GRONICH Gustav (surnoms Max, Gusti)

Par Cécile Denis

Né le 6 avril 1916 à Vienne (Autriche), mort le 13 mai 2003 à Vienne ; mécanicien ; militant du Kommunistische Partei Österreichs - KPÖ puis du Revolutionäre Kommunisten Österreichs – RKÖ ; en France pendant l’Occupation.

Issue d’une famille de confession juive, son père, Martin Gronich, était employé des postes, sa mère se nommait Julia Aweis de son nom de jeune fille.
Mécanicien, Gustav Gronich devint membre des Jeunesses communistes puis du Parti communiste autrichien (Kommunistische Partei Österreichs - KPÖ). Du 12 au 16 février 1934, les milices des partis de gauche affrontent les forces de la droite conservatrice et fasciste : Gronich prit activement part aux combats sur la barricade du pont de Kagran, à l’est de Vienne. Il échappa à l’arrestation en s’enfuyant sur les parties gelées du Danube.
En novembre 1934, Gronich fut délégué à la Conférence illégale du KPÖ. Arrêté, il fut placé plusieurs mois en détention.
En 1935, Gronich quitta le KPÖ pour devenir membre des Communistes révolutionnaires d’Autriche (Revolutionäre Kommunisten Österreichs – RKÖ). En 1936, il fut désigné pour émigrer afin de devenir le secrétaire de Léon Trotsky. Au printemps 1936, il fut arrêté peu de temps avant son départ et condamné à 6 mois de prison ferme.
Le 11 juillet 1936, Hitler signa un accord avec le chancelier autrichien Kurt Schuschnigg : il reconnaissait officiellement l’intégrité de l’Autriche et promettait de s’abstenir de toute immixtion allemande dans la politique intérieure autrichienne. En échange, Schuschnigg accordait une amnistie aux prisonniers nationaux-socialistes autrichiens - amnistie qui profita également aux autres internés politiques et permit à Gronich d’être libéré. De retour à Vienne, il devint responsable de l’organisation des RKÖ jusqu’au mois d’avril ou de mai 1938. Le groupe publie alors un journal intitulé Bolschevik.
En mars 1938, l’Autriche fut annexée par l’Allemagne nazie. Gronich tomba sous le coup des lois raciales et possèdait également un casier judiciaire pour ses activités en tant que communiste. Afin de continuer ses actions politiques, Gronich plongea dans la clandestinité en « empruntant » une carte de SA. Démasqué, il fut arrêté par la Gestapo et envoyé dans les camps de concentration de Dachau puis de Buchenwald.
Libéré en 1939, il obtint un visa pour l’Outre-mer et se dirigea alors vers la France en passant par l’Italie. La huitième tentative pour passer la frontière française réussit et c’est ainsi que Gronich arriva à Nice le 30 août 1939. Après la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne, Gronich fut interné parce que ressortissant d’une puissance ennemie au camp d’internement des Milles, près d’Aix-en-Provence, où il retrouva Georg Scheuer. Tous deux firent partie d’une compagnie de prestataires.
Le 22 juin 1940, alors que l’armée allemande avait passé la frontière et avançait en direction du sud, le commandant du camp des Milles parvint à affréter un train, que l’on nommera plus tard le « train fantôme ». 2010 personnes embarquent à bord en espérant rejoindre l’Espagne ou le Maroc. Gronich et Scheuer firent partie du convoi mais, après avoir échangé des adresses de liaison, ils se séparèrent pour augmenter les chances de réussite de leur évasion. Gronich sauta du train et rejoignit des connaissances, d’anciens communistes rencontrés à Buchenwald, qui lui apportèrent de l’aide. Il parvint ensuite à se faire engager dans la légion tchécoslovaque puis fut démobilisé à Marseille en août 1940. Il se rendit alors à Montauban où il reprend contact avec les RK. Gronich trouva un emploi comme bûcheron et charbonnier à Saint Antonin dans le département du Tarn-et- Garonne et logeait à Verfeil-sur-Seye. Il s’éprit alors de Lotte Israël, une jeune femme âgée d’une vingtaine d’années, également menacée par les lois raciales, qui avait rejoint le groupe des RK au cours de son exil.
Le 26 janvier 1942, la police française perquisitionna l’appartement utilisé par les RK pour la rédaction de leurs tracts et situé quai du docteur Lafforgue à Montauban. Trois membres des RK étaient présents : Hermann Bortfeld, qui fut relâché et sommé de se présenter au commissariat le lendemain, ce qu’il ne fera pas, Georg Scheuer, qui parvint à s’enfuir (Scheuer laissa entrer les policiers et sortit en fermant la porte derrière lui), et Mélanie Berger qui fut arrêtée. Lors de la perquisition, les policiers trouvèrent une carte de rationnement de charbon au nom de Gustav Gronich. Également arrêté et entendu, il parvint toutefois à s’enfuir grâce à l’aide de Mélanie Berger : alors qu’ils effectuaient le trajet de la prison aux salles d’interrogatoire à pied, sous la garde de policiers, ils se concertèrent discrètement et prirent la fuite en courant dans des directions opposées. Melanie Berger fut rattrapée mais Gronich parvient à s’enfuir.
Gronich rejoignit alors Scheuer et Bortfeld qui avaient trouvé refuge chez Willy Kessler à Montauban.
Un mois plus tard, en février 1942, Georg Scheuer, Gustav Gronich et Edith Kramer s’introduisirent dans la chambre mise sous scellés. Ils subtilisèrent différents objets (du linge, des couvertures et de la vaisselle notamment) et purent soustraire des documents importants ou compromettants pour le groupe, passés inaperçus lors de la perquisition. Ils en cachèrent également une partie dans la charpente.
En octobre 1943, Gronich prêta main-forte au groupe des RK pour libérer Mélanie Berger, internée à la prison des Baumettes – ou plus précisément à l’hôpital de la Conception qui accueillait les détenus malades dans la « salle des consignés » – à Marseille. Les RK obtinrent des informations de la part d’une infirmière travaillant à la Conception, Marie-Louise Sapte (alias « Denise »). Celle-ci expliqua l’itinéraire aux RK. Par ailleurs, Heinz Abosch, ancien militant trotskyste et faussaire, avait préalablement fourni de faux papiers au groupe. Le 15 octobre 1943, à midi, Lotte Israel, Ignaz Duhl, Gustav Gronich, Georg Scheuer, ainsi qu’un soldat de la Wehrmacht gagné à leur cause (et dont l’identité demeure inconnue), se présentèrent à l’hôpital de la Conception. Ils enlevèrent Melanie Berger en se faisant passer pour des agents de la Gestapo.
De 1943 à 1945, Gronich participa très vraisemblablement au journal des RK intitulé Spartakus. Ses activités au sein de la Résistance sont méconnues en dehors des faits qui ont été relatés par Georg Scheuer et Melanie Berger. De 1940 à 1945, il aurait été domicilié tour à tour à Montauban, Lyon, Grenoble et Marseille.
De la même manière, nous disposons de peu d’informations à son sujet après la guerre. À la Libération, Gronich exerça temporairement le métier de libraire en France avant de retourner en Autriche.
Mort le 13 mai 2003 à Vienne (Autriche), il fut inhumé au cimetière Feuerhalle-Simmering

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article226380, notice GRONICH Gustav (surnoms Max, Gusti) par Cécile Denis, version mise en ligne le 20 avril 2020, dernière modification le 25 avril 2020.

Par Cécile Denis

SOURCES :
-  Bibliographie
Littérature primaire
SCHEUER Georg, Nur Narren fürchten nichts. Szenen aus dem dreissigjährigen Krieg 1915-1945, Vienne, Verlag für Gesellschaftskritik, 1991. Traduit par Christa Scheuer-Weyl et Geneviève Hess : SCHEUER Georg, Seuls les fous n’ont pas peur. Scènes de la guerre de trente ans (1915 – 1945), Paris, Syllepse, 2002.
ABOSCH Heinz, Flucht ohne Heimkehr, aus dem Leben eines Heimatlosen, Stuttgart, Radius, 1997.
Littérature secondaire
DENIS Cécile, Continuités et divergences dans la presse clandestine de résistants allemands et autrichiens en France pendant la Seconde Guerre mondiale : KPD, KPÖ, Revolutionäre Kommunisten et trotskystes, (thèse de doctorat réalisée sous la direction d’Hélène Camarade, soutenue le 10 décembre 2018 à l’université Bordeaux-Montaigne)
KELLER Fritz, « Le Trotskysme en Autriche de 1934 à 1945 », Cahier Leon Trotsky n°5, Paris, Janvier-Mars 1980, p. 110.
KELLER Fritz, Gegen den Strom – Fraktionskämpfe in der KPÖ, Trotzkisten und andere Gruppen 1919–1945, Wien, Europa Verlag, 1978.
RÖDER Werner, STRAUSS Herbert A. (DIR.), Biographisches Handbuch der deutschsprachigen Emigration nach 1933, Band I, Politik, Wirtschaft, öffentliches Leben, Munich, Walter de Gruyter, 1980, p. 243 (les informations ont été fournies par l’historien autrichien Fritz Keller)
-  Archives :
France : Archives départementales de la Haute-Garonne (AD31), Toulouse, Fonds du service ou bureau des étrangers.
Autriche : Dokumentationsarchiv Österreichischer Widerstand (DÖW), Vienne, dossier Melanie Berger
Entretien personnel de Melanie Berger-Volle avec l’auteure réalisé le 27 février 2015 à Saint-Étienne.
-  Site internet : Gustav Gronich

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