FRITZ Jean, Charles, Michel

Par Annie Pennetier

Né le 23 juillet 1924 à l’Isle-Adam (Seine-et-Oise, Val-d’Oise), exécuté sommairement par les troupes allemandes le 20 juin 1944 à l’Isle-Adam ; étudiant ; résistant, maquisard, membre du mouvement Défense de la France.

Jean Fritz était le fils de Renée Pauline Le Bohec et de Pierre Charles Fritz, né le 12 janvier 1891 à Parmain (Seine-et-Oise, Val d’Oise) médecin et conseiller municipal (nommé par Vichy), de l’Isle-Adam, domiciliés 31 Grande Rue. Leur fils aîné avait répondu à la Relève et travaillé en Allemagne. Étudiant en médecine à Paris, Jean Fritz logeait 123 boulevard Saint-Michel à proximité de l’École de médecine. En 1943, il avait pris contact avec le résistant Jacques Richet fils du professeur d’Université Richet et mit à disposition son logement pour stocker du matériel de propagande, le journal clandestin du mouvement Défense de la France qu’il diffusait dans les facultés du Quartier latin ; c’était un des principaux centres pour la diffusion en région parisienne et en France.
En mai 1944, avec d’autres étudiants, il suivit une préparation dans l’objectif de rejoindre un maquis de Seine-et-Oise Nord, ce fut le camp de Ronquerolles dirigé par Philippe Viannay. L’objectif était d’organiser la guérilla en bordure de l’Oise, et de « créer progressivement sur les arrières ennemis une situation intenable par des coupures de routes, de voies ferrées et autres moyens de liaison et de communication. »
Le 17 juin 1944, il participa avec son groupe à un déraillement de train sur la ligne de chemin de fer Paris-Creil au lieu-dit La Ravine. Le 19 juin au matin, deux officiers allemands, constatèrent des traces de passage de véhicules se dirigeant vers les bois de Grainval et de la Tour-du-Lay (appelé aussi bois de Ronquerolles), et aperçurent des résistants à l’orée de la forêt. Ils ouvrirent le feu tuant un résistant Maurice Roux, l’un des deux officiers allemands étant blessé.
D’importantes forces militaires allemandes, trois bataillons allemands appuyés par des automitrailleuses, ripostèrent cernant les bois où se trouvait le poste de commandement du maquis et le commandant Philippe, alias Philippe Viannay. Un violent combat s’engagea au cours duquel trois résistants furent tués : Elie Quideau, Jean Lopez et Jean Vialet. Une bonne partie des résistants, dont Philippe Viannay et la section FFI d’Henri Desjoyaux, réussirent à échapper à l’encerclement. En fin de journée, les Allemands étaient maîtres du terrain. Les trente-quatre personnes capturées dont des résistants furent emmenés dans des camions au camp de Cassan.
Les événements furent relatés dans un rapport établi postérieurement par la brigade de gendarmerie de cette localité daté du 1er août 1945 :
« Les prisonniers et blessés ont été menés au château de Cassan à l’Isle-Adam où la Gestapo de Paris (SD) prévenue est venue les interroger. Toutes les pièces d’identité ont été enlevées et la Gestapo a décidé de fusiller 11 patriotes le lendemain et d’emmener à Paris le reste des prisonniers. Le 20 juin 44 à 22h30, les 11 condamnés à mort ont été conduits dans une carrière à l’entrée de la forêt de l’Isle-Adam et là les Allemands les ont affreusement mis à mort en tirant sur eux des rafales de mitraillettes. Les corps ont été laissés sur place pendant 24 heures. Le chef de brigade de gendarmerie et le Maire de l’Isle-Adam ayant pu obtenir l’autorisation d’aller voir les cadavres en vue de les inhumer au cimetière communal, ont établi à l’époque une liste portant un numéro par corps puisqu’aucune pièce d’identité n’avait été trouvée. Seul un cadavre ayant été reconnu comme étant celui de Corentin Quideau, chef FTP de Champagne-sur-Oise. » Selon le témoignage du gardien et fossoyeur du cimetière Albert Deligny, débitant, qui d’ailleurs avait reconnu Corentin Quideau : « Le 23 juin au soir, les Allemands ont autorisé les civils à se recueillir devant les cadavres sans tolérer aucune manifestation en faveur des victimes. Les corps ont été mis en bière sur place et ramenés par camion au cimetière de l’Isle-Adam. Après le départ des Allemands, avec l’accord du maire, Mr Deligny et quelques personnes présentes ont dévissé les cercueils et photographié les cadavres mais la plupart avait le visage tuméfié ou massacré par les rafales de mitraillettes. » Jean Fritz n’a pas été identifié, de plus ses parents ignoraient sa présence dans ce maquis, et ce n’est que deux ans plus tard qu’ils ont reconnu leur fils porté disparu.

Jean Fritz a été inhumé dans le carré militaire du cimetière de l’Isle-Adam.
Il a obtenu la mention « Mort pour la France » et a été homologué Résistance Intérieure Française RIF, au grade d’adjudant en février 1948. Il est médaillé de la Résistance, par décret du 24 avril 1946, parution au JO du 17 mai 1946.
Son nom figure sur le monument commémoratif, 34 chemin des Trois Sources à l’Isle-Adam inauguré le 20 juin 1945. Il n’est pas inscrit sur la plaque de la Faculté de médecine Paris-Descartes.
A L’Isle-Adam, une avenue porte le nom de son père Docteur Charles-Fritz.

Liste des 11 fusillés :
Émile Brunet, Jean-Charles Fritz, Gaston Lanneluc, Raymond Laurent, Yves Levallois, [Pierre Meifred- Devals, Pierre Mercier, Louis Puccinelli, Corentin Quideau, David Régnier, Jean Salmon-Legagneur.

,

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article226322, notice FRITZ Jean, Charles, Michel par Annie Pennetier, version mise en ligne le 22 août 2020, dernière modification le 2 décembre 2022.

Par Annie Pennetier

SOURCES : SHD Vincennes GR 16 P235821. — Arch. dép. des Yvelines, 1374 W 54 (service de recherche des crimes de guerre), 1 W 148 (Dossiers politiques du cabinet du Préfet) communiqués par Fabrice Bourrée. — AVCC-SHD, Caen, AC 21P 452329.— [http://museedelaresistanceenligne.org/media.php?media=5225]. — La Seconde Guerre mondiale à L’Isle-Adam [ : http://amisdelisleadam.org/guerre-39-45.php.] . — Notes Geneviève Launay. — MémorialGenweb.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément