Trie-Château (Oise), les Kroumirs : 14 août 1944

Par Jean-Yves Bonnard

Le massacre de la ferme du lieu-dit des Kroumirs fit 7 victimes. Le cultivateur et ses deux commis réfractaires ainsi que quatre maquisards résistants FTP furent exécutés par des soldats allemands.

Monumentaux morts de Trie-Château. Cliché J.Y. Bonnard
Monumentaux morts de Trie-Château. Cliché J.Y. Bonnard

A la mi-août 1944, Kléber Dauchel, chef du détachement FTP-Patrie, cherchait à installer un maquis dans l’ouest du département. Par l’intermédiaire de M. Lenique, marchand de bois et charbon de Bornel, il entra en relation avec un employé de l’Office départemental des bois et charbons de Beauvais (Oise). Ce dernier lui indiqua les numéros cadastraux d’un lot de bois, qui devait être réquisitionné pour faire du bois de boulange et du charbon de bois, près de Trie-Château, commune limitrophe à Gisors dans l’Eure .
Après avoir rencontré le maire de Villers-sur-Trie, il se rendit sur les lieux avec le garde-champêtre de la commune où un petit local pouvait loger trois ou quatre personnes et servir d’abri pour les outils mais, situé au bord de la route, et donc trop visible pour ses activités clandestines.
Si le marchand de bois et charbon de Bornel fournissait tout l’outillage de bûcheron à Dauchel, Henri Lemaire, instituteur de Trie, lui présenta Pierre Bourgeois, cultivateur à la ferme des Kroumirs à Trie-Château. Ce dernier accepta d’héberger les hommes du détachement Patrie dans sa ferme située à environ trois cents mètres de la route, accessible par un petit chemin à travers le bois qui entoure la ferme au trois-quarts en limite de Trie-Château, de Villers-sur-Trie et d’Eragny-sur-Epte.
Le 12 août, six hommes du détachement Patrie, Marcel Tilloloy et son frère Robert Tilloloy, Roland Laurence, Louis Albert Leclère, Georges Rayer et Fernand Duirat, rescapés de l’attaque du maquis Ronquerolles jusque-là cachés au château de Lamberval à Neuilly-en-Thelle, parcourèrent les trente kilomètres qui séparent Fresnoy-en-Thelle de Trie-Château.
Les maquisards passèrent à l’action assez rapidement et sectionnèrent les fils téléphoniques de quinze poteaux assurant les liaisons de la Kommandantur. Le jour, ils travaillaient auprès des fermiers, coupaient du bois et organisèrent même une chasse au sanglier. Logés au château de la Folie, siège de la Kommandantur, les Allemands entendirent le coup de feu.
Le 14 août 1944, tôt le matin, le fermier fut averti par Fernand Duirat que des camions allemands avançaient sur la route. Aussitôt, une grande quantité de soldats descendit et s’échelonna le long de la route, face à la ferme des Kroumirs.
Pierre Bourgeois prévint les résistants de la situation, lesquels cachèrent en toute hâte leurs armes dans la paille de la grange et quittèrent la ferme en prenant le chemin qui traverse le bois, pour s’échapper par la route menant à Trie-Château. Mais le bois et la ferme étaient déjà entièrement entourés par les Allemands, à raison d’un soldat tous les dix mètres. Quand les six résistants sortirent du bois, ils se trouvèrent face aux soldats allemands.
Les six FTP, sans armes, furent faits prisonniers et tenus en respect les bras en l’air. Au bout de quelque temps, ils entendirent une fusillade et des cris qui venaient de la direction de la ferme. Les Allemands avaient trouvé les armes dans la grange et fusillé le fermier devant sa femme et sa fille d’une dizaine d’années, ainsi que les deux commis de la ferme, Jean Bouvy, réfractaire au STO, et André Vigneron qui avait fui l’Alsace pour ne pas servir l’occupant allemand.
Les FTP tentèrent alors de s’échapper mais les Allemands ouvrirent le feu. Quatre d’entre eux furent tués : Albert Leclère, Marcel Tilloloy, Robert Tilloloy et Georges Rayez. Robert Laurence, fait prisonnier, fut déporté par la suite. Fernand Duirat réussit à s’échapper après avoir abattu avec son arme deux soldats allemands. Il profita que les soldats allemands étaient occupés à manger des pommes pour sortir du bois. La nuit venue les Allemands repartirent. L’un d’entre-deux tenta de l’arrêter, mais il put fuir, bien que blessé, caché par un troupeau de vaches. Le lendemain, le ​maire, M. Froment, fut arrêté puis libéré en soirée. Mme Bourgeois, sa fille et Mme Vigneron furent conduites à la kommandantur installée au château de la Folie puis emprisonnées durant trois jours à Beauvais.

Le 29 juin 1980, une stèle fut érigée près de la ferme des Kroumirs sur laquelle sont gravés les noms des victimes de l’attaque allemande. Tous les ans, les 8 mai et 14 août, l’amicale des anciens combattants de Trie-Château, les représentants de la municipalité et les Trie-châtelains se recueillent devant la stèle érigée par la commune.
Les noms des 7 victimes sont gravés sur le monument aux morts de Trie-Château :
BOURGEOIS Pierre
BOUVY Jean
LECLÈRE Louis
RAYER Georges
TILLOLOY Marcel
TILLOLOY Robert
VIGNERON André
Le nom de Georges Darling résistant du réseau Prosper-Buckmaster domicilié à Trie-Château y figure également.
Une stèle se trouve à l’entrée des Ateliers de Moulin-Neuf de Chambly où figurent deux plaques érigées par la fédération des cheminots, par la FSM et la CGT (« en mémoire des cheminots des Ateliers de Moulin-Neuf de Chambly morts pour la France au cours de la Seconde Guerre Mondiale » : les noms de Leclère Louis et Rayer Georges figurent sur les deux plaques, le nom de Tilloloy Marcel figure sur la plaque FSM, CGT mais pas sur la plaque SNCF.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article226037, notice Trie-Château (Oise), les Kroumirs : 14 août 1944 par Jean-Yves Bonnard, version mise en ligne le 15 avril 2020, dernière modification le 25 avril 2020.

Par Jean-Yves Bonnard

Monumentaux morts de Trie-Château. Cliché J.Y. Bonnard
Monumentaux morts de Trie-Château. Cliché J.Y. Bonnard
Stèle de la ferme des Kroumirs. Cliché J-Y.Bonnard
Stèle de la ferme des Kroumirs. Cliché J-Y.Bonnard

SOURCES : Arch. Dép. Oise. — Jean-Pierre Besse, Françoise Rosenzweig, 1944 l’Oise est libérée, Archives départementales de l’Oise (exposition), Conseil général de l’Oise, 2004. p.113. — www.resistance60.fr . —MémorialGenweb.— Site de la commune de Tri-Château.

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