DESNAUTE Antonin

Par Madeleine Singer

Né le 31 décembre 1921 à Bouka (Oubangui-Chari, Afrique équatoriale française, aujourd’hui République Centrafricaine), mort le 14 septembre 1999 à Béziers (Hérault) ; professeur d’enseignement général lettres-histoire, puis conseiller en formation continue ; membre du comité national du Syndicat général de l’éducation nationale (SGEN) de 1966 à 1977.

Antonin Desnaute était le plus jeune des trois enfants que le docteur Eugène Jamot eut avec Fatima Labane, une noire musulmane. On avait déjà donné ce nom de Desnaute à son frère et à sa sœur car en Afrique ce n’était pas l’usage d’attribuer le nom de la mère aux enfants issus d’une union libre. Son père médecin mit en place en Afrique la lutte contre la maladie du sommeil et marqua durablement la médecine coloniale. Un de ses disciples ira jusqu’à dire qu’il aurait dû avoir le Prix Nobel (Le Monde, 15 janvier 2000). Eugène Jamot travailla en Afrique de 1914 à 1937 et revint cette année-là mourir en France à Sardent (Creuse) ; il fut enterré à Saint-Sulpice-les-Champs (Creuse). Bien qu’ayant par ailleurs un fils légitime, Eugène Jamot avait pris en charge l’éducation des autres enfants. Antonin Desnaute, placé par son père dans une famille de la Côte-d’Or, y fit ses études primaires. Puis il fréquenta le lycée Henri IV de Tours (Indre-et-Loire) où il obtint le baccalauréat latin-grec sans doute vers 1940 ; son père avait probablement pris avant sa mort des dispositions afin que ses enfants pussent achever leurs études. L’état de santé d’Antonin Desnaute, victime en 1998 d’un grave accident cérébral, ne lui permit pas de compléter les renseignements qu’il avait fournis auparavant.
Recruté en 1943 comme moniteur de centre d’apprentissage à Vernet-les-Bains (Pyrénées-Orientales), Antonin Desnaute fut muté l’année suivante au centre d’apprentissage de Bédarieux (Hérault). Admis en 1947 à l’École normale nationale d’apprentissage (ENNA) de Lyon (Rhône), il en sortit professeur d’enseignement général (PEG), exerça au centre d’apprentissage de Mende (Lozère), puis de Narbonne (Aude). Il devint en 1975 conseiller en formation continue dans le GRETA (groupement d’établissements associés) de deux villes voisines, Bédarieux et Béziers (Hérault). En 1984 il y prit sa retraite en cette qualité. Il s’était marié en 1945 avec Francette Saint-Amans, employée à la SNCF. Ils eurent trois enfants : une fille professeur certifiée d’anglais ; deux fils, l’un professeur agrégé d’allemand, l’autre ingénieur en informatique.
Dès la Libération, en 1945, Antonin Desnaute avait adhéré à la CFTC où il y avait un Syndicat libre des centres de formation professionnelle qui faisait partie de la Fédération des employés CFTC. Il passa au Syndicat national des centres publics d’apprentissage (SNCPA), créé en 1946 ; celui-ci, à partir de 1959, s’appela Syndicat national des collèges d’enseignement technique (SNCET) et s’intégra en 1962 dans le SGEN. D’après Le lien des centres d’apprentissage, Antonin Desnaute milita très vite sur le plan local. Trois ans après sa sortie de l’ENNA, il se retrouva membre de l’équipe régionale dont il fut à partir de 1952 le trésorier. L’année suivante, il fit à la réunion de l’équipe, le dimanche 7 juillet 1953, un compte rendu du congrès national auquel il avait assisté. Aussi lors du congrès départemental de l’Hérault en 1954 comme en 1955, on annonça à l’avance sa participation. En 1956 il était assez engagé pour figurer sur la liste que le SNCPA présenta pour les PEG lors des élections aux Commissions administratives paritaires nationales (CAPN). Le Syndicat n’eut d’élu au plan national qu’aux élections suivantes, à la suite d’accords passés d’abord en 1959 avec les trois autres organisations syndicales, puis à partir de 1962 avec Force ouvrière (FO) seule. Mais sur le plan académique, le SNCPA eut dès 1952 des élus en diverses régions en vertu d’accords conclus avec FO et les autonomes. Ce dut être le cas à Montpellier car en 1954, Le Lien rappelait que les PEG devaient s’adresser à Antonin Desnaute pour les promotions et les mutations. Là comme ailleurs il dut y avoir en 1959 une liste intersyndicale qui fut élue et sur laquelle il figura. Puis l’entente avec FO lui permit sans doute d’être réélu car il se souvenait d’avoir siégé dans les années 1965-1966. On comprend que le bureau régional ait en octobre 1957 salué son retour après une maladie qui l’avait « privé de son concours depuis le début de l’année ».
Antonin Desnaute ne semble pas avoir sollicité en 1969 le renouvellement de son mandat à la CAPA car au congrès national de 1966, il avait été élu membre du bureau national des CET ainsi que représentant titulaire des CET au comité national du SGEN. Constamment réélu dans ces deux fonctions lors des congrès successifs, il participa à la lutte que Jules Béneton*, secrétaire national des CET depuis 1964, menait pour la défense des CET, en particulier lorsque le ministre René Haby remplaça en 1974 Joseph Fontanet. En effet René Haby réduisit les postes budgétaires pour privilégier les formations privées alimentées par des jeunes issus de la loi Royer votée en décembre 1973.
Antonin Desnaute fut un des cosignataires du rapport que Jules Béneton présenta en janvier 1977 pour le congrès de mars, rapport dans lequel était repris l’appel à la lutte lancé depuis des mois dans Syndicalisme universitaire car « le gouvernement prépare la disparition de l’enseignement technique public ». Malgré son dynamisme, l’équipe animée par J. Béneton, ne fut pourtant pas réélue à ce congrès. C’est que, depuis le changement de majorité intervenu au sein du SGEN en 1972, la section nationale des CET était la seule qui avait conservé les dirigeants ayant soutenu les anciens secrétaires généraux, Paul Vignaux* et Charles Piétri. Or en 1977 surgit dans quelques académies une opposition qui reprochait à l’équipe Béneton son accord avec le SNETP (CGT) sur les revendications et les formes d’action. Cet accord qui faisait suite à l’accord CFDT-CGT de juin 1974, s’expliquait parce que J. Béneton n’obtenait d’action commune ni avec le SNETAA, ni avec FO, vu que ces organisations faisaient confiance aux promesses du Ministre. Mais avec seulement 72 voix de majorité, ce fut l’équipe menée par Christine Berthonnet qui fut élue à la direction de la section.
Ainsi prirent fin pour A. Desnaute onze années d’intense activité. Certes depuis 1969, il bénéficiait d’une décharge d’un quart de service que le SGEN avait demandée au Ministre par lettre du 6 juin 1969. Il la conserva jusqu’en 1977, mais cela ne compensait pas toutes les charges qui lui incombaient, car il devait aller à Paris tous les mois pour la réunion du bureau national des CET, participer aux congrès nationaux alors bisannuels ainsi qu’aux assemblées du comité national qui avaient lieu plusieurs fois par an et duraient deux ou trois jours. Or à cette époque les trajets ferroviaires n’avaient pas la rapidité d’aujourd’hui. Quand il n’eut plus de charges nationales, A. Desnaute se dépensa davantage dans son académie. Comme le rappelle Michel Tozzi qui était alors secrétaire académique de Montpellier (Hérault), A. Desnaute fut pendant quelques années responsable de la section académique des CET, devenus LEP (lycée d’enseignement professionnel) à la rentrée de 1977, jusqu’à ce qu’il pût se faire remplacer par René Gimenez. À ce titre il participait aux réunions du Conseil académique général. En outre depuis 1971, il représentait la CFDT à la Caisse d’allocations familiales de Béziers dont il fut un des administrateurs jusqu’en 1990.
Dès qu’il fut à la retraite, Antonin Desnaute fut élu en janvier 1985 président de l’Association des retraités CFDT du Biterrois. Il déclara cette association à la sous-préfecture de Béziers, le 14 avril 1986, sous l’appellation « Union locale interprofessionnelle des retraités (ULIR) CFDT du Biterrois » et en resta président jusqu’en 1991, puis reprit la présidence de 1995 à 1997 et fut alors nommé président honoraire. Il représenta cette ULIR au COMURPA (Conseil municipal des retraités et personnes âgées), fondé en 1989 par la municipalité nouvellement élue. Cet organisme fut supprimé par la municipalité suivante qui en 1995 instaura une commission extra-municipale des personnes âgées. En outre de 1985 à 1996, A. Desnaute fut vice-président de l’ASSECO (association études et consommation du Biterrois), créée par la CFDT. On peut mesurer la place qu’il prit parmi les retraités de Béziers à la façon dont les responsables actuels du groupe parlent de leur « ami Antonin », de leur peine de « le voir ainsi vieillir » quand ils vont « lui dire un petit bonjour ». A. Desnaute s’intéressait également à la vie locale, étant, dit-il, membre depuis plusieurs années du Conseil d’animation de l’association des usagers du centre social de Béziers ; il l’était encore quand la maladie vint le frapper. Tout en étant l’un de ces militants régionaux dont l’activité inlassable assura l’implantation du SGEN dans les CET-LEP, A. Desnaute avait été en même temps l’un des piliers de l’Union locale CFTC-CFDT.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article22508, notice DESNAUTE Antonin par Madeleine Singer, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 8 février 2021.

Par Madeleine Singer

SOURCES : M. Singer, Le SGEN 1937-1970, Th. Lille III, 1984, 3 vol., (Arch. Dép. Nord, J1471) ; Histoire du SGEN, Presses univers. de Lille, 1987 ; Le SGEN. Des origines à nos jours, Paris, Le Cerf, 1993, collection Histoire (Arch. Dép. Nord, J1578). — Le lien des centres d’apprentissage (1952-1962). — Syndicalisme universitaire (1966-1977). — Lettre d’A. Desnaute à M. Singer, octobre 1995. — Entretiens de M. Singer avec Evelyne Desnaute, sa fille, 18 décembre 1998, 14 janvier 1999. — Lettres des responsables de l’Union locale interprofessionnelle des retraités CFDT du Biterrois à M. Singer, 9 février 1999, 16 février 1999 ; elles sont accompagnées de divers documents, notamment l’attestation du président de la Caisse d’AF de Béziers, 28 janvier 1999. — Réponse de M. Tozzi, SA de Montpellier (1976-1980), à M. Singer, 25 février 1999 (AP). — Site Internet : deces.matchid.io (notes de Louis Botella).

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