SCHIROKY Eve [Veuve Ortiz] [dite Eva Chirowska] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Dominique Petit

Née le 23 septembre 1840 à Grossbittesch (auj. Velká Bíteš, République tchèque) ; cuisinière ; mère de Léon Ortiz, condamné du procès des Trente.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Le 18 novembre 1868, Eve Schiroky donna naissance à Léon Schiroky (voir Léon Ortiz).
Elle se maria le 25 novembre 1880 à la mairie du VIIIe arrondissement avec Philippe Ortiz, valet de chambre, né le 3 mai 1852 au Mexique. Elle demeurait alors 255 faubourg Saint-Honoré et était sans profession et originaire d’Autriche-Hongrie.
Le 23 juillet 1881, elle donna naissance à Philippe Ortiz (fils).
En 1886, elle demeurait avec Philippe Ortiz , 15 avenue de Wagram, elle était cuisinière. Le 10 avril 1886, à la mairie du VIIIe arrondissement, Philippe Ortiz (père) reconnaissait Léon Schiroky, auparavant de père inconnu et portant le nom de sa mère.
Lorsque son fils, quitta la maison Dupuy et s’engagea dans l’illégalisme, il partit pour Londres ; il lui écrivit trois fois pour lui demander de l’argent, et trois fois il indiqua des adresses différentes. Il disait qu’il travaillait chez un grand marchand de nouveautés de Régent Street, mais qu’il ne gagnait pas beaucoup.
Elle lui fit parvenir 1.500 fr. Il revint à Paris en novembre 1893 et alla demeurer au numéro 65 de la rue Lepic. A ce moment, il fit la connaissance d’une femme qu’il voulut amener chez elle.
Elle eut à ce sujet plusieurs discussions avec lui, et devant ses menaces de lui couper les vivres, il rompit.
A la fin du mois de janvier, un soir, après dîner et une fois Philippe couché, il lui dit : « Tu sais, mère, que je vais être obligé de m’absenter pendant quelques semaines, ne t’inquiète donc pas si tu ne me vois pas revenir. »
Dans le courant du mois de février, une perquisition fut opérée chez elle, la police emporta quelques papiers, quelques numéros du Père Peinard, de la Révolte et une lettre d’Ortiz.
La police savait que Léon Ortiz était à Paris. Comment se faisait-il qu’il ne vint jamais voir sa mère ? Cela semblait étrange et finit par être expliqué de façon assez simple : Mme Schiroky avait remarqué les agents en surveillance devant sa maison et avait prévenu son fils de ne pas se montrer.
Elle savait où le trouver, avait avec lui des entretiens dans une maison où la police ne s’avisait pas de le chercher. C’était chez une commerçante, une couturière du quartier de la Banque, Mme Clarry, demeurant, 11 rue Baillif, que les rendez-vous de la mère et du fils avaient lieu.
Cette dame, occupait au deuxième étage, un vaste appartement dont une partie servait d’atelier. Elle employait habituellement huit ou dix ouvrières.
C’est dans cette maison qu’Ortiz venait, souvent pendant que la police le cherchait à l’étranger.
Le 18 mars 1894, lors de l’arrestation d’Ortiz, sa mère, protesta avec véhémence contre l’ inculpation dont son fils était l’objet. Elle s’écria : « C’est son trop de bonté qui l’a perdu ! »
Elle annonçait même son intention d’aller réclamer à M. Espinas, juge d’instruction de l’affaire de l’attentat de la rue des Bons-Enfants (dans laquelle il soupçonnait l’implication d’Ortiz), la mise en liberté de son fils. Le 21 mars, après inspection des papiers trouvés sur Ortiz, M. Espinas avait donné mandat à M. Orsatti, commissaire de police, d’aller arrêter, 10, rue Poncelet, Mme Schiroky.
La mère d’Ortiz avait été amenée au Dépôt. Elle était inculpée de complicité dans les vols commis par son fils. Le dossier était transmis au juge d’instruction Meyer, chargé de l’affaire d’association de malfaiteurs.
La police avait arrêté également, Caroline Hermann nommée Clarry, demeurant rue Baillif, où elle habitait avec sa mère. Elle était née à Prague (Bohême).
Elle recevait fréquemment la visite de Léon Ortiz et était très liée avec Mme Schiroky, qu’elle avait connue en Autriche.
La mère d’Ortiz raconta que son fils n’avait pas besoin de voler pour vivre, attendu qu’elle lui avait donné à plusieurs reprises des sommes assez fortes et, tout dernièrement encore, 1.500 francs. Or, d’après la presse, elle n’avait aucune ressource, ne travaillait plus, et le juge pensa qu’elle et Mlle Clarry participaient, au moins pour en profiter, aux vols de l’anarchiste cambrioleur.
Depuis l’arrestation de Mme Schiroky, son plus jeune fils, Philippe, âgé douze ans, était hébergé par la mère de Caroline Clarry, qui recueillit l’enfant qui se trouvait seul.
Eve Schiroky fut envoyée à la prison de Saint-Lazare en compagnie de Caroline Clarry.
Le 7 avril 1894, le juge d’instruction Meyer signa la mise en liberté provisoire de Caroline Clarry, accusée d’avoir donné asile à Ortiz alors que l’anarchiste était sous le coup d’un mandat d’amener, et par conséquent impliquée comme complice dans les affaires de vol et de cambriolage.
L’instruction avait fait permit d’établir qu’elle avait simplement facilité quelques entrevues entre Ortiz et sa mère, dont elle était l’amie. Une ordonnance de non-lieu fut prise ensuite.
Le 15 décembre 1894, au moment du mariage de Léon Ortiz, son mari Philippe Ortiz était porté disparu depuis longtemps et ne put donc donner son accord au mariage. Mme Schiroky assista à la cérémonie qui eut lieu avant le départ d’Ortiz pour le bagne.
Le dossier d’Eve Schiroky à la Préfecture de police portait le n°293.922, le même que celui de Léon Ortiz, il était mal orthographié, elle était nommée « Chiroky Eva ».
Dans la presse quotidienne, elle fut nommée « Chirowska », sans que cela résulte d’un choix de pseudonyme de sa part, mais d’une erreur qui se généralisa.
Elle ne fut pas impliquée avec son fils dans le procès des Trente en août 1894.
En décembre 1894, elle demeurait 23 rue Roussel.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article224996, notice SCHIROKY Eve [Veuve Ortiz] [dite Eva Chirowska] [Dictionnaire des anarchistes] par Dominique Petit, version mise en ligne le 27 mars 2020, dernière modification le 30 mars 2020.

Par Dominique Petit

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York
Fiche photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

SOURCES :
La Souveraineté nationale 8 avril 1894 — Archives de la Préfecture de police Ba 1500 — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine — Le Figaro 22, 23 mars, 7 avril 1894 — Le Petit parisien 21, 22 mars 1894 — Le Matin 23 mars 1894 — Le Petit journal 22 mars 1894 — Archives de Paris. Etat civil — Note de Marianne Enckell.

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