DEWITTE Adrien, Pascal, Joseph

Par André Caudron

Né le 24 février 1893 à Menin (Belgique), mort le 14 avril 1979 à Saint-André (Nord) ; prêtre du diocèse de Lille, pionnier de la JOC en 1927, aumônier fédéral (1930-1944), aumônier national adjoint (1936) puis aumônier national de la JOC et de la JOCF (1946-1950).

Venu d’une ville-frontière, Adrien Dewitte - Leblanc en français - appartenait à l’une des familles flamandes que l’essor de l’industrie textile attira en grand nombre dans l’agglomération de Lille-Roubaix-Tourcoing jusqu’au début du XXe siècle. De nationalité belge, il entra en 1911 au séminaire de philosophie de Saint-Amand (Nord), puis en 1913 au grand séminaire de Saint-Saulve (Nord), établissements appartenant au diocèse de Cambrai (Nord). Quand il eut achevé ses études retardées par la guerre, il fut ordonné en 1920 prêtre du diocèse de Lille qui avait été créé sept ans plus tôt. Vicaire de la paroisse populaire du Saint-Cœur de Marie dans les faubourgs de Lille-Sud, puis à Sainte-Catherine au Vieux-Lille, proche du centre, où il anima le patronage des garçons (1923), il fut de ceux qui lancèrent la JOC et la JOCF dans le Nord à partir de 1927, en relation avec l’abbé Joseph Cardjin, pionnier de la jeunesse ouvrière chrétienne belge, qui rencontrait volontiers ses voisins français.
Naturalisé français le 26 septembre 1929, jouissant de l’appui de l’abbé Paul Six*, directeur diocésain des œuvres sociales, Adrien Dewitte forma plusieurs des premiers jocistes lillois comme Pierre Staquet, fondateur de la section du Vieux-Lille. Bénéficiant de la confiance du nouvel évêque, le cardinal Achille Liénart, il fut dégagé du ministère paroissial en 1930 et prit en charge l’aumônerie de la fédération lilloise. Il invita les militants à se préoccuper des jeunes chômeurs pour lesquels un atelier fut organisé au siège, rue Lydéric. Il dirigea lui-même, en 1933, un Foyer de la jeunesse.
Attentif au « problème de l’athéisme militant », il donnait sur ce sujet un cours à l’École normale ouvrière de Lille, organisée par l’abbé Six avec l’accord de l’Union régionale CFTC. Éducateur avant tout et profondément spiritualiste, l’abbé Dewitte présenta un rapport sur « l’Action catholique et la vie personnelle des jeunes » au congrès diocésain de 1935 : il entendait montrer « comment, pour un jeune, le fait de se donner à l’Action catholique [devait] unifier toute sa vie ». Il était devenu, à la Lettre aux aumôniers, l’un des principaux rédacteurs sur lesquels l’abbé Georges Guérin*, fondateur de la JOC française, comptait pour parfaire la préparation des prêtres envoyés auprès des jeunes ouvriers.
En 1936, tout en restant aumônier fédéral de la JOC, conjointement avec Jean Noddings*, l’abbé Dewitte entra dans l’équipe des aumôniers nationaux adjoints à Paris. Le 15 juin 1936, il signa avec ses confrères lillois Palémon Glorieux*, aumônier fédéral de la JOCF, et Maurice Lehembre, aumônier diocésain de la Ligue ouvrière chrétienne (LOC), une circulaire demandant aux curés de comprendre l’attitude des locistes, jocistes et syndiqués libres, engagés dans les actions revendicatives.
Chanoine honoraire depuis 1939, mobilisé quelques mois, l’abbé Dewitte rejoignit Lille à temps pour mettre en place avec les jocistes, pendant l’exode de mai 1940, des distributions de vivres aux réfugiés. Puis, comme adjoint de l’aumônier général pour la Zone sud, il suivit l’antenne du secrétariat général de la JOC à Lyon - composée de Marcel Montcel*, Roger Cartayrade et André Villette* - en compagnie d’un autre aumônier, Charles Bordet. L’abbé Guérin, aumônier général, était resté à Paris, dans la Zone nord occupée, avec un autre aumônier national, le père Albert Bouche*, et une petite équipe de dirigeants. L’abbé Dewitte incita les jocistes de la « zone libre » à lutter contre le chômage grâce aux chantiers de rééducation professionnelle, en liaison avec le Secrétariat général à la Jeunesse du gouvernement de Vichy.
Il retrouva Lille en 1943 et fut affecté à temps plein, l’année suivante, à l’aumônerie de Paris. Il eut à débattre des relations de son mouvement avec la Mission de Paris dont l’abbé Henri Godin*, lui-même aumônier fédéral jociste, préparait alors les bases Celui-ci aurait voulu que la JOC s’abstienne d’agir auprès des jeunes travailleurs dans les « milieux de vie » où la future Mission serait présente. L’abbé Dewitte s’y opposa nettement, sans pour autant être hostile aux méthodes qu’appliquerait la nouvelle structure pastorale. Au sein de la JOC, ce débat exprimait pour la première fois une critique interne, portant sur les limites de la pastorale du mouvement.
L’assemblée des cardinaux et archevêques, dans sa session des 12-14 mars 1946, le nomma aumônier national de la JOC et de la JOCF, « au même titre que le chanoine Guérin », précisait le compte rendu de l’ACA. « C’est le développement sans cesse grandissant de ce mouvement [la JOC-JOCF] qui a amené le chanoine Guérin à demander que le chanoine Dewitte partageât désormais toute l’étendue de sa responsabilité ». Adrien Dewitte fut aussi, un peu plus tard, aumônier d’un groupe d’anciens jocistes qui, refusant « l’impérialisme du MPF », formèrent une « Union militante ouvrière » de courte durée (1948).
Ne voulant pas accroître encore l’écart d’âges entre aumônier et adhérents de la JOC, il renonça à ses fonctions nationales en 1950 et revint à Lille, dans son ancienne paroisse de Sainte-Catherine dont il allait être curé-doyen pendant vingt-et-un ans. Le 26 février 1965, il fit partie de la délégation des jocistes français reçus en audience par le pape Paul VI à Rome, à l’occasion du sacre du cardinal Cardjin. En 1971, il se retira à la maison des prêtres âgés de Saint-André, près de Lille. Resté aumônier des anciens des fédérations lilloises de la JOC jusqu’à son décès, il fit preuve, toute sa vie, d’une étonnante jeunesse d’esprit. Maxence Van der Meersch* lui avait confié le manuscrit de Pêcheurs d’hommes en sollicitant ses observations, avant la sortie du livre en 1940.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article22656, notice DEWITTE Adrien, Pascal, Joseph par André Caudron, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 5 novembre 2008.

Par André Caudron

ŒUVRE : articles dans la Lettre aux aumôniers, Masses ouvrières.

SOURCES : Archives historiques des diocèses de Cambrai et de Lille. — Arch. CNAEF, ICE 2, ICE 7. — André Coulier, JOC et JOCF dans les diocèses de Lille et Arras de 1927 à 1947, DES, Faculté des lettres de Lille, 1967. — Léon-Noël Berthe, JOC je te dois tout, Les Éditions ouvrières, 1980, p. 60. — Joseph Debès, Naissance de l’ACO, Les Éditions ouvrières, 1982, p. 160, 162. — André Caudron, Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, 4. Lille Flandres, Beauchesne, 1990, p. 192. — Pierre Pierrard, Georges Guérin, Les Éditions de l’Atelier, 1997. — Nos œuvres, 12 novembre 1933, 17 novembre 1935. — Georges Guérin, « La nomination de Monsieur Dewitte », Lettre aux aumôniers, 1946. — Nord Éclair, 15-17 avril 1979. — Témoignage de Mme Pierre Staquet, 13 juin 1982. — Notes de Nathalie Viet-Depaule.

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