ARNAUD Léonard, Joseph

Par André Balent

Né le 2 novembre 1894 à Ferrières-sur-Ariège (Ariège), mort le 29 juin 1944 à Foix (Ariège) ; cultivateur, garde champêtre, garde voies ; victime civile abattue sommairement

Léonard Arnaud (1894-1944), au dernier rang avec un béret.
Arch. dép. Ariège, 64 J 23, fonds Claude Delpla

Léonard Arnaud était le fils de Jean, cultivateur, et de Marie-Célestine Fournier. Il était né dans une commune de la rive gauche de l’Ariège, au sud-ouest de Foix, limitrophe de celles de Foix et de Montgaillard, sur la rive droite. Il y passa toute sa vie à l’exception des mois où il fut sous les drapeaux.

En 1914, lors du conseil de révision, sa profession déclaré était celle de cultivateur. Il fut déclaré exempté du service militaire pour « cachexie et débilité mentale ». Pourtant son niveau d’instruction était de niveau « 3 », c’est à dire « une instruction primaire plus développée ».

Appelé sous les drapeaux, intégré initialement, le 16 mai 1917 au 9e régiment de Chasseurs, il fut finalement maintenu au service auxiliaire, affecté le 2 juin 1917 au 17e escadron hippomobile du Train. On avait alors constaté son « insuffisance musculaire ». Le 13 octobre 1917, on constata qu’il était inapte au service armé du fait d’une « légère débilité mentale » et on le maintint donc au service auxiliaire. Il ne fut rendu à la vie civile que le 9 le octobre 1919. Le 4 juin 1927, la commission de réforme itinérante de Foix constata à nouveau son « insuffisance mentale légère » et sa « musculature insuffisante ». Maintenu dans la réserve, il fut déclaré sans affectation le 1er juin 1930.

Entre temps, revenu à Ferrières, demeura célibataire. Il obtint un emploi de garde champêtre. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il fut rappelé et affecté, le 25 février 1940, au dépôt agricole de Pamiers (Ariège).

À Ferrières, Léonard Arnaud était le voisin d’une famille sarroise antinazie, les Buchmann, qui s’était installée en Ariège en 1935 à l’issue du référendum qui entérina le retour de la Sarre au Reich allemand. Walter Buchmann, le fils, avait fréquenté l’école en Ariège et devenu un joueur de l’équipe de Varilhes. Arnaud connaissait bien Buchmann qui, lorsque les Allemands occupèrent l’Ariège (11-12 novembre 1942), se rapprocha des occupants et devint l’un des agents de la Sipo-SD qu’il informait. Il faisait arrêter des résistants ou même ceux qui ne dissimulaient pas leurs opinions. Pour sa part, Arnaud avait réussi à compléter ses revenus en devant garde voies (ferrées) et devint ensuite titulaire à temps plein de cet emploi. Il ne manquait pas de travail car les résistants s’attaquaient aux convois qui circulaient sur la ligne de chemin de fer de Toulouse (Haute-Garonne) à Latour-de-Carol (Pyrénées-Orientales). Les trains transportaient des matériaux stratégiques (talc de Luzenac, fer de Tarascon-sur-Ariège, production de l’usine métallurgique de Pamiers). La voie et les supports de caténaires étaient également sabotés. Les tunnels, à proximité de Foix, en particulier à Saint-Antoine, devaient être tout particulièrement surveillés. Léonard Arnaud ne manquait donc pas de travail. Ami de Buchmann, son voisin, il maintint ces liens lorsque ce dernier se mit au service des occupants. D’autres Allemands occupaient à Ferrières une maison voisine de celle d’Arnaud. Par amitié pour Buchmann, il faisait, chez eux, des travaux de ménage, leur fournissait des denrées alimentaires rares et de qualité. Il assistait à leurs ripailles et beuveries, les mettait au lit et nettoyait les locaux. Buchmann pensa qu’Arnaud qui assistait à leurs discussions (connaissait-il seulement l’allemand ?) pouvait avoir pros connaissance du contenu confidentiel de certaines de leurs discussions. Le Sarrois pensa que la solution radicale était la « liquidation » d’Arnaud.

Le 29 juin 1944, à 3 heures du matin, Arnaud rentrait chez lui, au terme d’une nuit de garde la voie ferrée. Il avait traversé Foix et emprunté l’avenue Pétain (aujourd’hui De Gaulle) qui mène à Ferrières-sur-Ariège, il aperçut Buchmann, accompagné de policiers allemands, qui l’attendait. Il s’écria, à l’adresse de Buchmann : « Tu ne vas pas me faire ça, à moi ! ». Il fut abattu. Aujourd’hui, une plaque de l’avenue général de Gaulle de Foix rappelle ce meurtre d’un civil naïf et confiant. Claude Delpla, correspondant pour l’Ariège du comité d’Histoire de la Seconde Guerre mondiale, a recueilli le témoigne d’un gendarme qui logeait dans la caserne voisine de ma maréchaussée. Il a pu ainsi connaître les détails de cette exécution sommaire.

Le nom de Léonard Arnaud, victime civile, figure sur le monument aux morts de Ferrières-sur-Ariège érigé dans le cimetière communal. C’est le seul mort de la commune entre 1939 et 1945.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article227011, notice ARNAUD Léonard, Joseph par André Balent, version mise en ligne le 1er mai 2020, dernière modification le 6 juin 2021.

Par André Balent

Léonard Arnaud (1894-1944), au dernier rang avec un béret.
Arch. dép. Ariège, 64 J 23, fonds Claude Delpla
Léonard Arnaud, (1894-1944)
Détail de la photographie ci-dessus
Arch. dép. Ariège, 64 J 23, fonds Claude Depla

SOURCES : Arch. dép. Ariège, 129 W 71 f° 842, fiche de Léonard Arnaud du registre matricule de l’Armée ; 64 J 23, fonds Claude Delpla. — Claude Delpla, La Libération de l’Ariège, Toulouse, Le Pas d’Oiseau, 2019, 514 p. [pp. 99-101]. — Site MemorialGenWeb, consulté le 1er mai 2020.

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