QUÉLAVOINE Robert

Par Daniel Grason

Né le 17 février 1915 à Paris (Ve arr.), mort le 1er décembre 1998 au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) ; militant communiste ; résistant ; déporté à Buchenwald (Allemagne).

Fils de Pierre et de Julie née Marey, Robert Quelavoine travailla en 1938 à la Compagnie Électromécanique 23 avenue Jean-Jaurès au Bourget (Seine, Seine-Saint-Denis). Membre du Parti communiste, militant actif, il était organisé à la cellule 1259 rattachée au Rayon du XIIe arrondissement de la Région Paris-Ville.
De la classe 1934, il fut mobilisé en tant que matelot mécanicien le 26 août 1939 au 5e Dépôt des Équipages de la Flotte à Toulon dans le Var. Une permission lui a été accordée en décembre 1939 au cours de laquelle il épousa le 30 décembre 1939 Julienne Marcelline Rousset en mairie du XIIe arrondissement. Matelot breveté mécanicien Robert Quélavoine a été libéré le 26 août 1940.
Il travailla à nouveau à la Compagnie Electromécanique. Après la dissolution du Parti communiste, des papillons et des tracts du Parti communiste clandestin firent leur apparition dans l’usine. La direction soupçonna Quélavoine, il fit circuler un cahier de revendications où il était demandé l’augmentation des salaires et les taux de rations. S’en fut trop, la direction le licencia. Il travailla à partir du 26 février 1942 dans un garage de la porte Dorée au 71, rue du général Michel-Bizot dans le XIIe arrondissement, ouvrier très qualifié il était payé 3 500 francs par mois le lieu était sous contrôle des allemands.
En juillet 1941 le couple Quélavoine habita un logement deux pièces au rez-de-chaussée du 6 rue Marie-Benoist à Paris (XIIe arr.). Il fut interpellé par trois inspecteurs de la BS1 le 22 juin 1942 à 11 heures 30 sur le lieu de son travail. Fouillé, il ne portait aucun objet suspect. Interrogé le gérant du garage déclara que Robert Quélavoine « était un ouvrier ponctuel et courageux. »
Interrogé le jour même dans les locaux des Brigades spéciales par le commissaire Lucien Bizoire, il reconnut avoir remis sa photographie à Ledoux alias Lartigue. Il devait se rendre le mardi le mardi 17 juin 1942 à 19 heures 15 au métro Père-Lachaise, l’objectif était de s’emparer de denrées alimentaires dans une épicerie de rue des Amandiers proche de là. Mais l’opération fut annulée faute de militants suffisants pour en assurer le succès.
Le commissaire qui n’était pas un tendre employa la manière forte, Quélavoine assuma il était bien présent et il n’ignorait pas l’objectif de cette opération avortée. Mais malgré les coups, il précisa : « Je ne pense pas que mes compagnons étaient armés. D’ailleurs j’étais réfractaire à l’action armée. »
Un juge d’instruction l’interrogea le 3 juillet 1942, Quélavoinel affirma avoir repris « de l’activité en janvier 1941 à l’instigation d’un nommé Michaud. Ayant été « coupé » [de l’organisation] j’ai arrêté toute activité un mois environ après. » Il reconnut avoir été de nouveau dans l’action clandestine avec « Jules » [Raton]. Il participa à une opération de récupération de denrées alimentaires dans une épicerie.
Trois inspecteurs se rendirent le 14 août 1942 à son domicile, ils perquisitionnèrent son logement composé d’une chambre et d’une cuisine, rien n’a été saisi. Robert Quelavoine était le dans le convoi de 2073 hommes à destination de Buchenwald (Allemagne).
Son épouse Julienne témoigna devant une commission rogatoire le 10 mars 1945. Elle déclara : « Mon mari a été arrêté le 20 juin 1942, à notre domicile, par deux policiers en civil. Après une perquisition négative de notre appartement, ils l’ont emmené au commissariat de police de Puteaux, où il est resté quatre jours sans nourriture. »
« Il a été ensuite conduit au Dépôt, puis transféré à la prison de la Santé où il a séjourné un an environ. »
« Passé en jugement au mois de mai 1943, il a été condamné à cinq ans de prison par la Section spéciale de la Cour d’Appel de Paris, pour infraction au Décret du 26 septembre 1939. »
« Après son jugement, il a été incarcéré aux prisons de Poissy, Melun, Châlons-sur-Marne et finalement envoyé au camp de Compiègne, d’où il a été déporté en Allemagne le 11 mai 1944. »
« Je n’ai aucune nouvelle de lui depuis cette date. »
Sur photographie, elle reconnue l’un des inspecteurs qui arrêta son mari.
Robert Quélavoine participa au collectif des résistants de Buchenwald. La libération du camp eut lieu le 11 avril 1945 dans l’après-midi, l’armée américaine conduite par le général Patton libérait Buchenwald. Un Comité militaire clandestin international l’accueillit. Le Comité des intérêts français était composé de : Frédéric-Henri Manhès, Albert Forcinal, Marcel Paul, Robert Darsonville et Jean Lloubes représentaient les français au sein de ce comité précisa Olivier Lalieu.
Dans son ouvrage 1945 La découverte, Annette Wieviorka soulignait : « c’est avec l’arrivée du résistant communiste Marcel Paul, en mai 1944, qui devient l’interlocuteur des dirigeants allemands, que le parti communiste français s’organise véritablement à Buchenwald et qu’il rassemble d’autres courants de la Résistance dans le Comité des intérêts français. Désormais, le Comité est à présent dans l’organisation de résistance du camp et peut protéger certains détenus. »
Robert Quelavoine matricule 49640 était parmi les survivants, il rentra de déportation. Il a été homologué combattant des Forces françaises de l’intérieur (FFI), membre de la Résistance intérieure française (RIF), et Déporté interné résistant (DIR).
Il mourut le 1er décembre 1998 au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article225570, notice QUÉLAVOINE Robert par Daniel Grason, version mise en ligne le 8 avril 2020, dernière modification le 8 avril 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : AN Z-4-77 dossier 526. – Arch. PPo. 77 W 3124-291860. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Annette Wieviorka, 1945. La découverte, Éd. du Seuil, 2015. – Olivier Lalieu, La zone grise ? La résistance française à Buchenwald, préface de Jorge Semprun, Éd. Tallandier, 2005. – Pierre Durand, Les Français à Buchenwald et à Dora, Éd. Sociales, 1977. – État civil numérisé Paris Ve arrondissement 5N 251 acte n° 278.

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