DEFORGE Henri, Walter [Dictionnaire des anarchistes]

Par Dominique Petit

Né le 4 mai 1874 à Saint-Gilles (Belgique) ; mort le 24 juillet 1937 à Paris (XVIIIe arr.) ; emballeur et porteur de journaux ; anarchiste de Paris et de Saint Ouen (Seine-Saint-Denis).

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

Il était né d’un père français et d’une mère belge, ceux-ci revenaient s’installer en France en 1878.
Henri Deforge avait été mis en apprentissage dès l’âge de 13 ans et avait appris le métier d’emballeur. Depuis 1892 il travaillait avec son père comme porteur de journaux et demeurait chez ses parents Villa Saint Michel , 27 avenue de Saint-Ouen (Paris XVIIIe arr.) . Sa mère tenait un kiosque à journaux place Clichy. Henri Deforge apportait les journaux au kiosque et les distribuait à domicile.
Selon la police il travaillait le matin , passait le reste de son temps « dans le quartier en compagnie de filles de mauvaise vie » et le soir il se rendait dans les réunions anarchistes, surtout dans les quartiers de Montmartre et à Saint Ouen.
Il s’occupait d’anarchie depuis juillet 1893. Il serait allé également chez Pouget au Père Peinard.
Le 15 septembre 1892, il était condamné par le tribunal correctionnel de la Seine à 16 francs d’amende pour port d’arme prohibée.
Le 24 septembre 1893, Henri Deforge participait à une soirée familiale, rue des Abesses, parmi une trentaine d’anarchistes. La séance était consacrée aux chants et aux poésies révolutionnaires.
Le 3 octobre 1893, quelques anarchistes dont Deforge, Large, Godard, Mocquet, Bichon, Boucher, Georges Renard, étaient réunis 31 rue des Abbesses, salle Warin où Renard se livra au magnétisme.
A l’automne 1893, il aurait activement participé à la campagne contre les fêtes franco-russe et le 1er octobre , lors d’une réunion de la Ligue des antipatriotes à la salle du Commerce, on l’avait entendu « préconiser la grève générale et faire l’apologie de Pallas ».
Depuis le 18 décembre 1893, Henri Deforge s’était rendu à trois reprises aux réunions chez Duprat : le 31 décembre 1893 et les 4 et 25 février 1894.
Henri Deforge figurait sur l’état récapitulatif des anarchistes, au 26 décembre 1893 et au 31 décembre 1894, il était considéré comme militant. Sur l’état récapitulatif du 31 décembre 1896, son adresse n’était plus connue et il était recherché.
Il fut arrêté le 5 janvier 1894, pour association de malfaiteurs dans le cadre de l’affaire de la rue des Abbesses (voir Marcel Hervy) et et fut libéré le 27 janvier, un non lieu fut prononcé par le juge d’instruction Meyer, le 20 mars 1894.
Le 1er juillet 1894, vers quatre heure et demie du matin, lors d’une perquisition chez ses parents, la police avait saisi 4 numéros de La Révolte, un couteau long de 22 cm, la brochure « La remontrance de Maloupin - Cupidon l’anarchiste » de Paul Paillette et un exemplaire du journal La lutte pour la vie daté du 27 mai 1893, Henri Deforge ne put être arrêté car il était déjà parti aux bureaux des journaux, rue du Croissant.
Il fut arrêté le 3 juillet 1894 avec Eugène Renard dit Georges, alors que tous deux venaient Avenue Trudaine au domicile de Paul Gibier dit Gilbert qui venait d’être arrêté. Il fut trouvé porteur d’un revolver chargé et de quatre exemplaires de la Révolte. Lors de son interrogatoire par le commissaire de police du quartier de Rochechouart, le 3 juillet, il avait prétendu être venu chez Paul Gibier, pour que ce dernier lui rende l’argent qu’il lui devait et avoir, par hasard, rencontré Renard sur le chemin. Il avait fait connaissance de Gibier trois mois auparavant au Moulin de la Galette et dans les cafés de Montmartre. Il avait également travaillé pour lui car il faisait commerce de papier et Deforge lui faisait des courses.
Il fut transféré au Dépôt pour être mis à disposition de l’institution judiciaire.
Il fut incarcéré le 4 juillet à Mazas pour « association de malfaiteurs ». Son père avait assuré que depuis son incarcération en janvier, son fils ne fréquentait plus les réunions anarchistes et que c’était « un bon sujet incapable de commettre un méfait ». Lors de l’interrogatoire Henri Deforge avait déclaré ne plus être anarchiste, que les exemplaires de La Révolte étaient chez ses parents parce qu’il avait l’intention de s’en débarrasser et que le revolver appartenait à son père et s’il l’avait sur lui parce c’était qu’il devait le porter chez un armurier pour le faire réparer.
Il fut remis en liberté le 9 août 1894, par le juge d’instruction, dans le cadre de l’affaire d’association de malfaiteurs, avant de bénéficier d’un non lieu, le 22 juin 1895.
Le 15 juillet 1894, il était condamné à 2 mois de prison et 25 francs d’amende pour « port d’arme prohibée » par le tribunal correctionnel de la Seine, pour l’arme saisie sur lui lors de son arrestation du 3 juillet.
Son dossier à la Préfecture de police portait le n°327.276.
Il fit son service militaire du 13 novembre 1897 au 24 septembre 1898, au 91e régiment d’infanterie.
Le 18 novembre 1905, il demeurait 6 rue Coulaincourt (XVIIIe arr.) ; le 16 juin 1909, 5 cité Germain Pilon (XVIIIe arr.) puis 65 rue Lafayette (Xe arr.)
Il fit la guerre contre l’Allemagne du 3 août 1914 au 7 janvier 1919.
Il était marié à Marguerite, Louise Malvina Jallu. A la fin de sa vie, il demeurait 29 rue Dautancourt.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article225992, notice DEFORGE Henri, Walter [Dictionnaire des anarchistes] par Dominique Petit, version mise en ligne le 13 avril 2020, dernière modification le 17 octobre 2020.

Par Dominique Petit

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York
Fiche photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

SOURCES : Archives de la Préfecture de police BA 78, 1500, 211W2 — Archives de Paris D3 U6 50. Registre matricule 3665, classe 1894 — Archives Nationales F7/12508 — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine — Notice Henri Deforge du Dictionnaire des militants anarchistes.

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