BLAIN Espérance née GINER

Par Daniel Grason

Née le 27 mai 1888 à Constantine (Algérie), morte à une date inconnue ; commis principal à la Préfecture de la Seine ; résistante gaulliste ; internée.

Fille de Vincent et de Joséphine née Isen, elle épousa Alexis Blain, né à Constantine en Algérie. Adjudant, de la classe 1905 il faisait partie du Dépôt des travailleurs coloniaux. Il mourut le 16 février 1918 à l’hôpital complémentaire n°78 à Saint-Raphaël dans le Var d’une « maladie contractée en service ». Le couple eut un fils, Max né en 1918, il était ingénieur des Mines, officier de l’armée d’Armistice. Il fut affecté à l’École supérieure des Mines de Saint-Etienne.
Espérance Blain titulaire du Brevet Élémentaire était premier commis principal au service architecture de la Préfecture de la Seine au 98 quai de la Râpée à Paris (XIIe arr.). Elle vivait 38, boulevard Saint-Germain à Paris (Ve arr.).
Deux hommes Prévot et Ballaz agressèrent à main armée le 5 novembre 1943 sur la voie publique un nommé Chen Sun Theu. Le même jour dans la matinée, ils étaient interpellés par la police ils présentèrent des cartes d’identités qui s’avérèrent fausses. Interrogés, très probablement frappés, ils déclaraient qu’Espérance Blain avait fourni ces pièces d’identités gratuitement.
Le 5 novembre 1943 à 21 heures six inspecteurs de la BS2 se présentaient à son domicile. Sur la table de la salle à manger il y avait une machine à écrire, marque Underwood, Espérance Blain l’utilisait pour confectionner des fausses cartes d’identité. Les policiers saisissaient trente-six cartes d’identités établies à différents noms, un certificat d’emploi, sept cartes d’alimentation sans feuillets trimestriels, quatorze certificats, une carte de rationnement de pétrole, trente-et-une feuilles de démobilisation, vingt certificats de travail, soixante-dix neufs certificats de recensement, quarante-trois fiches individuelles de travail, onze feuilles de papier commercial, quatorze cachets de divers services de mairie et sept photographies d’hommes. Fouillée elle portait un carnet d’adresses.
Elle fut interrogée le 6 novembre par Jean Hénoque, commissaire de la BS2. Il lui demanda dans quelles circonstances elle avait confectionné les fausses pièces d’identité saisies. Elle répondit confectionner des faux papiers depuis 1940 pour des instituteurs évadés des camps de prisonniers de guerre. Elle utilisait les cachets de la Préfecture de la Seine, et avait fourni de faux certificats de démobilisation.
Les premiers services qu’elle rendit firent boule de neige. « Je me suis toujours appliquée » déclara-t-elle « à ne rien savoir des personnes auxquelles je rendais ainsi service et ce, dans le but de ne pouvoir parler d’elles si je venais à être arrêtée. »
Elle fabriqua deux fausses pièces d’identité en 1940, elle continua en 1941, en 1942. « Mon activité s’est accrue depuis la création du Service du travail obligatoire » déclara-t-elle. Le STO fut créé par la promulgation de la loi du 16 février 1943. Au cours de l’été 1943 elle fit l’acquisition d’une machine à écrire portative. Son activité s’étant accrue, les personnes achetaient les formules de cartes d’identité. « Je ne pouvais en effet » précisa- t-elle « continuer à assumer la charge [de] ces achats de formules. » Elle ne demandait que le prix du timbre fiscal, il arrivait que la personne vienne sans timbre, elle l’apposait sans en réclamer le prix.
« J’estime, que depuis deux mois que je suis en congé maladie, j’ai confectionné chaque jour, une vingtaine de cartes d’identité, autant de certificats de travail et un nombre à peu près égal de feuilles de démobilisation. » Toutes les différentes formules imprimées lui avaient été fournies gratuitement par des ouvriers d’usines, à qui elle avait fourni des faux papiers. Elle était néanmoins inquiète du développement pris par son activité clandestine.
Huit pièces d’identité lui furent présentées, ainsi que six cartes d’alimentation saisies chez elle. Elles « m’ont été remises par des jeunes gens qui ayant changé d’identité ne pouvaient les conserver par devers eux ». Elle ajouta « Ils venaient chaque mois chez moi pour y prélever les tickets qui leur étaient nécessaires. »
Elle affirma « ne travailler pour aucune organisation illégale et n’avoir agi que par philanthropie » et « n’avoir jamais ni reçu ni sollicité quoi que ce soit, en nature ou en espèces. »
Entendue après la guerre lors d’une commission rogatoire concernant l’un des inspecteurs qui l’interpella, elle déclara : « J’ai été arrêtée le 5 novembre 1943 par des inspecteurs de la Préfecture de police. Emmenée aux Brigades spéciales, j’ai été interrogée sans être maltraitée. J’ai été mise en liberté provisoire le 22 novembre 1943. Par la suite, je n’ai plus été inquiétée. Rien ne m’a été dérobé au cours de la perquisition effectuée à mon domicile. »
Espérance Blain a été homologuée au titre des Forces françaises combattantes (FFC), et des Forces françaises libres (FFL) d’obédience gaulliste.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article226658, notice BLAIN Espérance née GINER par Daniel Grason, version mise en ligne le 26 avril 2020, dernière modification le 26 avril 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. BS2 cartons 36 et 42 (transmis par Gérard Larue), 77 W 3116. – Bureau Résistance GR 16 P 62140. – Site Mémoire des Hommes Première Guerre mondiale.

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