DEJOUX Jules [dit BLONDEAU] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Dominique Petit

Né le 16 juin 1848 à La Châtre (Indre), mort le 29 avril 1908 à Paris (Ve arr.) ; cimentier, maçon ; anarchiste d’Ivry (Val-de-Marne), de Thiais (Val-de-Marne) et de Paris ; gérant du Père Peinard et de L’Esprit d’Initiative.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

En septembre 1881, Jules Dejoux aurait frappé de deux coups de couteau un chanteur nommé Lemasson à la sortie de l’établissement portant le nom « Le père Lunettes » 2, rue des Anglais. Selon la presse, rapportant des rumeurs, le blessé était dans un état fort grave, cependant il reprenait dès le lendemain son métier de chanteur. Un droit de réponse des voisins de Dejoux, parut dans la presse, pour estimer que Dejoux était un « honnête travailleur » et que l’état de santé de la victime n’était pas si grave. Toutefois, le 7 octobre 1881, il était condamné par la 11e chambre du tribunal correctionnel de la Seine à un mois de prison, pour coups volontaires.

Des incidents se passèrent début janvier 1882, à l’occasion du premier anniversaire, de la mort de Blanqui. Rendez-vous avait été pris pour 13 heures devant la porte la maison où Blanqui était mort, 25, boulevard Saint-Jacques, par un assez grand nombre de manifestants pour se rendre au Père-Lachaise.
Vers une heure et demie, le cortège allait se mettre en marche lorsqu’il reçut l’avertissement qu’il lui était interdit, non d’aller déposer des couronnes sur la tombe de Blanqui, mais de former en aucune façon un attroupement.
Plusieurs collisions eurent lieu entre les manifestants et la police sur le parcours de ceux qui allaient au Père-Lachaise, et diverses arrestations eurent lieu. Quelques-unes des personnes ainsi arrêtées comparaissaient le 9 et le 10 janvier en police correctionnelle, sous la prévention de rébellion et d’outrages aux agents. Parmi elles, Louise Michel et Jules Dejoux, cimentier, 22, rue Nationale, à Ivry, qui avait traité les agents de voleurs, canailles, était condamné à trois mois de prison.
L’indicateur Jean, dans un rapport du 16 novembre 1889 signalait que Dejoux, Bertrand et Denéchère faisaient toutes les semaines une petite causerie sur un sujet quelconque d’économie sociale, devant le groupe anarchiste des Ve et XIIIe arrondissements, 11, place d’Italie, au sous-sol du café Jacquet. Les réunions avaient lieu tous les samedis.

Il fut le gérant du Père Peinard à partir de novembre 1891 où il avait remplacé Sicard, condamné en octobre à 2 ans de prison et 3 000 francs d’amende.
Dès le 2 décembre 1891 il était condamné à 6 mois de prison et 100 francs d’amende pour « provocation de militaires à la désobéissance. » à cause de trois articles parus dans le numéro 138 du Père Peinard.

Il était de nouveau convoqué aux Assises le 9 février 1892, était arrêté à la sortie de son travail puis condamné à 10 mois de prison et 100 francs d’amende, pour un article paru dans le n°149 du Père Peinard et intitulé « Le terme », un autre intitulé « Watrinades » et pour le dessin en dernière page « L’exécution de Watrin ». Flor O’Squarr en fit la description : « Son procès fut épique. Le jour même où une assignation en bonne forme devait l’amener devant le jury, le président des assises reçut de lui la lettre suivante : Je ne réponds pas d’arriver à l’heure, parce que j’ai justement une bricole à turbiner avec un copain.
Et il survint à la dernière minute, en blouse, couvert de plâtre et de mortier. Son interrogatoire faillit asphyxier et aveugler l’assistance : conseillers, jurés, gendarmes, avocats, public. A chacune de ses réponses, Dejoux se levait, gesticulait, développait autour de lui des nuages de poussière blanche au fond desquels il disparaissait momentanément comme un dieu de l’Olympe. Le greffier de la cour, devenu blanc comme un pierrot bergamasque, contracta une affection des amygdales qui le tint aphone pendant une quinzaine.
Les gardes toussaient et s’épongeaient les yeux.
Un moment le nuage se mit en marche et traversa le prétoire comme un grain chargé d’électricité et poussé par les aquilons. M. l’avocat général Cruppi venait d’appeler les sévérités du jury sur cet homme recruté dans les bas-fonds de la société, sur cet homme qui consentait à prendre la responsabilité des pires excitations en échange d’un salaire.
Dejoux ne fit qu’un bond. Un saut ! Et il se planta devant M. Cruppi, s’écriant en se frappant la poitrine : "De quoi ? De quoi ? Les bas-fonds ! Un salaire ! J’ai jamais touché un sou au journal, entendez-vous ! Je paie même mon canard de ma poche : deux ronds tous les dimanches ! Et je viens de turbiner ce matin !"
On le fit asseoir et on le condamna. Il avait disparu naturellement pendant la délibération, mais il fut retrouvé, surveillé et pris. » En prison, comme il s’ennuyait le directeur de Sainte-Pélagie lui avait accordé l’adjudication de tous les travaux de maçonnerie.

Il fut remplacé à la gérance, en mars 1892, par Durey.
En octobre 1892, il habitait 21, place Maubert.
Le 15 décembre 1892, la 3e brigade de recherches de la Préfecture de police notait son adresse, 25, passage Vaucouleurs (XIe arrondissement).
L’indicateur Z n°3 signalait dans un rapport du 24 décembre 1892, que des anarchistes toucheraient de l’argent des monarchistes, il citait le cas de Dejoux qui avait déjeuné le 19 décembre à Sainte-Pélagie avec Drumont et d’autres prisonniers. Drumont lui aurait remis 50 francs, pour faciliter son départ à Saint-Nazaire (déplacement autorisé par le Préfet de police étant donné sa situation de libéré conditionnel). En même temps le journal L’Intransigeant lui aurait facilité le déplacement en lui fournissant un billet sur tout le réseau de l’Ouest (billet semblable à celui fourni aux journalistes).

Début 1893 il aurait logé 24, rue de la Montagne Sainte Geneviève.
Le 11 janvier 1893, il fut arrêté pour "refus de circuler", aux abords du Palais Bourbon avec 14 autres personnes, dont Gustave Lebouche,Eugène Renard et Édouard Soudey. Après avoir été interrogés par M. de la Londe, commissaire de police du quartier de la Place-Vendôme, les prisonniers avaient été envoyés au Dépôt.
Le 21 janvier 1893, Dejoux cherchait du travail du côté du canal. Le lendemain, il fit partie du groupe d’anarchistes qui perturba une réunion du Parti ouvrier, salle Favié, avec Allemane. Les socialistes abandonnèrent la place aux anarchistes qui chantèrent La Carmagole, Dame dynamite. Dejoux se trouvait parmi eux.
Le 31 janvier 1893, l’indicateur X n°5, rencontrait, Laudet flânant sur le canal Saint-Martin, en face de la rue du barrage. Laudet fréquentait continuellement Dejoux avec qui il logerait rue de la Montagne Sainte-Geneviève.
En mars 1893, Dejoux habitait à Thiais avec Bourgoin et son gendre.
Le 6 mai 1893, Dejoux assistait à une meeting salle du Commerce, en présence de 400 personnes où Leboucher dénonça un individu, nommé « nez crochu », comme étant un indicateur de la police. Celui-ci fut obligé de s’enfuir.
Le 12 mai 1893, l’indicateur Z n°3, signalait que Dejoux qui avait rendez-vous avec Claudet, était allé dimanche à Paris. Il s’était rendu également 84, boulevard Ménilmontant. Ségard lui avait réclamé l’exemplaire de l’Indicateur anarchiste qu’il lui avait prêté pour en faire réimprimer un millier. Dejoux prétendit ne plus l’avoir car il l’avait prêté à Vinchon qui, de son côté, affirmait que cet exemplaire avait été saisi par la police un jour de perquisition.

Dejoux figurait sur l’état récapitulatif des anarchistes au 26 décembre 1893, il demeurait 7, rue Maurepas à Thiais et était considéré comme militant.
À l’automne 1895 il fut le gérant de la feuille quotidienne L’Esprit d’Initiative (Paris, 13 numéros du 5 au 24 novembre 1895) éditée par Martinet.
Dejoux était sur l’état récapitulatif des anarchistes au 31 décembre 1896, il était recherché et considéré comme dangereux. Sur l’état de 1901, il était toujours disparu.
Son dossier à la Préfecture de police portait le n° 239.992.
Il figurait au début des années 1900 sur l’état vert n°2 des anarchistes disparus et/ou nomades.
À la fin de sa vie, resté célibataire, il demeurait 13-15 rue Zacharie.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article226205, notice DEJOUX Jules [dit BLONDEAU] [Dictionnaire des anarchistes] par Dominique Petit, version mise en ligne le 17 avril 2020, dernière modification le 11 septembre 2021.

Par Dominique Petit

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York
Fiche photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

SOURCES : Le Père Peinard, 6 décembre 1891, 14 février et 3 juillet 1892. — Archives de la Préfecture de police Ba 76, 77, 78, 80, 310. — La Cocarde, 12 janvier 1893. — Archives de Paris D2 U8 289. — Notice Jules Dejoux du Dictionnaire des militants anarchistes. — La Gazette nationale, 10 janvier 1882. — L’Intransigeant, 10 septembre 1881. — Le Matin, 11 janvier 1893. — Flor O’Squarr, Les coulisses de l’anarchie, L’Insomnique, décembre 1990, p. 186 et 187. — Archives de Paris. État civil. — Vivien Bouhey, Les anarchistes contre la république. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine.

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