RESCANIÈRES Alphonse [Ernest, Alphonse à l’état civil]

Par André Balent

Né le 1er janvier 1886 à Vira (Ariège), mort le 10 juin 1944 aux Issards (Ariège), abattu sommairement par des résistants lors d’une « bavure » ; instituteur ; aide de la Résistance ; homologué membre des FFI

Alphonse Rescanières (1886-1944)
D’après cliché in Claude Delpla, La libétation de l’Ariège, Toulouse, Le Pas d’oiseau, 2019, p. 65

Alphonse Rescanières était le fils de Vincent, Édouard, Zamor, Sigismond, maçon charpentier, fils d’un maçon charpentier né à Vira le 22 janvier 1857 et d’Anne Palette fille de cultivateurs née le 18 janvier 1864 au hameau de Gouiric, commune de Dun (Ariège). Ses parents furent dans l’impossibilité de signer leur acte de mariage assorti d’un contrat, le 27 novembre 1884 à Dun.

Alphonse Rescanières poursuivit des études au delà du certificat d’études primaires, sans doute à l’école normale de Foix (Ariège). En 1905, il résidait dans son village d’origine. Il devança son appel et s’engagea en mairie de Varilhes (Ariège) pour trois ans au 59e régiment d’Infanterie en garnison à Foix et à Pamiers et demanda de bénéficier en sa qualité de futur instituteur de l’article 59 de la loi du 11juillet 1892. De ce fait, il fut rendu à la vie civile le 18 décembre 1906, jour où il avait été promu caporal. Il se maria à Vira le 7 janvier 1918 avec Françoise Bardou. Le couple n’eut pas d’enfants et, en 1936, Alphonse Rescanières vivait seul avec sa mère dans son village natal.

Le 31 octobre 1906, il avait été nommé instituteur à Beni Nathem dans la commune de Miliana (département d’Alger) à une centaine kilomètres d’Alger. Le 13 juillet 1908, il était de retour à Vira où il demeura jusqu’en 1910. Il fut nommé ensuite instituteur à Aumale (département d’Alger, aujourd’hui Sour-el-Ghozlane, wilaya de Bouira).

Mobilisé dès le début de la Première Guerre mondiale, il arriva au corps le 4 août 1914. Il participa aux combats de ce régiment jusqu’en mars 1916. Du 5 au 11 mars 1916, il s’illustra lors d’une des phases initiales de la bataille de Verdun , au bois des Corbeaux. Cette action d’éclat lui valut une citation à l’ordre du régiment et la Croix de guerre : « Courage à toute ayant du devoir une notion allant jusqu’au sacrifice. Chargé dans la journée du 5 [mars 1916] de défendre avec sa demi section un ouvrage avancé du bois des Corbeaux, a résisté aux attaques furieuses des Allemands. Entouré de tous côtés a réussi avec deux de ses hommes à rejoindre la ligne de résistance principale où il a continué à combattre jusqu’à la relève de sa nouvelle unité ». Il fut, peu après, le 1er avril 1916, nommé adjudant.

Il intégra le 283e régiment d’Infanterie le 13 avril 1916. Ce régiment avait été formé à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) à partir d’hommes venant de l’Ariège, de la Haute-Garonne et des Basses–Pyrénées [Pyrénées-Atlantiques]. Ce régiment venait, lui aussi d’être très éprouvé par les durs combats autour du bois des Corbeaux. Le 30 juin 1916, il fut promu sous-lieutenant à titre temporaire et sous-lieutenant à titre définitif le 6 septembre 1917. Il quitta ensuite l’infanterie pour l’Aviation à une date indéterminée qui n’apparaît pas sur sa fiche matricule du recrutement militaire.

En février 1918, il se trouvait à l’école de pilotage aérien d’Ambérieu-en-Bugey (Ain). Le 27 février 1918, il fut blessé après une chute de son avion (déchirure musculaire et myalgie lombaire gauche). Le 11 mai 1918, il intégra l’école du bombardement aérien du Crotoy (Somme). L’école militaire de pilotage aérien qui avait été créée au Crotoy en 1913 devint en 1917 une école de bombardement aérien. Peu après il devenait, le 30 juin 1918, lieutenant à titre temporaire. Il fut libéré de ses obligations militaires le 25 avril 1919. Accédant à la réserve, il fut promu lieutenant à titre définitif le 25 novembre 1920 et capitaine le 22 juillet 1934. Il fut affecté au 3e régiment de Zouaves (Algérie) puis au service des chemins de fer de la 9e région militaire (Tours) le 11 février 1932 et à celui de la 18e région militaire (Bordeaux) le 13 mai 1935.

Passé à la réserve, il fut, le 21 décembre 1926, nommé instituteur à Ouarga El Oued dans la territoire de Touggourt au nord-est du Sahara. Il était de retour à Vira le 18 septembre 1929. C’est dans son village natal qu’il termina sa carrière et prit sa retraite (il était retraité en 1936).

Il fut mobilisé le 2 septembre 1939 et affecté le 29 septembre 1939 à l’état-major de la 11e région militaire (Nantes). Démobilisé, il revint à Vira.

Au printemps de 1944, la vallée du Douctouyre, au piémont de la partie orientale de la chaîne pré-pyrénéenne du Plantaurel devint un lieu de regroupement de maquis. Il y avait, dans les petits villages de cette petite région (Dun Engraviès, Vira, Le Merviel, Arvigna) un noyau militant, affilié ou proche du parti communiste (Voir : Gos Aimé) qui facilita la logistique et le regroupement de maquis. Il est vrai que cette petite vallée était presque équidistante des centres urbains ariégeois : Pamiers, Foix, Lavelanet, Mirepoix. Deux formations armées étaient présentes dans le secteur, des FTPF et des Espagnols du 1e bataillon de la 3e brigade de l’AGE (Agrupación de guerrilleros españoles). Le 6 juin 1944, l’annonce du débarquement de Normandie provoqua un afflux de jeunes venant principalement de Pamiers et du Pays d’Olmes, souvent réfractaires du STO qui furent pris en charge par les FTPF commandés par de cadre communiste sétois Amicar Calvetti*. Un coup de main contre la caserne de Pamiers et la dénonciation du maquis par un milicien capturé puis évadé provoqua la réaction des Allemands qui s’inscrivait dans la stratégie d’ensemble décidée par l’état-major allemand du groupe d’armées G (général Johannes Blaskowitz à Rouffiac-Tolosan, Haute-Garonne). Après avoir tué quatre maquisards et deux civils de la famille Authié (Voir Authié Émilienne et Rouja Joseph), voisins d’Alphonse Rescanières, la colonne allemande ayant comme objectif le moulin d’Engraviès où se réunissait l’état-major des FTO, pénétra dans Vira. Après avoir forcé les habitants à sortir de leurs maisons et les avoir rassemblés à proximité du presbytère, ils menaçaient de représailles. Alphonse Rescanières interpella l’officier allemand qui commandait le détachement et le convainquit de l’absence de « terroristes » dans le village. Il accepta même que des villageois pussent secourir les blessés de la famille Authié blessés dans leurs champs par les balles allemandes destinées aux maquisards qui tiraient contre eux avec leur mitrailleuse.

Le lendemain, après que le docteur Lombard, médecin généraliste à Rieucros, eut estimé que l’état des blessés de la famille Authié nécessitait une intervention chirurgicale, Alphonse Rescanières et un autre habitant de Vira, M. Millés (qui ne figurait pas dans la liste des habitants de Vira recensés en 1936), s’en allèrent à bicyclette à Pamiers chercher un chirurgien favorable à la Résistance, le docteur Roquejeoffre (père du général Roquejeoffre, commandant des forces françaises pendant la guerre du Golfe en 1991 et adjoint au maire de Pamiers). Le chirurgien appaméen mit à leur disposition son automobile et son chauffeur, Fernand Gaudonville. Les quatre hommes, se dirigeant vers Vira, furent interceptés, à la hauteur des Issards par un groupe de maquisards de l’AGE. Une grenade tua Fernand Gaudonville. Alphonse Rescanières sortit de la voiture afin d’expliquer qui ils étaient et pourquoi ils déplaçaient. Un guerrillero le tua d’une rafale de mitraillette. Millés put prendre la fuite et raconter à Vira le drame qu’il venait de vivre aux Issards.

Il s’agissait là, de toute évidence, d’une grave bavure sur les circonstances de laquelle les récits exaltant l’action de la Résistance ne se sont guère attardés. Il est possible que le groupe de l’AGE qui, la veille, avait participé à la phase terminale du combat de Vira, ait confondu les occupants de l’automobile (qu’ils ne connaissaient pas, n’étant pas de la région) avec des miliciens ou d’autres collaborationnistes.

Alphonse Rescanières a sympathisé avec la Résistance et l’a aidée occasionnellement. Il est localement considéré comme une victime civile des combats de la Résistance. Il y a un dossier à son nom (non consulté) au SHD (Vincennes), cote GR 16 P 506505. Il est classé comme membre des FFI.

Le nom d’Alphonse Rescanières figure sur le monument commémoratif de Vira érigé à l’intersection des routes départementales 12 et 48 érigé à la mémoire des morts « de la résistance et victimes du nazisme de la vallée du Douctouyre » (17 noms dont 8 pour les seules victimes des Allemands le 9 juin 1944). Il est également gravé sur la plaque commémorative des victimes des deux guerres mondiales à Vira, apposée sur un des murs de l’église. Il existe à Vira une rue Alphonse-Rescanières.

Voir : Vira (Ariège) et Les Issards (Ariège), 9 et 10 juin 1944

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article226379, notice RESCANIÈRES Alphonse [Ernest, Alphonse à l'état civil] par André Balent, version mise en ligne le 20 avril 2020, dernière modification le 19 juillet 2021.

Par André Balent

Alphonse Rescanières (1886-1944)
D’après cliché in Claude Delpla, La libétation de l’Ariège, Toulouse, Le Pas d’oiseau, 2019, p. 65

SOURCES : Arch. dép. Ariège, 129 W 32, f°41, registre matricule d’Ernest, Alphonse Rescanières ; 4 E 1092, état civil de Dun (1832-1864), acte de naissance d’Anne Palette, mère d’Alphonse Rescanières ; 4 E 1102, état civil de Dun, acte de mariage entre Vincent Rescanières et Anne Palette, 27 novembre 1884 ; 4 E 4251, état civil de Vira, 1885-1895, acte de naissance d’Ernest, Alphonse Rescanières. — Claude Delpla, La Libération de l’Ariège, Toulouse, le Pas d’Oiseau, 2019, 514 p. [pp. 62-64 ]. — Olivier Nadouce, L’Ariège, terre de résistance. La bataille de Vira, Saint-Cyr-sur-Loire, Alan Sutton, 2008, 157 p.]. Voir en particulier les pp. 87, 112, 129, 130. Ce livre rassemble un grand nombres de témoignages d’acteurs du combat de Vira ou ayant assisté à des phases de celui-ci. Olivier Nadouce les a recueillis et mis en forme. — Site MemorialGenWeb, consulté le 23 septembre 2019 et les 12 et 20 avril 2020. — Site Mémoire des Hommes, consulté le 20 avril 2020.

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