CHASSEPOT Henri, Eugène, Gabriel

Par Daniel Grason

Né le 25 mars 1921 à Reims (Marne), mort en août 2011 ; ajusteur outilleur ; militant syndicaliste CGT ; communiste ; résistant ; déporté à Sachsenhausen (Allemagne).

Henri Chassepot
Henri Chassepot

Fils de Gabriel et d’Eugénie Marchelet, Henri Chassepot épousa le 24 octobre 1941 Huguette Roger en mairie de Sartrouville (Seine-et-Oise, Yvelines). Son père était épicier boulevard Voltaire à Asnières (Seine, Hauts-de-Seine), il adhéra à la Fédération des Jeunesses communistes de France dès l’âge de quinze ans. Henri Chassepot vivait 9 avenue des Vallées à Sartrouville (Seine-et-Oise, Yvelines). Il exerça sa profession d’ajusteur outilleur jusqu’au 10 novembre 1941 aux établissements Mesnel frères rue de Bellevue à Colombes (Seine, Hauts-de-Seine).
Le 15 mai 1942 Henri Chassepot quitta le domicile conjugal, emprunta la bicyclette de son père et entra dans la clandestinité. Son nom avait été relevé sur des documents saisis sur Frédéric Sérazin et Henri Douillot, depuis il était recherché par des inspecteurs des Brigades spéciales. Il revint à Sartrouville début octobre 1942, travailla à l’usine de caoutchouc Webel frères à Colombes (Seine, Hauts-de-Seine).
Le 10 novembre en soirée, il se rendit avec Sinowitz à la gare de Houilles où ils devaient rencontrer « Ratier ». Ils rencontrèrent une patrouille allemande. Jean Sinowitz tira touchant mortellement un soldat. Il rencontra « Chapier » place de la République, il lui remettait une arme et des tickets de rationnement.
Le 4 décembre 1942, un gardien de la paix habillé en bourgeois voyait sortir du Bois de Boulogne un jeune homme qui courait, il tenta de l’intercepter. Henri Chassepot dégaina et tira le blessant légèrement à l’épaule droite.
Quatre gardiens de la paix qui se trouvaient à proximité le poursuivirent, Chassepot tira à plusieurs reprises sans les toucher. Il emprunta la rue Spontini puis l’avenue Bugeaud en direction de la place Victor-Hugo (XVIe arr.), Il fut touché par une balle à la jambe gauche, il s’abrita derrière un platane, cria « Je suis touché » et lança son arme sur la chaussée.
Son arme, était un revolver à barillet, marque RW contenait deux cartouches, quatre cartouches avaient été percutées. Il portait sur lui des fausses cartes d’alimentation et des documents manuscrits qui concernaient son activité clandestine, deux cartouches, un porte-monnaie contenant cinq cents soixante-deux francs, une carte d’identité et un permis de conduire à son nom, une carte d’assurances sociales, deux fausses cartes de pain, trois cartes de viande.
Transporté à l’hôpital Marmottan une fracture du fémur gauche a été diagnostiquée. Il déclina son état civil à deux inspecteurs de la BS2 venus l’interroger. Son arme, un revolver à barillet avait été saisi, marque RW il contenait deux cartouches, quatre cartouches avaient été percutées. Il portait sur lui des fausses cartes d’alimentation et des documents manuscrits qui concernaient son activité clandestine.
Le 4 décembre 1942 il était inculpé de coups et blessures à un agent de la force publique. Lors de son interrogatoire dans les locaux des Brigades spéciales le 5 décembre 1942, il déclara que « Chapier » lui demanda de participer à des attentats, « mais » affirmait il « j’ai toujours refusé. […] Je n’ai fait partie d’aucune organisation et j’ai refusé d’entrer aux « TP » [Troupes populaires] « La seule chose que j’ai faite, c’est la distribution de tracts avec Pierson. »
Les policiers lui demandèrent des explications sur des documents saisis sur lui. Le nom de Jules Teulade, secrétaire du Parti populaire français figurait sur un papier. Des notes étaient sur un carnet, il affirma : « J’ignore la signification de ces documents, je pense qu’il s’agit de préparation d’attentats, mais comme j’ai refusé d’y participer « Chapier » ne m’a pas donné d’explications. Du reste, je n’avais ces documents qu’en dépôt. Je devais les lui rendre à un prochain rendez-vous. »
Des explications qui ne parurent pas crédibles aux policiers, ils frappèrent. Henri Chassepot parla, énonça ce qui était une parade : « C’est moi qui ai demandé un revolver à « Chapier » car je n’avais pas l’intention de le laisser arrêter. Je n’ai participé à aucun attentat. »
Il rectifia « une erreur », il retrouva Jean Sinowitz de nationalité polonaise à Sartrouville qui habitait le même quartier que lui et non à l’usine de caoutchouc où il travailla.
Henri Chassepot témoigna sur son activité résistante dans l’ouvrage Chausson une dignité ouvrière : « J’ai été blessé par la police française lors de mon arrestation le 4 décembre 1942 porte Dauphine à Paris […] J’avais un revolver à la main, j’ai été torturé plusieurs jours au mois de janvier et février 1943. J’ai été condamné à mort le 23 mars 1943 par le tribunal de la Kriegsmarine. »
« Au mois de septembre 1943, j’ai été déporté Nach und Nebel (Nuit et Brouillard) Ce qui signifiait condamné à disparaître. Pour tout le monde pensait que j’étais mort. J’ai d’abord été en forteresse pendant pratiquement un an après un voyage à travers l’Allemagne dans différentes prisons [à Karlsruhe puis à Sonneburg près de Francfort-sur-Oder]. Je suis arrivé au mois de novembre 1943. J’y suis resté jusqu’en novembre 1944. Au camp de Sachso j’étais au commando Heinkel. On a été libéré le 23 avril 1945. Je suis rentré d’Allemagne après être passé par un hôpital à Lunebourg en zone américaine. […] J’ai été rapatrié le 13 juin 1945 en France. »
Son père Charles tenait une épicerie 11 boulevard Voltaire à Asnières pas très loin des usines Chausson à Asnières. Après la Libération, il fit l’objet d’un violent article dans la rubrique « Du micro au poteau » dans l’hebdomadaire la Voix populaire. En conséquence son fils Henri attendit plusieurs années avant que sa carte du Parti communiste lui soit remise.
Henri Chassepot a été homologué combattant des Forces françaises de l’intérieur (FFI), et Déporté interné résistant (DIR).
Militant de la CGT à l’usine Chausson à Asnières (Seine, Hauts-de-Seine), il a été successivement secrétaire du Comité d’entreprise (CE), du Comité inter-entreprises (CIE), puis du Comité central d’entreprise (CEE). Il fut responsable permanent des œuvres sociales, les différents sites Chausson comptaient 20 000 salariés. Deux colonies de vacances, arbre de Noël pour les enfants de six à quatorze ans : « Tous les gosses avaient droit à un jouet, à une époque où cela était encore difficile. Spectacle de cirque au cirque d’Hiver Joseph Bouglione. » Un parc de cinquante hectares fut acheté à la Belle Epine près de Melun avec plusieurs étangs. Il sera le responsable du Comité central d’entreprise jusqu’en 1976.
Il y avait quatorze anciens déportés dans le groupe Chausson, il partit à la retraite en même temps que son camarade de résistance et de luttes sociales Manuel Laumonier.
Heuri Chassepot était le Président de la section de Sartrouville, Maisons-Lafitte-Montesson de la Fédération nationale des déportés internés résistants patriotes (FNDIRP). Il organisa une exposition avec la présentation d’une maquette réalisée par Djamel Mahcer sur ce que fut le camp de Sachsenhausen. L’initiative eut lieu du 27 avril au 3 mai 2002 à la bibliothèque de Sartrouville, puis du 17 au 25 mai 2002 en mairie de Courbevoie en présence du député-maire Jacques Kossowski, de Roger Guérin, ainsi qu’à Nanterre du 2 au 29 janvier 2009

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article225016, notice CHASSEPOT Henri, Eugène, Gabriel par Daniel Grason, version mise en ligne le 28 mars 2020, dernière modification le 30 juin 2020.

Par Daniel Grason

Henri Chassepot
Henri Chassepot

SOURCES : Arch. PPo. BA 2308, GB 136, PCF carton 13 rapport hebdomadaire des Renseignements généraux du 7 décembre 1942, KB 10, BA 1801, BA 1810. – Bureau Résistance GR 16 P 122880. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Le Courrier des Yvelines du 1er mai 2002. – Rencontre avec Henri Chassepot, Paul Deruelle et Daniel Grason. – Chausson : une dignité ouvrière, Daniel Grason, Bernard Massera, Éd. Syllepse, 2004.

Photographie : Arch. PPo. GB 145

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