DIAMANT David [ERLICH David, dit]

Par Claude Pennetier

Né le 18 mars 1904 à Hrubieszow (Pologne), mort le 24 août 1994 ; ouvrier puis documentaliste ; militant communiste en Pologne, en Belgique et en France ; créateur du centre de documentation de l’UJRE puis de la FNDIRP.

David Erlich est une figure manquante de l’émigration juive polonaise en France, puis de la mémoire du militantisme. Cet ouvrier autodidacte qui parlait une dizaine de langues, accumula une documentation considérable sur les communistes d’origine juive et publia, sous le nom de David Diamant, de nombreux ouvrage.

Il naquit à Hrubieszow (Pologne) dans une famille traditionnelle juive. Son père Ruven, artisan puis petit commerçant partit aux États-Unis : il fut ouvrier dans une grande fabrique de confection où il participa à toutes les grèves (dans son autobiographie de 1935 il donne une version apparemment différente : « Mon père est mort pendant la guerre 1920. Il était semi-prolétaire semi petit bourgeois, ma mère également, tantôt blanchisseuse tantôt vendeuse [en Pologne] ». Sa mère, Ester était cultivée ; elle aidait son mari dans son travail. Elle partagea les idées communistes de ses enfants et les soutenait dans leurs activités politiques. Samuel, le frère de David, métallurgiste, participa à la Révolution d’Octobre à Odessa. Sa sœur, institutrice, était une militante communiste et son frère cadet dirigeait les Jeunesses communistes en Ukraine occidentale.

David fréquenta l’école religieuse de trois à neuf ans. Il en garda un mauvais souvenir : « Ma première éducation je l’ai reçue dans un Kheïder juif moyenâgeux ou on m’a appris la Bible et le Talmud (...) en sortant de là-bas je n’ai pas encore su écrire une lettre, rien que le Talmud et autres choses religieuses » (autobiographie de 1935). Par la suite, il fut autodidacte. À dix ans, il travailla dans une savonnerie, puis dans une tannerie où contribua à l’organisation d’une section syndicale : une grève eut lieu dans tous les ateliers, mais elle fut la cause de son licenciement, et par la suite aucun atelier ni aucune fabrique ne voulut embaucher ce « meneur ».De 1918 à 1919, il fut membre des jeunesses sionistes Hachoner Hatzaïr : « Au début j’étais content car la vie sportive et l’éducation nationaliste me plaisaient mais petit à petit je commençais à comprendre que c’est pas ma place parmi les jeunesses bourgeoises. Je serai resté encore peut-être mais l’arrivée des bolcheviks, les relations de l’Armée rouge envers la population m’ont fait réfléchir et comprendre ». À l’âge de dix-neuf ans, il découvrit le Technikum de Wilno, se prépara aux examens généraux et spécialisés en mathématiques et fut reçu. Pendant quatre ans, il vécut dans la misère, travaillant comme manœuvre, gardien de nuit mais il arriva à terminer ses études. C’est pendant son séjour à Wilno qu’il adhéra le 25 mai 1925 au Parti communiste et fut chargé successivement des fonctions de secrétaire de la cellule du Technikum, puis il fut responsable du Secours rouge de la ville ; plus tard, il sera responsable de plusieurs cellules des écoles professionnelles, lycées et trois séminaires (Écoles normales). Et enfin, il s’occupa de la presse clandestine, se chargea de faire hisser des drapeaux rouges sur les fils du téléphone ou électriques, de placer, nourrir et envoyer les persécutés politiques vers l’Union Soviétique. Ayant été dénoncé, il dut vivre pendant trois mois dans la clandestinité.

De retour dans sa ville natale, il travailla d’abord dans les ateliers de réparations des machines agricoles puis obtint un travail assuré à la station électrique municipale où il resta pendant trois ans, jusqu’au jour où un « bourgeois réactionnaire » le dénonça comme communiste. Pendant son séjour à Hrubieszow, il était responsable du Secours rouge, puis dirigeant de tout le mouvement de la Jeunesse communiste. Après son licenciement, la famille dut abandonner son logement. La mère, Ester, partit chez sa fille à la campagne, le frère aîné à Varsovie, le petit Léon, âgé de quatorze ans, resta en ville pour continuer ses études au lycée. David fit des démarches pour émigrer. Pour la troisième fois la famille était dispersée et sa fin sera tragique. David est le cinquième de huit enfants : les quatre qui sont restés ont été soit fusillés, soit gazés. Avec son diplôme du Technikum de Wilno, il s’inscrivit à l’Université de Gand, mais il s’était arrêté à Liège dans l’espoir de pouvoir étudier et travailler. Ses recherches furent vaines, il ne trouva aucun emploi ni dans les usines, ni dans les mines, ni sur un chantier (100e anniversaire de l’Indépendance, Exposition internationale). Au bout de deux mois, le voilà embauché à la cimenterie d’Ougrée Marihay puis à l’usine Espérance-Longdoz. Au bout de six mois, David Diamant réussit à réaliser un journal d’usine et le fit distribuer à l’entrée par les camarades belges. Il militait au groupe communiste et à la Ligue culturelle.

À l’automne 1930, il reçut un ordre d’expulsion royal Il partit pour Paris où il travailla dans le bâtiment, puis le ministère du Travail lui accorda un contrat de travail dans une usine métallurgique dans l’Ariège, à Pamiers, où il resta de l’automne 1930 à la fin 1932. Là, en contact avec Platon Gauvin* le responsable communiste départemental, il réussit à créer une cellule d’usine, une section CGTU, au village, La Tour-du-Crieu, une cellule rurale et une coopérative paysanne dirigée par des communistes. Il avait pris le pseudonyme de David Renard. Bientôt il participa à la campagne électorale des législatives dont le candidat communiste était Marcel Bergé*. Déjà très connu dans cette ville, David Diamant fut licencié. En effet, son activité dans les cellules, au syndicat, ses déplacements à Foix en qualité de membre du comité de rayon, à Toulouse comme membre du comité régional, son absence au travail lorsqu’il était délégué au VIIe congrès du Parti communiste qui se tint à Paris, ne pouvaient passer inaperçus. Il voulut alors partir pour Paris mais le parti ne le lui permit pas et à cette époque, manquer à la discipline était inconcevable. Il travailla un temps à la construction d’un barrage, dans le bâtiment à Toulouse, mais l’exploitation était telle qu’il partit pour Paris. Il envisagea de partir en URSS, remplit une autobiographie et demanda un soutien de son rayon du XIe arr., soutien accordé en mai 1935, mais quoi ne se concrétisa pas.

L’Association des espérantistes au sein de l’AEAR le chargea d’un cours d’esperanto à l’Université ouvrière. Dès son arrivée dans la capitale, les camarades qui l’avaient connu à Liège le nommèrent membre du comité des communistes juifs du XXe arrondissement. Son travail dans les organisations de masse consista à diriger le Club ouvrier de Belleville (BAC). C’est à cette époque qu’il épousa Régine Katz, émigrée politique de Pologne, qui avait été condamnée à six ans de prison. À Paris, elle milita au Parti et au syndicat de la confection. Pendant l’Occupation, elle dirigea un groupe de femmes participant à toutes les manifestations et toutes les activités sous direction communiste. Le couple déménagea et alla s’installer dans le XIe arr. David fut élu membre du Comité de rayon et chargé d’organiser les communistes juifs. À Paris, il tenta, mais en vain, de se faire embaucher dans les grandes usines. Enfin, il fut embauché dans une petite fabrique de literie. Après sept ans, David Diamant quitta son travail.

En 1936, il participa activement à la campagne du candidat PCF Albert Rigal*.
Pendant la « drôle de guerre », David Diamant s’engagea dans l’armée, mais il ne fut pas appelé. Il travailla dans l’aviation, sept jours par semaine et douze heures par jour. Avec le déplacement aller et retour, cela faisait au moins quinze heures. La seule activité à laquelle il pouvait se livrer était d’apporter l’Humanité clandestine et des tracts pour les coller dans les cabinets. Mais ils disparaissaient Les ouvriers n’osaient pas en parler, il y avait beaucoup de nouveaux et l’on ne se connaissait pas. Lors de l’Occupation, David ne retourna pas à l’usine. Chômeur, il fut appelé deux fois pour partir travailler en Allemagne. Ayant déménagé dans le Xe arr., il fut responsable du secteur et organisa les groupes qui participaient aux activités de la Résistance. En dehors de l’activité locale, il mena avec deux autres camarades une première grève de sabotage des gants dans laquelle furent entraînés les patrons et les ouvriers façonniers. Ce mouvement dura trois semaines et causa la perte de 160 000 paires de gants destinés aux troupes allemandes. Dans son secteur, entre autres activités, il envoya des militants dans les rangs des FTP. Il organisa un groupe de jeunes pour les intégrer dans la Résistance.

Au début de l’insurrection parisienne, David Diamant fut appelé à la rédaction de La Presse nouvelle, où il resta une année. Et depuis cette époque, il y a collaboré sans interruption jusqu’en 1983. Il fonda le Centre de Documentation de l’UJRE. Avec des bénévoles, il organisa la collecte et le classement des archives, photos et presse clandestine. En 1956, David Diamant passa à la FNDIRP où il fonda un important service de Documentation. Il fit de plus de nombreuses traductions (il savait lire dix langues). Il travailla à l’Institut Maurice-Thorez de 1957 à 1978 et y créa un « Centre de documentation du Mouvement ouvrier » où il accumula une documentation concernant la France et plusieurs autres pays.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article22680, notice DIAMANT David [ERLICH David, dit] par Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 28 juillet 2021.

Par Claude Pennetier

ŒUVRE : Pages de gloire des vingt-trois, préface de Justin Godard, postface de Charles Tillon*, Éd. CFDI, 1951. — Exposition : les juifs dans la Résistance, catalogue illustré, Éd. Renouveau, 1947. — Héros juifs de la Résistance française, préface de Charles Lederman*, Éd. Renouveau, 1962. — Ce fut le commencement : Pithiviers et Beaune-la-Rolande, album illustré, édité par l’Amicale des anciens déportés juifs de France, Paris, 1951 (en français et en yiddish). En collaboration avec Henry Bulawko. — Juifs dans la guerre d’Espagne, 1936-1939, Éd. Renouveau-Idisz Buch, Paris-Varsovie, 1967 (en yiddish). — Vingt années de la « Presse Nouvelle », album illustré en français et en yiddish, édité par la Presse Nouvelle, 1954. — Les juifs dans la Résistance française (avec armes ou sans armes), Éd. Le Pavillon, 1971 (Prix Maurice Vanikov 1967-1968). — Le Billet vert, Vie et lutte à Pithiviers et Beaune-la-Rolande, camps pour juifs, camps pour chrétiens, camps pour patriotes, Éd. Renouveau, 1977. — Combattants juifs dans l’Armée républicaine espagnole, 1936-1939, Éd. Renouveau, 1979. — Combattants, héros et martyrs de la Résistance, Biographie et dernières lettres de martyrs ouvriers, employés, intellectuels, Messidor, 1984. — Histoire du mouvement progressiste juif (sous presse en 1985), ouvrage collectif. — Album illustré : Marx, son œuvre et le mouvement ouvrier, édité par la Commission d’histoire du PCF. — Album illustré : De la Première Internationale à nos jours, 1864-1964, Éd. Institut Maurice-Thorez. — Catalogue iconographique de la Commune de Paris ; Éd. Institut Maurice-Thorez ? SD. — Album pour l’anniversaire de la Guerre d’Espagne et les Brigades internationales, s.d.

SOURCES : RGASPI, Moscou, 495 270 969 : lettre du secrétaire du rayon communiste du XIe arr., soutenant le départ en URSS du camarade David, 30 mai 1935 ; autobiographie de David Erlich, sans date mais sans doute de la date de la lettre. — Témoignage écrit de David Diamant, 1er juin 1983, 10 p.

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