MONTAGNE Alphonse, Eugène

Par Eric Panthou

Né le 17 février 1913 à Lille (Nord), exécuté sommairement par la Résistance vers le 23 août 1943 à Varennes-Saint-Honorat (Haute-Loire) ; ingénieur ; résistant de la Haute-Loire.

Fils d’Alphonse, Lucien, menuisier, et de Rachel, Cécile Bouvens, giletière, nés tous les deux à Lille (Nord), Alphonse Montagne épousa le 31 août 1935, à Pont-à-Vendin (Pas-de-Calais) Juliette Tournemire, née le 22 septembre 1913 à Pont-à-Vendin.

Lors des opérations de recrutement de sa classe d’âge il se déclara radio mécanicien. Il effectua son service militaire au Huitième régiment de dragons d’avril 1934 à juillet 1935 avant d’être rappelé du 24 septembre au 1er novembre 1938 puis mobilisé le 29 août 1939 au 70ème GRDI. Il fut démobilisé le 1er août 1940 au Puy-en-Velay (Haute-Loire). ll se maria peu après, le 4 septembre 1940 à Polignac (Haute-Loire) avec Jeanne, Denise, Huguette Petit, une jeune femme originaire de la région. Les parents de son épouse possédait une maison de campagne à Fix-Saint-Geneys (Haut-Loire) où Montagne a pu séjourner en août et octobre 1942. Il se présenta alors comme ingénieur électricien, sachant parler allemand et anglais notamment.

Suite à la mise en place du STO, deux jeunes de Fix, Joannès Chazalon et Pierre Leyre prennent la fuite, accompagnés par Alphonse Montagne, s’installant dans le Sapet, une vaste étendue forestière située entre Fix-Saint-Geneys et Varenne-Saint-Honorat. Là, ils vont construire un abri souterrain avec différentes issues de secours. Suite à la découvert d’un paquet d’explosif près de la gare de Fix, le 13 mars 1943, Montage est soupçonné par la police qui a été prévenue par la police de Lyon que Montagne se serait réfugié dans ce secteur. Les hommes construisent une deuxième cagna pour mieux se protéger en cas d’intervention policière. Une partie de la population connait leur existence. Un milicien d’Allègre est informé et se renseigne. Pour le dissuader, Montagne fait sauter un explosif devant chez lui la nuit du 4 au 5 mai 1943. Dénoncés, les 3 hommes s’enfuient le lendemain pour se rendre au village de Mont, commune de Jax (Haute-Loire). Le 10 mai, Chazalon et Leyre rejoignent le maquis de Mandaix, sur cette commune de Jax. Ce fut und es premiers créés en Haute-Loire pour accueillir les réfractaires au STO. C’est le 25 mai que Montagne rejoignit les 8 hommes présents. Il prétendit avoir abattu un milicien en voulant s’enfuir de Fix, ce qui est faux. En revanche, il était bien recherché par la police et la gendarmerie puisqu’il évita un piège monté par eux avec la complicité d’un résistant connu sous le nom d’Arthur.
Le maquis compta bientôt une soixantaine d’hommes bien organisés, ayant reçu des armes par parachutage. Bien que n’étant pas le commandant, Montagne apparaît comme le véritable chef du camp, ce qui entraîna des conflits permanents avec le sous-officier qui avait pris la tête du camp depuis début juin.
Le 25 juin, une importante opération policière avec plus de 250 hommes est menée dans le secteur du maquis pour retrouver Montagne et des réfractaires. Les hommes parviennent à s’enfuir mais une violente altercation oppose Montagne à Alfred Salvatelli alias Charles. Le 29 juin, les chefs décident de dissoudre le camp, les hommes s’éparpillant dans toutes les directions. Quelques uns suivent Montagne qui va monter un maquis volant, ne restant que 2 ou 3 jours au même endroit, toujours à proximité de Jax. Plusieurs hommes vont ensuite le rejoindre en août 1943. C’est à cette date que Montagne devient véritablement le commandant Montagne, chef du maquis du Bois noir de Jax. Il renouvelle des affabulations auprès des hommes, plus jeunes, regroupés autour de lui. Il prétend s’appeler Roger de Lorges et être capitaine dans l’armée.
Le 10 mars 1943, il entama la rédaction d’un carnet de résistant qui racontait la vie quotidienne du maquis. Elle s’est poursuivie à sa demande par Joannès Chazalon jusqu’au 10 novembre 1943, date de dissolution du maquis.

C’est sans doute en août que la décision d’éliminer Montagne est planifiée par les Mouvements unis de la Résistance (MUR). L’ordre fut transmis à Henri Chas, responsable départemental d’Action, qui fit appel à Jean Bonissol alias Soumy, chef des MUR de l’Yssingelais. C’est ce dernier qui désigna Dédé Lacroix, du maquis de Bélistard pour exécuter l’ordre. Grâce à un autre résistant, Gilbert Beraud, alias Jésus, il put se trouver face à Montagne le lundi 23 août 1943, alors que Montagne et Laurent Fabregat, alias Pépé, partaient au ravitaillement. Il est alors exécuté sommairement et son corps laissé au bord du chemin. Apprenant le même jour l’exécution, l’un de ses hommes, Roger Soulier, partit dissimuler le corps dans les fougères.
Les 3 hommes témoins ou acteur de l’exécution sont cachés quelques jours puis dispersés. La police qui a dès le 24 août appris l’exécution cherche le corps de Montagne. Ce n’est que le 31 août que les gendarmes de Paulhaguet le retrouvent dans le ravi de La Fuvette, près de l’ancien moulin de Vidalet, commune de Varennes-Saint-Honorat (Haute-Loire). Bien qu’en putréfaction, le corps est identifié suite à l’autopsie pratiquée au Puy-en-Velay.

Son corps fut inhumé au cimetière du Puy le 2 septembre 1943.

Selon une note retrouvée sur Camille Leclanché lors de son arrestation à Issoire (Puy-de-Dôme) le 24 septembre 1943, l’exécution de Montagne aurait suscité de vives tensions entre groupes de résistants de Paulhaguet et ceux de Josat où était Montagne. Pour les premiers, Montagne aurait joué un double jeu, dénonçant des réfractaires au STO aux Allemands. Rien ne permet de confirmer cette accusation.
On l’accusa aussi d’avoir détenu une forte somme d’argent en dollars, argent qu’il aurait pu soustraire à des familles juives qu’il aurait dénoncé aux Allemands en les faisant passer les Pyrénées. Si les auteurs de l’article consacré à cette exécution penchent vers cette explication, rien non plus ne permet de l’étayer hormis un rapport de police faisant état de cette hypothèses, sans faits matériels.

Montagne était considéré comme un individu dangereux par la police, recherché par les polices de Lyon et de Haute-Loire pour acte de terrorisme, vol et détention d’armes, après avoir été incarcéré à deux reprises en mars 1937 puis avril 1938 à la prison de Loos dans la région de Lille (Nord).

Pour les MUR, Montagne pouvait constituer une menace, n’appartenant à aucun groupe constitué, s’étant à plusieurs occasions opposé à Salvatelli, connaissant les lieux des caches d’armes, et entraînant avec lui des jeunes réfractaires susceptibles d’être arrêtés dans le cadre des recherches intenses de la police pour mettre Montagne hors d’état de nuire.

Il n’a pas de dossier de résistant ou de victime de guerre.

Un jugement déclaratif de décès du tribunal civil de Lille en date du 15 février 1949 a établi qu’il était décédé en mai 1940 à Sierck-les-Bains (Moselle), un bourg proche des frontières luxembourgeoises et allemandes.
Un jugement du tribunal civil du Puy-en-Velay (Haute-Loire) du 27 octobre 1943 établit ce décès à Varennes-Saint-Honorat, en l’absence d’un acte de décès réalisé au moment où le corps a été retrouvé.

Un article de Lucien Bastet et Roger Maurin retrace minutieusement ce que les auteurs ont nommé « le mystère du Bois noir de Mandaix ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article226600, notice MONTAGNE Alphonse, Eugène par Eric Panthou, version mise en ligne le 24 avril 2020, dernière modification le 3 mai 2021.

Par Eric Panthou

SOURCES : Arch. dép. de la Haute-Loire, 159 Jet 20 J. — Philippe Bourdrel, L’Épuration sauvage, tome 2, p. 47. — Lucien Bastet et Roger Maurin, « Le mystère du Bois noir de Mandaix, commune de Jax », Bulletin d’Histoire de la Société académique du Puy et de la Haute-Loire, 2007, pp. 75-90. — Carnet de notes du résistant Joannès Chazalon (1 J 942) (en ligne). — Site gennpdc.net. — État-civil Lille (en ligne).

Version imprimable Signaler un complément