé par Félix Houphouët-Boigny, le Rassemblement Démocratique Africain (RDA). Son objectif est de rassembler tous les gabonais et gabonaises de toutes ethnies et non plus que des Fang uniquement. Cependant, en 1949, l’administration coloniale apprécie peu sa participation au congrès du RDA à Abidjan. En 1951, en même temps que le RDA rompt avec les communistes, Léon Mba, se rapproche encore plus de l’administration française. Il est candidat pour la première fois aux élections législatives du 17 juin 1951, il ne recueille que 11 % des suffrages exprimés et le député sortant Jean-Hilaire Aubame de l’Union démocratique et sociale gabonaise (UDSG), son adversaire est réélu. En août 1953, le CMG fusionne avec le Parti Démocratique Gabonais (PDG) de Paul Gondjout pour donner naissance au Bloc Démocratique Gabonais (BDG) ; Gondjout en devient le secrétaire général, Mba l’adjoint. Malgré ses échecs face à Jean-Hilaire Aubame qui est soutenu majoritairement par le population rurale du nord, plus fortement contrôlée par les missionnaires catholiques, Léon Mba devient une personnalité incontournable du territoire. Il a quant à lui, le soutien des migrants du sud majoritairement urbains et bwitistes, société secrète à laquelle il appartient. Lors des élections municipales de 1956, où les listes présentées relèvent du collège unique (Africains et Européens confondus), Léon Mba reçoit le soutien financier des colons, et tout particulièrement celui du forestier Roland Bru. Il remporte la mairie de Libreville avec 65,5 % des suffrages, devenant ainsi le 23 novembre le premier maire élu de la capitale.
Aux élections territoriales de mars 1957, le BDG arrive une nouvelle fois second, avec 16 sièges sur 40 contre 18 pour l’UDSG. À la suite des retournements de vestes de trois élus indépendants et de deux conseillers de l’UDSG, le parti de Mba obtient 21 sièges contre 19 pour celui d’Aubame. Faute de majorité absolue, les deux partis sont contraints de présenter, le 21 mai 1957, une liste commune pour l’élection du gouvernement. Le même jour, Léon Mba accède à la vice-présidence du Conseil du gouvernement.
À la fois vice-président, maire de la commune de Libreville, conseiller territorial de l’Estuaire chargé des affaires internationales, des questions interministérielles, de la fonction publique et de la coordination, Léon Mba concentre entre ses mains les pleins pouvoirs qui ne sauraient souffrir d’aucune contestation. Après un « oui » massif au référendum sur la Communauté franco-africaine du 28 septembre 1958, le Gabon accède à l’autonomie. En décembre 1958, l’Assemblée vote sa transformation en Assemblée législative, puis promulgue le 19 février 1959 la première Constitution de la République du Gabon. Le 27 février, Léon Mba est nommé Premier ministre. En novembre 1959, Mba se prononce ouvertement pour la départementalisation du Gabon. Jacques Foccart, le « Monsieur Afrique de l’Elysée », lui fait comprendre que cette solution est impensable. Léon Mba campe sur cette position jusqu’en février 1960 ; Il proclamera, contre son gré, l’indépendance officielle du pays le 17 août 1960. Le 4 décembre 1960, Léon Mba est élu au poste de Secrétaire général du BDG à la place de Paul Gondjout. Il se tourne vers l’opposition pour renforcer sa position ; il forme avec Jean-Hilaire Aubame son ancien adversaire, une liste unique d’Union nationale, suffisamment équilibrée pour plaire aux électeurs. Ainsi, le 12 février, la liste d’Union nationale remporte 99,75 % des suffrages. Le même jour, Léon Mba est élu en tant que premier Président de la République gabonaise. Le 26 février 1961 une nouvelle Constitution présidentielle est adoptée. Le 19 février 1963, c’est la rupture avec Jean-Hilaire Aubame ; le ministre des Affaires étrangères, tout comme la majorité des députés, refuse d’instituer le monopartisme, idée de Léon Mba, en sabordant son parti. En réaction à cet affront, tous les ministres UDSG sont démis, à l’exception de François Meye qui se rallie à Léon Mba. Le président Mba dissout de nouveau l’Assemblée nationale le 21 janvier 1964. L’opposition annonce dès lors son refus de participer au futur scrutin qu’elle ne considère pas comme équitable.
Exaspérés par ce qu’ils qualifient d’abus de pouvoir, dans la nuit du 17 au 18 février 1964, aux environs de cinq heures du matin, 150 militaires gabonais, dirigés par les lieutenants Jacques Mombo et Valère Essone, arrêtent le Président Léon Mba, le président de l’Assemblée nationale Louis Bigman, le directeur de cabinet Albert Bernard Bongo et plusieurs ministres. Léon Mba est obligé de prononcer une allocution radiodiffusée où il reconnaît sa défaite. Un gouvernement provisoire est constitué, et sa présidence est offerte à son grand rival Jean-Hilaire Aubame. Le nouveau chef du gouvernement Aubame prend rapidement contact avec l’ambassadeur français, Paul Cousseran, afin de lui assurer que les biens des ressortissants étrangers seront protégés et éviter ainsi toute intervention militaire de la France. Mais à Paris, le général de Gaulle et Jacques Foccart en ont décidé autrement. En effet, Léon Mba était pour eux, un des plus fidèles alliés de la France en Afrique. Dans la nuit du 18 au 19 février, les troupes françaises de Dakar et Brazzaville débarquent à Libreville et rétablissent Léon Mba au pouvoir. Jean-Hilaire Aubame est condamné à 10 ans de travaux forcés et 10 ans d’interdiction de séjour, bien que son implication à l’organisation du coup d’État ne soit pas prouvée.
Souffrant d’un cancer depuis 1965, Léon Mba est hospitalisé à Paris en août 1966, il ne retournera plus au Gabon. le 14 novembre 1966, il nomme Albert Bernard Bongo Vice-Président à la place de Paul Marie Yembit, par un message radiotélévisé enregistré dans sa chambre de l’hôpital Claude-Bernard à Paris. Une réforme constitutionnelle en février 1967 légitime Albert Bernard Bongo. Les préparatifs de la succession sont finalisés par des élections législatives et présidentielles anticipées, organisées le 19 mars 1967, Mba et son vice-président sont candidats sur une liste commune. Albert Bernard Bongo se charge de la campagne présidentielle au Gabon. Aucun opposant n’ose se présenter, Léon Mba est réélu avec 99,90 % des suffrages. Après s’être déplacé tant bien que mal à l’ambassade du Gabon afin de jurer sur la Constitution , Léon Mba meurt le 27 novembre 1967 des suites de son cancer.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article224933, notice MBA Léon par Phalonne Elda Mengome, version mise en ligne le 26 mars 2020, dernière modification le 27 mars 2020.

Par Phalonne Elda Mengome

Bibliographie
Mba Léon, Le président Léon Mba vous parle : Discours et allocutions fevrier 1959 aout 1960, Paris : Diloutremer, 1960, 104p.

Sources et bibliographie :
Bibliographie
Bernault Florence, Démocraties ambiguës en Afrique centrale : Congo-Brazzaville, Gabon, Paris, Karthala, 1996,423p
Keese Alexander, « évolution du « leader indigène aux yeux des administrateurs français : Léon Mba et le changement des modalités de participation au pouvoir local au Gabon, 1922-1967. » Afrique et histoire 2004/1vol.2, PP.141-170
N’Solé Bitegue Moise, Echec aux militaires au Gabon en 1964, Paris, l’harmattan,2004.
Otsiemi Janis, Léon Mba, père de la nomenklatura gabonaise, Paris, édilivre, 2009, P.118
Sources
Centre d’archives de Nantes et Centre d’archives d’Outre-Mer
C.A.D.N., fonds Libreville 1, Léon Mba à Cadier, lieutenant-gouverneur du Gabon, 06/09/1922 (sans numéro), p.1 (place première des Fang), p.3 (rôle auxiliaire)
C.A.D.N., fonds Libreville 3, Assier de Pompignan, Chef de la circonscription de l’Estuaire, à Marchessou (n° 487), 18/07/1931
C.A.O.M., FM 1AffPol/2241/1, Digo, « Rapport sur le fonctionnement du conseil de Gouvernement » ,25/06/1957, p.1
C.A.D.N., fonds Libreville , Léon M’Ba, « Discours prononcé par le Premier Ministre M. Léon Mba le 24 novembre 1959 à Port-Gentil », dans Risterucci à Foyer (n° 566/CAB2), 26/11/1959, p.5 ;
CADN, fonds Libreville 1, Ambassade de la France au Gabon, « La vie politique au Gabon de 1946 à 1966… », 10/08/1966, p. 60-61
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