CHARRY Théophile, Auguste, Aimé

Par André Balent

Né le 28 septembre 1880 à Engraviés, auj. Dun (Ariège), exécuté sommairement le 12 juin 1944 au Merviel, auj. Dun (Ariège) ; cultivateur ; résistant

Théophile Charry (1880-1944)
D’après Delpa, op. cit., 2019, p. 71

Théophile Charry était le fils de Raymond, Jean, cultivateur, et de Virginie Cougouroux âgés respectivement de vingt-huit et vingt-neuf ans en 1880. Il se maria le 19 novembre 1921 à Engraviès le 19 novembre 1921 avec Albanie Delplat. Celle-ci était née le 7 septembre 1889 à Sautel, une commune rurale du Pays d’Olmes limitrophe de la petite ville industrielle de Lavelanet. Elle mourut le 31 mars 1978 à Pamiers (Ariège). Ses parents, Pierre, Victorin Delplat, cultivateur âgé de trente-quatre ans et Félicité Clanet âgée de vingt-sept ans habitaient le hameau du Gréoulou. Théophile Charry et Albanie Delplat eurent un fils, Raymond, né en 1922. La famille habitait le de Sainte-Croix dans la commune d’Engraviès. Elle y était encore recensée en 1931. Théophile Charry y était propriétaire exploitant. Toutefois, en 1936 la famille Charry n’était recensée ni à Engraviés, ni dans les communes voisines de Dun et du Merviel où Charry trouva une mort tragique le 12 juin 1944. Il semblerait qu’il habitait cette commune en 1944.

Théophile Charry fit son service militaire au 83e régiment d’Infanterie (RI) unité stationnée en Haute-Garonne, à Toulouse et à Saint-Gaudens. Intégré au régiment le 16 novembre 1901, promu soldat de 1e classe le 23 août 1902, il fut rendu à la vie civile le 18 septembre 1904. Il revint à Engraviés où il travailla sur l’exploitation agricole familiale.

Mobilisé le 1er août 1914, il arriva au corps, le 59e RI de Foix et Pamiers. Le 14 octobre 1914, il était au front. Il y resta jusqu’au 25 avril 1918. Le 12 décembre 1914, il dut être évacué du front à la suite de gelures aux deux pieds. Le 3 juillet 1915, il fut blessé à Saint-Nicolas (Pas-de-Calais) : plaies sur les deux jambes et les deux mains. La commission spéciale de réforme de Toulouse le réforma le 25 avril 1918 pour « perte complète de l’extension active du genou gauche », à la suite d’une blessure par éclat d’obus. il reçut une gratification de 400 fr. Le 10 avril 1910, la commission de réforme de Toulouse lui accorda une pension temporaire d’invalidité du fait de la section du tendon de la rotule gauche et de l’index de la main droite ankylosé qui provoquait une raideur de la phalange. La pension d’invalidité temporaire fut portée 55% en 1922, rétrograda à 33% en 1924 pour atteindre 55 % en 1928. Le 11 juin 1930, il fut proposé pour une pension permanente d’invalidité de 70 %. La médaille militaire lui fut attribuée le 24 août 1932.

En 1944, Théophile Charry semble avoir résidé au Merviel. Il semble avoir fait partie de ceux qui, dans cette petite commune, participaient à la Résistance, tout comme Cyprien Rouch. Lorsque, le 9 juin, les Allemands occupèrent momentanément Vira, l’officier qui commandait le détachement allemand dit au curé du village, devant témoins, que Le Merviel était « un centre de terroristes » . Il était bien informé car Camille Rouch (qui n’avait de lien de parenté avec Cyprien), fils d’un paysan du village était affilié à la Milice et était depuis peu agent de la Sipo-SD. Un groupe de miliciens, parmi lesquels Camille Rouch, vint camper à proximité du Merviel les 10 et 11 juin (le 11 juin, les Allemands détruisirent, dans le voisinage, le moulin d’Embayourt, dans la commune d’Engraviès, où état établi l’état-major de la 1er compagnie des FTPF de l’Ariège et propriété d’Aimé Gos, un des chefs de cette formation armée).

Le 13 juin 1944, trois cents Allemands et miliciens arrivèrent de Foix par Carla-de-Roquefort et le col de Saint-Cristaut, un des hameaux de la commune. Commandés par Walter Buchman, un Sarrois, et Walter Gross [ou Grossle] (qui avait assassiné le 14 décembre 1943 le résistant ariégeois des Mouvements unis de la Résistance et de l’Armée secrète Irénée Cros), ils encerclèrent Le Merviel et pénétrèrent dans le village. Ils se dirigèrent vers le café de Cyprien Rouch qui mourut brûlé vif dans sa maison après avoir été battu. D’autres maisons furent incendiées.
Théophile Charry également recherché fut assassiné. Pris dans la rue, il fut battu devant les habitants du village principal de la commune. Ses bourreaux l’enfermèrent dans une cabane qu’ils cherchèrent à faire sauter. Finalement, ils le mitraillèrent.

D’autres maisons du village principal et du hameau de Sainte-Croix furent aussi incendiées. Des habitants du Merviel furent conduits à Foix et furent relâchés, sauf l’un d’entre eux, de nationalité andorrane, Antoine Pons (né le 24 septembre à Blagnac, Haute-Garonne) qui fut déporté à Dachau (convoi parti de Toulouse le 3 juillet 1944 et arrivé au camp le 28 août1944. Transféré à Mauthausen, il mourut le 29 novembre 1944 à Melk, (Autriche), camp annexe de Mauthausen.

Le nom de Théophile Charry figure sur le monument commémoratif de Vira érigé à l’intersection des routes départementales 12 et 48 érigé à la mémoire des morts « de la résistance et victimes du nazisme de la vallée du Douctouyre » (17 noms dont 8 pour les seules victimes des Allemands le 9 juin 1944).

Le site MemorialGenWeb classe Théophile Charry parmi les victimes civiles. Toutefois, les circonstance de son arrestation montre que dénoncé, il était considéré comme un résistant ou, du moins, comme une personne aidant activement la Résistance. Il n’y a pas de dossier à son nom au SHD de Vincennes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article226634, notice CHARRY Théophile, Auguste, Aimé par André Balent, version mise en ligne le 25 avril 2020, dernière modification le 29 mars 2021.

Par André Balent

Théophile Charry (1880-1944)
D’après Delpa, op. cit., 2019, p. 71

SOURCES : Arch. dép. Ariège, 64 J 23, fonds Claude Delpla ; 4 E 1119, état civil d’Engraviés, acte de naissance de Théophile Charry et mention marginale ; 4 E 3817, acte de naissance d’Albanie Delplat et mention marginale ; 10 M 4/26, recensements de la population, Engraviés, 1931, 1936 ; 10 M 4/20, recensement de la population, 1936, Le Merviel ; 129 W 2, f° 262, registre matricule du recrutement de l’Armée, fiche de Théophile Charry. — Claude Delpla, La Libération de l’Ariège, Toulouse, le Pas d’Oiseau, 2019, 514 p. [pp. 62-64 ]. — Olivier Nadouce, L’Ariège, terre de résistance. La bataille de Vira, Saint-Cyr-sur-Loire, Alan Sutton, 2008, 157 p. [ pp. 70-71]. Ce livre rassemble un grand nombres de témoignages d’acteurs du combat de Vira ou ayant assisté à des phases de celui-ci. Olivier Nadouce les a recueillis et mis en forme. — Site MemorialGenWeb consulté le 24 avril 2020. — Site Mémoire des hommes consulté le 24 avril 2020.

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