FRANÇOIS Pierre

Par Françoise Tétard

Né le 5 janvier 1907 à Lyon 1er (Rhône), mort le 26 juillet 1986 à Fontenay-les-Briis (Essonne) ; commissaire national des Éclaireurs de France, un des créateurs de Franc et franches camarades.

Son grand-père, d’origine cévenole, était pasteur (voir le biographie du frère de Pierre, Louis François, son père, directeur de la Compagnie du gaz et de l’électricité porte un .vif intérêt aux questions sociales, sa mère fait partie de la bourgeoisie lyonnaise. Il reçut une éducation paternelle stricte. Dès l’âge de douze ans, il entra aux Éclaireurs-de-France et gravit successivement tous les échelons jusqu’à chef de troupe. Il pratique le scoutisme tout au long de son : adolescence aux côtés de son frère aîné Louis François, dans la région lyonnaise. Son totem est "joyeux bouquetin", mais il préfèra le plus souvent se faire appeler par son prénom.
Il rêva de faire l’École des Beaux-Arts, mais il devint ingénieur agronome.. En 1926, il monta de Lyon à Paris accompagné de son frère pour préparer l’Agro au lycée Henri-IV. Là, il fréquenta la Mouff (la "Maison pour Tous" de la rue Mouffetard) et il habite chez Vieux Castor (André Lefèvre, 1886-1946, commissaire national des Éclaireurs de France) pendant trois ans. Sa famille lui trouva une place à Strasbourg dans une maison agroalimentaire où il alla après son service militaire. Mais ce n’était pas sa vocation et en 1931, il devint collaborateur direct de Vieux Castor comme commissaire national adjoint des Éclaireurs-de-France.
Il se marie avec Élisabeth Risler, fille du pianiste Edouard Risler, elle-même cheftaine d’éclaireuses.
En 1940, fait prisonnier, il s’échappa et rejoignit à pied Vichy où étaient installés ses parents qui, depuis 1934, assuraient l’exploitation d’un hôtel au pavillon Sévigné. Pour l’heure, le pavillon Sévigné était réquisitionné pour la maison civile et militaire du Maréchal. Une des premières personnes qu’il rencontra était Vieux Castor qui, éprouvé par le choc de la débâcle, lui demanda immédiatement de le remplacer au poste de Commissaire national.
Du 24 au 26 septembre 1940, il fit partie de la délégation des Éclaireurs-de-France au Camp de l’Oradou, où étaient réunis pour la première fois tous les responsables nationaux du scoutisme, des mouvements masculins et féminins. Une Charte fut signée, défendant une idée chère à Pierre François : celle d’une neutralité entre mouvements, permettant le rapprochement "des scouts croyant en Dieu et de ceux qui, sans adhérer explicitement à une religion, se sentent en sympathie avec les croyants". Le "Scoutisme français" est né de cette réunion.
En 1944, il refusa un poste au ministère que lui proposait Gustave Monod, directeur de l’Enseignement du second degré, proche de René Capitant, le nouveau ministre de l’Éducation Nationale. C’est André Basdevant qui prit le poste de directeur-adjoint à la direction des mouvements de jeunesse et d’éducation populaire). Pierre François préféra rester fidèle aux Éclaireurs-de-France où il se montra très actif : il maintint fermement l’unité du mouvement après la sortie de la guerre, les élèves des Écoles normales d’instituteurs lui fournissaient les cadres dont il avaient besoin. Il fut l’inspirateur de certaines évolutions pédagogiques, qui ne furent pas sans entraîner quelques remous. Entre autres, il défendit la coéducation en ouvrant le mouvement aux filles ; il promut le concept de "sociétés de jeunes" pour que meutes, troupes et clans constituent de - véritables sociétés où jeunes et adultes puissent apprendre à coopérer.
Parallèlement, il lança le "Grand -mouvement", destiné à la masse des jeunes "que les Éclaireurs-de-France ne peuvent incorporer, dans la crainte de se dénaturer". Il s’appuya sur un projet très complet et quelque peu visionnaire qu’il a rédigé avec quelques uns en août 1944, en direction de la jeunesse des milieux non-confessionnels.
En octobre 1944, il s’adjoignit le concours de la Ligue de l’enseignement, du Syndicat national des instituteurs (SNI), du Mouvement uni des auberges de jeunesse (MUAJ), de la CGT, de la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT), des Éclaireuses et des Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active (CEMEA). Finalement, en décembre 1944 est créée la Fédération des Francs et Franches Camarades. Pierre François, avec une petite équipe de pionniers, conduit ce mouvement de loisirs éducatifs dans ses débuts, mais le démarrage n’était pas facile en cette période de tensions (la guerre froide fait sentir ses effets, les tensions entre confessionnels et laïques resurgissent) et il dut demander l’aide de Jean-Auguste Sénèze, ex- secrétaire général du SNI et responsable de la Ligue de l’Enseignement.
En 1951, il traversa un moment de lassitude et il sentit venir le désenchantement. Il chercha à tourner une page. Il crée la Division de la Jeunesse à l’UNESCO qu’il dirigea pendant 16 ans.
Il termine sa carrière au Foyer international d’accueil de Paris (HAP) dont il prit la, direction dès novembre 1967. Ce centre d’accueil pour les jeunes, présidé par Paul Delouvrier, ouvrit dans la tourmente de 1968 et fit l’objet de bagarres entre les. Affaires étrangères et la Jeunesse et sports.
En 1972, il accepta la présidence du mouvement des Éclaireurs-de-France. Témoin. d’une période, il est souvent sollicité à ce titre. Il s’associa en 1973 à une la fondation l’Association des anciens Éclaireurs et Éclaireuses. Enfin, il se donna une tâche dans les dernières années de sa vie, celle d’écrire un livre (en collaboration avec P. Kergomard) sur l’histoire dés Éclaireurs-de-France, qui fut publié en 1983. Il mourut le 26 juillet 1986. Un hommage lui fut rendu à l’UNESCO le 31 janvier 1987, en présence de nombreuses personnalités du monde de la Jeunesse et de l’Éducation populaire.
Voilà l’analyse qu’il faisait à la fin de sa vie : "...Nous avions nourri des rêves sous l’Occupation, notre conviction était joyeuse et tenace. Mais la France n’est pas une terre d’élection pour la jeunesse. Je suis contre une politique étroite qui prendrait la jeunesse par petits bouts. Le scoutisme doit suivre les changements profonds de la société...". Il visait à "désintellectualiser" le scoutisme mais a souvent été critiqué pour avoir fait des Éclaireurs-de-France un mouvement élitiste.

Élisabeth et Pierre François furent honorés à titre posthumede la médaille de Justes parmi les nations qui honore "les non-juifs ayant sauvé, sous l’occupation allemande, des juifs au péril de leur vie".

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article225859, notice FRANÇOIS Pierre par Françoise Tétard, version mise en ligne le 11 avril 2020, dernière modification le 29 juin 2021.

Par Françoise Tétard

SOURCES : Deux entretiens réalisés par Françoise Tétard et Yvonne Le Goïc. — P. Kergomard et P. François. Les Éclaireurs-de-France de 1911 à 1950, Éclaireuses et Éclaireurs-de-France, 1983. — P. de Rosa, Les Francas d’hier à demain, Les Francas, Paris, 1986. —Le destin novateur de Pierre François 1907-1986, UNESCO. Paris. le 31 janvier 1987, plaquette réalisée par les anciens éclaireurs et éclaireuses de France. — Trait d’Union. Anciens EDF-FFE-EEDF, 56. Tome 14, printemps 1987 (témoignage Marthe Levasseur). — Geneviève Poujol, Madeleine Romer, Dictionnaire biographique des militants (XIXe-XXe siècles) de l’éducation populaire à l’action culturelle, L’Harmattan, 1996. — Notices de Pierre François et de Élisabeth Risler François sur le site AJPN

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