SUILLEROT Marcel, Lucien, André

Par Jean Belin

Né le 9 juin 1923 à Dijon (Côte-d’Or) ; cheminot ; syndicaliste CGT de la Côte-d’Or et militant communiste ; élu municipal ; résistant et déporté ; président de la FNDIRP, section de Côte-d’Or.

Fils de Pierre Henri Suillerot, artisan chaudronnier, mutin de la Mer Noire, et de Marie Marcelle Solange Winkler, manouvrière, aîné d’une fratrie de quatre enfants, les parents de Marcel Suillerot quittèrent Dijon pour Chenôve (Côte-d’Or) en 1927. Il travailla chez son père après la fin de sa scolarité comme apprenti plombier zingueur. Au début de 1940, il dut fuir avec sa mère, les bombardements allemands. De retour à Chenôve quelques mois plus tard, il devint membre des Jeunesses communistes (JC). Il distribua des tracts anti-allemands et anti-Vichy dans Dijon et Chenôve avec le groupe constitué par Lucien Dupont* et récolta des armes abandonnées par l’armée française en déroute. Il apprit dès ce moment là que son oncle et voisin de sa famille, Maxime Guillot*, était engagé dans le mouvement de Résistance.
Marcel Suillerot fut arrêté sur dénonciation au domicile de ses parents, 12 rue Jules Blaizet à Chenôve le 6 octobre 1941 avec son camarade Roger Estiot* par la 11e brigade spéciale de la police française dirigée par le commissaire Marsac. Marcel Suillerot fut torturé, puis condamné à un an de prison par un tribunal français le 18 octobre 1941. Ecroué à la prison de Dijon où il retrouva les quatre normaliens*, avec d’autres camarades de sa cellule, il tenta de s’évader afin de se venger des policiers français, mais échoua dans sa tentative. Il fut aussitôt dirigé vers la prison de Chaumont (Haute-Marne) du 28 février au 2 octobre 1942, avant d’être transféré au camp de Rouillé (Vienne) où sont emprisonnés des « internés administratifs » (personnes considérées par les autorités françaises dangereuses pour la sécurité de l’Etat) jusqu’au 11 janvier 1943 où il apprit le décès accidentel de son père. Interné au camp allemand de Royallieu de Compiègne (Oise), il fut déporté en Allemagne le 23 janvier 1943 dans un convoi qui transporta 1528 hommes et 230 femmes au camp d’Oranienburg-Sachsenhausen, près de Berlin. Il fut transféré au Kommando de Heinkel pour être assigné aux usines d’aviation. Avec plusieurs de ses camarades déportés, il sabota de nombreux appareils malgré les risques qu’il encourait.
En avril 1945, avec l’avancée des armées alliées, les nazis abandonnèrent le camp central de Sachsenhausen et entraînèrent les 32 000 prisonniers dans une marche de la mort de treize jours, 200 km, sans nourriture. Les déportés survivants furent libérés par l’armée Soviétique le 4 mai 1945 à Schwerin dans le nord de l’Allemagne. Marcel Suillerot retrouva sa mère, ses frères et sœurs à Chenôve lors de son retour le 15 mai.
Après la guerre, il passa un concours pour entrer à la SNCF. Il fut embauché comme serrurier le 13 août 1945 aux ateliers de Perrigny-les-Dijon (Côte-d’Or). La même année, il s’engagea et milita à la CGT. Il fut membre du bureau du syndicat des cheminots de Dijon et délégué du personnel dans sa catégorie. Président de l’Association départementale des déportés, internés, résistants et patriotes (A.D.I.R.P.) de Côte d’Or depuis 2008, succédant à René Santot*, et membre du comité national de la F.N.D.I.R.P., sa retraite est occupée à transmettre le devoir de mémoire sur la déportation et les horreurs du nazisme en direction des écoles, collèges et lycées auprès des jeunes, en Côte-d’Or et en France. Présent chaque année depuis 2001 pour témoigner au collège Champollion de Dijon, la direction de l’établissement inaugura une salle en son nom en mars 2019. Il est membre du comité de parrainage du concours national scolaire de la Résistance et de la Déportation depuis 2004. Il intervint souvent dans la plupart des cérémonies et manifestations publiques dédiées au devoir de mémoire, et pour y prendre la parole. Il avait été l’un des vice-présidents de l’Amicale des anciens déportés de Sachsenhausen et aux responsabilités dans de nombreuses associations et organisations d’anciens combattants qui se consacrent à la mémoire et à l’histoire de la Déportation.
Engagé au PCF depuis son embauche à la SNCF, il fut membre du comité de section des cheminots de Dijon pendant de nombreuses années. Il fut élu conseiller municipal et maire adjoint communiste de Marsannay-la-Côte de 1971 à 1983. Il se maria avec Denise Marmont le 9 août 1947 à Chenôve, avec laquelle il eut un enfant, sa fille Mireille Cadiou qui accompagne son père dans les activités de l’Amicale des anciens déportés et familles de disparus d’Oranienburg-Sachsenhausen. Domicilié de nos jours au 2 rue Charron à Marsannay-la Côte (Côte-d’Or).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article225512, notice SUILLEROT Marcel, Lucien, André par Jean Belin, version mise en ligne le 6 avril 2020, dernière modification le 14 avril 2020.

Par Jean Belin

SOURCES : Le Bien Public, éditions du 11 septembre 2012, 8 décembre 2012, 17 mars 2017, 16 mars 2019. — Le Dauphiné Libéré, édition du 5 mars 2016. — Résistance en Côte-d’Or, Gilles Hennequin, tome 1, édition de 1983, tome 4, édition de 1997. — Les communistes dans la Résistance en Côte-d’Or, édition de 1996. — Sur les traces de Marcel Suillerot, film documentaire réalisé par l’Union de Production de la ville de Chenôve, 2012. — Les flammes de la mémoire, film documentaire réalisé par l’Union de Production de la ville de Chenôve, 2011. — AD21, fiches de police sur les menées communistes dans la Résistance, côte 1072W. — Témoignage de Marcel Suillerot en 2017 recueilli par Jean Belin.

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