MANIER Stéphane

Par Anne Mathieu

Né en 1896 à Paris, mort le 3 mars 1943 à Londres ; reporter, commentateur ; essayiste et romancier ; collaborateur à la radio , scénariste ; membre des Forces Françaises Libres

Outre son activité principale de journaliste, Stéphane Manier était un essayiste et un romancier. Il publia également des contes dans Le Petit Journal illustré (« Le mariage de Sumette », 24 juillet 1932 ; « La vieille Sybille », 18 décembre 1932) ainsi que des nouvelles (« Les belles vendanges », 23 octobre 1932).
Il était membre suppléant du Bureau du Syndicat professionnel des écrivains (La France, 19 octobre 1919) et fut lecteur chez Flammarion (Frédéric Lefebvre, La République, 17 juillet 1930). Il fut membre du Jury du Prix littéraire des Industries de luxe (La Liberté, 9 mai 1927) et fit partie du jury du Prix Paul-Guillaume (Paris-Soir, 16 juillet 1937).

Ses romans furent très commentés par la critique de l’époque, et c’est un Stéphane Manier déjà connu qui commença à collaborer à Paris-Soir en 1923 et au « seul journal de gauche du soir » – il s’éteignit en 1932 – Le Soir, pour quelques articles en décembre 1926 et février 1927. Il publia aussi dans Les Lectures du Soir, jusqu’au début des années 1930.

Mais on peut avancer que sa notoriété, il la gagna totalement du fait des nombreux reportages qu’il publia à Paris-Soir. On relève d’ailleurs son nom comme membre de l’Association française du grand reportage (Journal des débats politiques et littéraires, 20 mai 1935).
Dans le quotidien de Jean Prouvost, ses reportages étaient aussi bien sociaux (une série sur les pèlerins parisiens à Lourdes, « Le chemin du dernier espoir », en juillet 1933) que judiciaires (le procès Stavisky en novembre 1935). Ils traitaient des faits divers comme ils relataient l’actualité politique (les obsèques de Poincaré, en octobre 1934, ou par exemple encore « Le vrai visage de la France qui vote » en avril 1936). Signalons également une série sur l’affaire Stavisky, « La vie prodigieuse et néfaste de l’escroc Stavisky » (mars-avril 1934) et une « grande enquête » sur les « Loisirs » en janvier 1937.
Précisons, en outre, qu’il fut envoyé spécial de Paris-Soir à Genève en octobre 1933.

Cette notoriété de Stéphane Manier, le quotidien Ce soir – créé par le parti communiste pour concurrencer le journal de Prouvost – sut en profiter, dès sa création en mars 1937.
Il accueillit en effet de nombreux papiers de Manier, reportages sportifs (mars 1937), judiciaires (mars 1937) ou sur les gangs marseillais (octobre-novembre 1938). Dans ses colonnes, le reporter contribua en outre par exemple à la couverture des obsèques des victimes des fusillades de Clichy (22 mars 1937). Ses séries y étaient annoncées souvent en Une, et c’était aussi bien « Les mystères de la côte d’Azur » qui l’occupaient (avril-mai 1937) que l’Est de la France en (« A l’Est, rien de nouveau ? » puis « Du nouveau à l’Est », septembre 1938).
Bien que traitant de sujets diversifiés, on a noté que le journaliste s’intéressait de près à la politique, et, selon une annonce de Ce soir le 7 janvier 1938, il « lan[ça] l’idée d’une grande saison de la paix en 1938 ».
Fait remarquable, son nom est à ajouter au nombre de reporters qui furent actifs au moment de la guerre d’Espagne, et pour celui-ci particulièrement sur la question des réfugiés, dont il couvrit l’arrivée dès la vague de 1937. En décembre 1938, il fut envoyé au Maroc par le quotidien communiste, afin d’y mesurer combien le Maroc était « cerné ». Il côtisa en janvier 1939 pour la souscription lancée par Andrée Viollis* dans Ce soir pour l’envoi d’un dispensaire mobile en Espagne. Début février 1939, il était à la frontière franco-espagnole et suivit l’arrivée des républicains espagnols civils et soldats. Le 7 février, il intervint à la Maison de la Culture de la rue d’Anjou à l’occasion d’une vente au profit des enfants d’Espagne. Il visita des camps d’internement, tous ses reportages étant publiés dans Ce soir, hormis un dans Regards, hebdomadaire auquel il avait déjà collaboré en 1938 sur d’autres questions.

Il écrivit le scénario de Train d’enfer pour Jean Grémillon*, information donnée de façon récurrente dans la presse de l’époque, avant d’adjoindre à son nom ceux de ses corédacteurs Pierre Bost et Jacques Prévert, laquelle presse annonçant que le rôle-titre reviendrait à Jean Gabin avec comme partenaire Edwige Feuillère. Il s’agissait en fait, nous indique Geneviève Sellier dans la revue de cinéma 1895, de « la première mouture de ce qui deviendra, adapté et réalisé finalement par Renoir, La Bête humaine (1938) », où joueront Gabin et Simone Simon.

Signalons que Stéphane Manier collabora aussi au Petit parisien en août 1939, par une série sur l’Indochine, et qu’il intervint à la radio. Sur Radio-Cité, il présenta le concert de Minuit notamment en octobre 1938. Sur Paris-PTT, il parla de l’Indochine en décembre 1939-janvier 1940. Sur le Poste Parisien, un sketch de sa plume fut joué en mars 1940. Sur Radio 37, une pièce fut jouée en mars-mai 1940 (et également probablement sur Paris PTT en mars).

Il collabora à Monde libre, « l’hebdomadaire de la France qui se bat », en janvier et avril 1940 (Publicités dans L’Intransigeant, 9 janvier 1940, L’Œuvre, 1er avril 1940, Le Temps, 2 avril 1940).

Stéphane Manier fut membre des Forces Françaises Libres.
Son suicide le 3 mars 1943 dans une prison des autorités britanniques provoqua la colère du chef de la France combattante : « J’apprends qu’un fonctionnaire de la France combattante, M. Stéphane Manier vient de se suicider à Camberwell où il était retenu depuis plusieurs jours. Je suis certain que les autorités britanniques ouvriront une enquête sur cette affaire et je ne doute pas que Votre Excellence veuille m’en faire connaître les conclusions ».
De Gaulle explique que Manier est demeuré pendant un an à Accra auprès des autorités britanniques mais a été appelé par le Comité national à Londres pour exercer de nouvelles responsabilités ce dont il se réjouissait. Le chef de la France combattante ne comprend pas et n’accepte pas qu’on l’ait pris pour un individu suspect devant être privé de liberté. Avant de conclure : « J’attacherais du prix à savoir que la nouvelle réglementation qu’il paraîtra possible au gouvernement de Sa Majesté britannique d’édicter, s’appliquera assez rapidement pour qu’ils soient dispensés de subir en territoire allié l’épreuve de la réclusion ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article225522, notice MANIER Stéphane par Anne Mathieu, version mise en ligne le 6 avril 2020, dernière modification le 12 janvier 2022.

Par Anne Mathieu

ŒUVRE CHOISIE : Essais : Sur Anatole France, La Sève, 1918. — Sous le signe du jazz, éditions de l’Epi, 1926. — avec Imré Gyomaï, La vie tendre et pathétique de Franz Schubert, Les Éditions de France,1936. — Romans : Les Vardot, Denoël et Steele, 1930. — L’Evadé, Denoël et Steele, 1931. — La Femme de quatre sous, Alexis Redier, 1934.

SOURCES : Anne Mathieu, "La voix discordante des reporters anticolonialistes", Le Monde diplomatique, août 2021, pp. 20-21. — Anne Mathieu, Nous n’oublierons pas les poings levés - Reporters, éditorialistes et commentateurs pendant la guerre d’Espagne, Paris, Syllepse, 2021. — Anne Mathieu, « En 1939, plongée dans les camps de réfugiés espagnols en France », Le Monde diplomatique, août 2019, pp. 20-21. — DATA BNF ; Sellier Geneviève, « État des archives sur Grémillon », 1895, revue d’histoire du cinéma, numéro hors-série « Jean Grémillon », 1997, pp. 101-110. — PERSEE. — Histoire en rafale. — Journaux et articles de presse cités dans la notice.

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