MALLET Étienne, Paul [pseudonyme dans la résistance : Caïffa]

Par Huguette Juniet, Patrick Bec

Né le 8 août 1900 à Villedieu (Cantal), mort sous la torture en mai ou juin 1944 à Chamalières (Puy-de-Dôme) ; agent d’assurances ; résistant au sein des forces françaises de l’intérieur (FFI).

Étienne Mallet est le fils de Michel, fermier et de Marguerite Defix. Il exploitait un café rue des lacs à Saint-Flour (Cantal) Il s’est marié à Saint-Flour le 23 août 1924 avec Marie Portal. Il avait deux frères Jean et Alfred et il eut trois enfants : René, André et Robert. Les deux derniers furent adoptés par la nation par jugement du tribunal 20 juin 1945. En 1937 il résidait rue des Lacs à Saint-Flour.

Recruté dans l’armée, il fut incorporé le 15 mars 1920 au 30e Bataillon des Chasseurs Alpins à pied. Il fit campagne aux Pays Rhénanais du 17 mars 1920 au 5 février 1921 puis en Haute Silésie du 6 février 1921 au 25 janvier 1922. Il fut rappelé au dépôt d’Infanterie 132 le 23 mars 1940 et mis à disposition du dépôt agricole du 4 mai 1940 au 11 juillet 1940. Il était agent d’assurances agricoles après avoir été agriculteur, et son épouse tenait un café.

Étienne Mallet s’était engagé dans la résistance et faisait partie des Mouvements Unis de la Résistance (MUR) de la région de Saint-Flour, pour lesquels, sous la responsabilité de Louis Mallet Faust et de René Amarger Germa, en mars 1943, il était « boite aux lettres » à Saint-Flour ayant choisi le pseudonyme Caïffa. Son fils aîné René s’était lui-aussi engagé sous le nom de Sans-Souci parmi les jeunes résistants sanflorains de 16 à 20 ans, appelés par Amarger les « Marie-Louise » en référence aux conscrits de 1814 et 1815, et qui dès 1942 étaient organisés en sizaines aux côtés de Gilles Lévy et de Étienne Mallet alias Stéphane (avec son jeune frère Pierre Mallet, André Planque, Guy Parienté, Michel Molherat, Georges Simon, Maurice Condomines, René Blanquet, Paul Esbrat, Pierre Teissèdre, Henri Devaux, Bernon, Brasquies, toute la famille Clavel (Élise et Marthe qui faisaient partie du réseau Reims-Noël-Coty et furent déportées, Jean-Louis et Auguste arrêtés et torturés par la gestapo en mai 1944, Yves qui servait en Haute-Loire dans le groupe Lafayette, Guy qui était agent de liaison pour le responsable cantonal André Pouillaude).
Le café de Marinette et Étienne Mallet était un lieu idéal pour les rencontres, la surveillance. Le premier mai 1944, Amarger Germa fut averti par un jeune de la sizaine du Collège que « quelqu’un » voulait le voir au café Mallet. « Ce quelqu’un connait notre boîte aux lettres, c’est donc rassurant », remarque Amarger dans ses mémoires. Il retrouva au comptoir Caiffa (Étienne Mallet) avec Jean Robert, chauffeur à l’entreprise de transport Prat qui venait avertir qu’il se préparait un transport mystérieux sous la garde de GMR. L’embuscade qui permit au maquis Revanche de récupérer 220 caisses de cartouches fit un mort, le jeune garde René Bon.
Le 7 mai 1944, les résistants sanflorains renforcés par une trentaine de maquisards du groupe Revanche attendaient un parachutage avec impatience. C’était un vendredi et ce ne fut que le dimanche que treize containers furent enfin récupérés dans les environs de Petges, commune de Saint-Georges (Cantal). Étienne Mallet vint alors de Saint-Flour annoncer que la milice avait arrêté Jean Calmels et emmené sa femme.

Un maquisard et agent de liaison Édouard Troupenat fut arrêté le 14 mai 1944 par la Felgendarmerie. Lors de son interrogatoire il avoua sous la torture avoir un rendez-vous le 16 mai 1944 dans l’après-midi avec Émile Coulaudon alias Gaspard, Chef Régional des FFI en Auvergne dans un bar de Saint-Flour. Une opération fut donc organisée à cette date par les membres du SD avec l’aide de la Wehrmacht. Ils se présentèrent au rendez-vous dans le café du Progrès rue des Lacs à Saint-Flour dont Étienne Mallet était exploitant, mais Gaspard ne se présenta pas.

Le 15 mai 1944 vers 18 heures, Maurice Mominous, gendarme et résistant du corps franc de Saint-Flour fut averti que miliciens et agents de la gestapo venaient de sortir du café de Madame Chambaron à la recherche d’une « réunion de résistants ». Il fonça au café Mallet avec Esbrat mais y furent accueillis, raconte Amarger, « par des individus en ciré, les invitant à lever les bras sous la menace de leurs armes et à s’asseoir sur une banquette » aux côtés d’autres sanflorains déjà arrêtés, Boissery, Pouillaude, Antoine Vidal, Jules Vigier, René Mallet et son père Etienne. Marinette était au comptoir et dans l’angle un Allemand casqué et armé d’un pistolet-mitrailleur et un jeune agent de liaison d’Aurillac (Pierre Rigal) qui avait juste eu le temps de jeter sous la banquette un paquet de lettres destinées aux jeunes du maquis de l’Estournel d’Alleuze. Maurice Monminous qui était en uniforme de gendarme et qui avait indiqué qu’il était entré par hasard pour prendre un verre, fut autorisé à venir au comptoir au moment où arrivèrent deux tractions avant noires qui s’arrêtèrent dans la rue. D’autres civils, milice ou gestapo, armés et surexcités traînaient le jeune Troupenat, alias Dadou, agent de liaison du responsable régional des parachutages Philippe, enchaîné et la tête tuméfiée. « Tu connais ce flic » lui lança le milicien Vernières. « Non », répondit-il, et il reçut deux violents coups de crosse de pistolet à la face. A part dans l’arrière-salle du café, Pierre Rigal fut longuement et brutalement interrogés puis embarqué. Une perquisition à son domicile ne permit pas de découvrir des preuves. Marinette Mallet fut invitée sans ménagement à préparer quelques vêtements pour son mari qui fut enchaîné et poussé à son tour dans une voiture. Selon Amarger, René n’a pas été arrêté, sans doute grâce à l’intervention de Monminous qui avait affirmé aux miliciens que Sans-souci travaillait à Aurillac, ni les autres résistants présents que Vernières, qui ne devait pas avoir de renseignements sur eux, laissa sous la surveillance du gendarme jusqu’au départ des miliciens.
Étienne Mallet rejoignit Marcel et Suzanne Raparie dans les geôles de la gestapo, villa René à Chamalières. Interrogé par le SD il subit de telles tortures qu’il décéda dans sa cellule quelques jours après son arrestation. Il est mort sous la torture soit entre le le 17 et le 31 mai 1944 selon un jugement du tribunal civil de Clermont-Ferrand du 7 septembre 1945, soit vers le 15 juin 1944.
Porté disparu le 31 mai 1944, son corps n’a jamais été retrouvé. Lors de son procès le gestapiste Roth avoua que les prisonniers qui mourraient au siège de la Gestapo Villa René à Chamalières étaient inhumés dans les trous de bombe de l’aérodrome d’Aulnat (Puy-de-Dôme). Il se pourrait donc qu’Étienne Mallet fasse partie des corps non identifiés enterrés en ce lieu.

Il servit dans les FFI du 1er avril au 16 mai 1944 : Certificat d’appartenance N°6362 en date du 19 février 1951 délivré par Le Commandant de la 8ème Région Militaire. Il a été interné du 17 mai au 31 mai 1944 et porté disparu le 31 mai 1944. N° d’Internement : 1-21102240

Il a été reconnu « Mort pour la France », homologué FFI et Déportés et internés de la résistance (DIR). Il a reçu la médaille de la Résistance (JO 13/01/1946).

Le nom de Étienne Paul Mallet est gravé sur le monument du Docteur Mallet et des fusillés de l’arrondissement à Saint-Flour.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article225993, notice MALLET Étienne, Paul [pseudonyme dans la résistance : Caïffa] par Huguette Juniet, Patrick Bec, version mise en ligne le 13 avril 2020, dernière modification le 25 avril 2021.

Par Huguette Juniet, Patrick Bec

SOURCES : SHD Vincennes, GR 16 P 387361, dossier Étienne Mallet (nc). — Arch. Dép. du Puy-de-Dôme : 908 W 506, Interrogatoire de Roth lors de son procès. — Gilles Lévy-François Cordet, A Nous Auvergne !, Presses de la Cité 1990, nouvelle édition, pages 185-186. — Mémoire des hommes. — Favier, Lieux de mémoire et monuments du souvenir, Albédia, Aurillac 2007. — Eugène Martres, Le Cantal de 1939 à 1945 Les troupes allemandes à travers le Massif Central, Cournon, De Borée 1993. — René Amarger, Des braises sous la cendre, 2003. — Arch. départ. du Cantal (État civil, recensement). — MémorialGenWeb. — Registre matricule N°1696, classe 1920 à Aurillac. — État-civil Villedieu et Chamalières.

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