échos d’histoire

Portrait de l’enseignant syndicaliste révolutionnaire

La passionnante étude que Loïc Le Bars consacre à Eugène Péaud est la bienvenue dans le paysage des travaux historiques [1]. Les instituteurs ruraux forgés par la vieille tradition syndicaliste révolutionnaire n’ont pas manqué d’intéresser les historiens, sans pour autant inspirer de nombreuses études.

Ce sont les femmes qui ont attiré en premier lieu l’attention, grâce à la thèse d’Anne-Marie Sohn [2] sur les institutrices de la Fédération unitaire de l’enseignement. Travaillant au début des années soixante-dix, elle a pu rencontrer et correspondre avec un grand nombre de ces enseignantes aux fortes personnalités, comme Gabrielle Bouët, Josette Cornec, Louise Cazaubon ou les sœurs Rouquet [3] (Pierrette, Henriette et Marguerite [4]). Près de vingt-cinq ans plus tard, Slava Liszek fit la biographie de « la grande Marie », Marie Guillot [5], première femme secrétaire confédérale, secrétaire de la CGTU naissante. Cette institutrice de Saône-et-Loire, pionnière du féminisme dans le syndicalisme enseignant et même dans le syndicalisme tout court, pacifiste, se battit au sein de la CGTU contre la subordination de l’organisation syndicale à un parti politique. Attentive aux grands débats syndicaux et en premier lieu à celui qui concerne les droits des femmes au travail, Slava Liszek ne l’est pas moins à l’insertion socio-professionnelle de cette célibataire, laïque intransigeante et favorable à l’innovation pédagogique au service des enfants des milieux populaires.

L’historien instituteur rural Maurice Dommanget inspira plusieurs travaux de recherche. Le Prolétaire en veston avait fait l’objet d’une première biographie par Jean-Louis Rouch [6], puis un colloque international, organisé à Beauvais (Oise) en 1994, étudia les divers aspects de sa vie, de son action, de son œuvre pour reprendre une trilogie classique [7]. On pourrait encore citer les livres à dimensions familiales comme la Vie passionnée de Josette Cornec, par Claudie et Jean Cornec (« Cornec fils », président de la FCPE de 1956 à 1980)4 prenant la suite d’une autobiographie à deux personnages, mais de la seule plume de Jean Cornec (père), écrite après la mort de Josette : Josette et Jean Cornec instituteurs, de la hutte à la lutte 1886-1980 [8]. L’éditeur choisit d’axer sa promotion sur l’identité du fils, Me Jean Cornec et de présenter cette vie mouvementée comme « un roman de cape et d’épée ». Il est vrai que l’autobiographie d’une institutrice, Émilie Carles, écrite en 1977, pouvait s’apparenter au roman social. Dans ces propos recueillis par Robert Destanque, l’organisation professionnelle des enseignants ne jouait guère de rôle ; ils valent surtout pour la manifestation d’un état d’esprit indépendant et revendicatif qui nous montre le socle sur lequel s’appuyaient les syndicats. Dans ce tableau, il faut faire une place à part aux anarchistes irréductibles, les fameux Mayoux dont les portraits illustrent cet article ; Marie n’étant pas la moins intransigeante des deux. François Mayoux, écrivit dans les années soixante Marie et François Mayoux, instituteurs pacifistes et syndicalistes, ouvrage publié en 1992 [9]. Le genre autobiographique fut finalement peu présent, ainsi l’ouvrage des deux personnages majeurs de cette histoire syndicale, Louis et Gabrielle Bouët, Trente ans de combats, se présente explicitement comme une monographie du syndicat des instituteurs du Maine- et-Loire, 1905-1935 [10].

Cette esquisse de bilan, encore modeste, explique le plaisir d’accueillir cette étude consacrée à Eugène Péaud, syndicaliste de Vendée, par le spécialiste universitaire de la Fédération unitaire de l’enseignement [11].

Eugène Péaud n’est pas le plus connu de ces fortes personnalités qui marquèrent l’histoire du syndicalisme enseignant naissant et de la Fédération unitaire de l’enseignement. Il n’avait ni le prestige de son aîné, ami et voisin du grand Ouest, Louis Bouët, qui avait osé s’opposer à l’Union sacrée pendant le Première Guerre mondiale, ni la renommée d’un Maurice Dommanget, auteur d’une cinquantaine d’ouvrages historiques, et resté, sans aigreur, instituteur rural dans l’Oise. Il n’a pas non plus la notoriété des personnalités qui se succèdèrent à la tête de la FUE comme l’Ardéchois Gilbert Serret, Jean Aulas le Marseillais Jean Salducci qui participa à la résistance et mourut à Dachau [12]. Peut-on dire qu’il est représentatif des dirigeants départementaux du syndicalisme révolutionnaire ? Certes les situations locales sont diverses des Alpes-Maritimes au Finistère, de l’Oise à l’Hérault, les personnalités des militants et militantes si marquées, si difficiles à enfermer dans un profil type que le socio-biographe hésite devant le risque de la classification. Et pourtant, Eugène Péaud, tout spécifique qu’il soit avec son franc-parler, ses enthousiasmes, ses capacités artistiques et sportives, se rapproche de bien des électrons libres du syndicalisme de l’enseignement qui crurent en leur capacité de participer à l’explosion en chaîne qu’ils appelaient révolution sociale.

Quelques traits communs aux enseignants syndicalistes révolutionnaires

Tentons d’inventorier quelques traits communs aux itinéraires et aux pratiques de ces instituteurs révolutionnaires des années trente et quarante.

Constatons en premier lieu la même nostalgie du syndicalisme révolutionnaire de l’avant-guerre, mâtiné d’anarchisme et de socialisme, mais surtout soucieux de l’indépendance syndicale. Ils se réfèrent à un courant qui avait combattu les perspectives de guerre et dont quelques représentants, comme l’équipe de la Vie ouvrière autour de Pierre Monatte [13], et des enseignants comme les Mayoux, les Bouët, Hélène Brion ou Lucie Colliard [14] avaient sauvé « l’honneur » en refusant le ralliement confédéral et socialiste à l’Union sacrée. Péaud était trop jeune pour en avoir une connaissance directe, mais il en fut tant marqué qu’il vit la Seconde Guerre mondiale avec les lunettes de la Première. Il en garda un antimilitarisme (renforcé par l’expérience de son service militaire) et un pacifisme exacerbés.

En second lieu, il convient de noter leur aspiration à un syndicalisme exigeant et indépendant, loin de ce qui leur semble être la tendance au compromis des Amicales et de leur transformation tardive en Syndicat national (SN). François Mayoux fut de ceux qui caractérisèrent avec le plus de fermeté l’amicalisme :

« Nous n’avions jamais cru en la vertu de la loi de 1884, ni qu’un syndicat était bon parce qu’une amicale était mauvaise. Non. Tout bonnement nous tenions pour excellent de lutter contre l’Administration routinière et tracassière, de nous allier, même par le lien si fragile d’une adhésion à la CGT, avec les ouvriers syndicalistes ; de nous différencier des chiens-couchants qui dirigeaient l’Amicale et qui trouvaient tant d’excuse à leur veulerie dans l’inertie et la peur qui habitaient la quasi-unanimité des pauvres maîtres d’école. » [15]

Eugène Péaud fut cependant de ceux qui comprirent le plus vite la mutation syndicale des anciens amicalistes et qui posèrent fermement les termes de la recherche d’unité avec les représentants du « réformisme ». Les revendications qui unifient le courant syndicaliste révolutionnaire ont le mérite de la netteté : salaire unique hommes-femmes, salaire unique sur toute la carrière, refus des promotions au choix. Il fallait préserver la dignité des enseignants en évitant la tactique de l’administration qui jouait des nominations, financièrement plus avantageuses en ville (primes, logement) où les carrières prenaient, de plus, un tour ascendant. Il s’agissait donc de maintenir l’indépendance des enseignants et de leurs syndicats face à un pouvoir politique et administratif dominateur. Un pouvoir républicain et laïc certes, mais qui, même en freinant, appliqua la politique de Vichy en mutant et suspendant les principaux dirigeants syndicalistes révolutionnaires dont Eugène Péaud ou Marcel Valière — celui qui assura la passerelle entre l’École émancipée d’avant et d’après guerre — et en révoquant Maurice Dommanget, Louis Hobey dans la Seine-Inférieure, Gaston Hugou dans les Basses-Alpes, Camille Larrère en Charente et Laurent Préziosi à Alger, et bien d’autres.

Dire qu’un des traits communs des enseignants syndicalistes révolutionnaires est la défense de la laïcité, et l’affirmation d’un net anticléricalisme, ne suffit pas à les spécifier. C’est finalement le lot d’une part importante des personnels comme de la totalité de leurs associations et syndicats ; Eugène Péaud en pays chouan ne fait bien sûr pas exception. Peut- être pousse-il plus loin encore la volonté d’affaiblir l’emprise de l’Église sur la jeunesse, par l’affirmation d’un athéisme militant. Par le théâtre au tout début, par l’animation de bibliothèques, par le sport, par les cours du soir, Eugène Péaud manifeste une présence offensive de la laïcité, à l’unisson de ses amis du Finistère, du Morbihan ou de l’Ardèche qui multipliaient les initiatives pour donner à « la laïque » la meilleure présence culturelle et les meilleures offres de loisirs pour les jeunes. Les arracher à l’influence jugée néfaste du clergé ne signifie pas les enrégimenter comme le faisaient, à leurs yeux, les colonies de vacances de la banlieue rouge, mais au contraire développer l’esprit critique des enfants, leur libre-arbitre, d’où une sensibilité commune pour la pédagogie moderne jugée émancipatrice.

Leur rejet précoce du stalinisme et un compagnonnage critique avec le trotskisme participent à la même philosophie. L’enthousiasme pour la Révolution russe, le refus de l’hostilité immédiate de la presse, de la droite et des milieux réformistes pour ce premier pouvoir révolutionnaire ne les empêcha pas d’observer avec lucidité l’évolution de l’État soviétique et du mouvement communiste international. Antistaliniens révolutionnaires mais jamais anticommunistes (la référence au communisme se maintient longtemps dans leur discours), ils étaient remarquablement informés des tensions qui traversaient l’Internationale communiste, des arrestations des vieux bolcheviks, de la répression qui s’abattit sur Victor Serge en mai 1933. L’École émancipée fut pour beaucoup dans la campagne acharnée qui conduisit à la libération de l’écrivain en avril 1936. Les conférences qu’il donna à son retour en France et les articles qu’il écrivit renforcèrent le socle commun antistalinien des militants syndicalistes révolutionnaires. Congrès après congrès, la majorité fédérale fit de la bataille pour l’annulation des mesures de répression contre les opposants un combat prioritaire en dépit de la contestation violente des militants communistes de la MOR (Minorité oppositionnelle révolutionnaire). Les militants de l’École émancipée seront des mieux informés, avant et après la Seconde Guerre mondiale de ce qui s’appellera le Goulag [16].

Plus encore que les analyses de la situation politique internationale, ce sont des positions à la fois sociales et morales qui les rapprochent. Ils firent le plus souvent le choix de l’enseignement primaire, de la province — de leur province —, et de la ruralité. « Primaires » et « ruraux » ils sont et veulent rester, envers et contre tout. Ils sont adeptes de l’éthique syndicaliste du « refus de parvenir » telle que l’a définie Albert Thierry au début du siècle [17] : refuser de parvenir, ce n’est « ni refuser d’agir, ni refuser de vivre », mais « refuser de vivre et d’agir aux fins de soi », c’est rester fidèle à la classe ouvrière, c’est refuser de se couper des milieux populaires. Près d’un siècle plus tard, Yvonne Issartel ancienne représentante de l’École émancipée au bureau national du SNI utilise le même vocabulaire : « Nous prônions le refus de parvenir, le renoncement aux valeurs factices que sont les titres et les médailles » [18]. Ces itinéraires sont nimbés d’un amour du « petit pays » et de son peuple laborieux au point que plusieurs se font historiens sociaux de leur région. Il fallait entendre un Maurice Dommanget parler avec passion de l’histoire et de la géographie de l’Oise, pour saisir la force que donnaient une érudition hors du commun et une conscience pédagogique affirmée. On pourrait citer les cas de Jules Carrez [19], de Gilbert Serret, d’Antoine Richard, d’Henri Frossard, de René Garmy, sans compter, mais l’inspiration est différente, les cas de ceux qui s’affirmèrent par la poésie ou la littérature comme Jehan Mayoux, fils des Mayoux, écrivain surréaliste ou du futur critique littéraire et éditeur Maurice Nadeau [20], mais qui quittèrent l’enseignement primaire. Des enseignants du secondaire pourraient cependant être associés à ce mouvement de valorisation de leur région : en premier lieu Émile Masson, professeur d’anglais, le « saint anarchiste », défenseur passionné de la langue et de la littérature bretonnes [21], ou Henri Féraud, historien de la Commune de Narbonne [22]. Pour Péaud le moyen de transmission fut le théâtre, mais aussi et c’est plus rare, la défense des couleurs de l’équipe de football de La Roche-sur-Yon ; une autre façon d’aimer une Vendée pourtant si peu accueillante pour le mouvement ouvrier

Comment le couple Péaud vécut-il leur engagement syndical et politique commun ?

Femmes, couples, célibat, famille

Anne-Marie Sohn a remarquablement analysé la place des femmes dans la Fédération unitaire. Elle constate qu’elles ont « géré » plus que « dirigé » le syndicat et que leur nombre diminue plus on monte dans la hiérarchie, non qu’elles soient écartées par leurs camarades masculins, bien au contraire. À l’exception de quelques fortes personnalités, elles s’étaient limitées elles- mêmes, en n’étant pas assez visibles dans les débats des assemblées générales, là même où se repèrent les futurs dirigeants. L’historienne des femmes de la FUE attribue ce décalage, entre la volonté « féministe » de la fédération et la situation observable, à une éducation fondée sur la réserve inhérente au deuxième sexe, le maintien de stéréotypes hostiles à la participation des femmes à la vie politique, or les débats des assemblées générales syndicales étaient bien politiques.

L’attitude de Floresca Auger, épouse Péaud, n’est pas sans liens avec cette interprétation. Plus réservée qu’Eugène, même un peu froide nous dit Loïc Le Bars, elle partage le même engagement, je parle bien de partage et non d’adoption. Son extraction modeste (petits paysans, administration), sa connaissance intime des difficultés du prolétariat rural lui donnent une grande force de conviction. Elle est révolutionnaire et syndicaliste, imperturbablement. Elle fut secrétaire administrative de 1928 à 1930, déléguée au IIIe congrès de l’Union régionale unitaire de Nantes en 1928 puis au congrès de la Fédération unitaire de l’Enseignement à Reims en 1933. Mais Loïc Le Bars doit bien constater qu’après la naissance de leur premier fils en 1931, elle délègue à Eugène le soin de défendre leurs idées. Après l’exclusion de son mari du PC en 1929, elle semble avoir plus que lui sympathisé avec le trotskysme.

Certes, des femmes de militants jouèrent un rôle syndical de premier plan. Ainsi Gabrielle Bouët que le couple Péaud connaissait bien. Anne-Marie Sohn décrit sa première visite à cette pionnière :

« Notre première rencontre me permit de comprendre l’origine de sa renommée syndicale. Elle me fit asseoir dans une de ces vastes cuisines converties en bureau que les instituteurs de province préfèrent à leur salle à manger. Puis, elle fit pour moi, seule élève studieuse, un cours sur la Fédération unitaire de l’Enseignement, la FUE. L’autorité de cette dame de quatre-vingt- sept ans me parut incontestable. Sa vitalité actuelle, étonnante, me donna une idée de sa remarquable activité de 1910 à 1935. Elle possédait la résistance physique et nerveuse, l’optimisme inaltérable pour réussir à la fois dans la vie familiale, professionnelle et militante… » (citée dans la biographie de Gabrielle Bouët, parue dans le Maitron)

D’autres syndicalistes femmes se caractérisaient par l’indépendance de leur vie personnelle, et parfois même par le célibat. Ainsi, Jeanne Balanche sut garder sa personnalité et son indépendance. Anne-Marie Sohn souligne la rare émancipation des sœurs Balanche dans le milieu petit-bourgeois dont elles sortaient. La culture et l’indépendance pécuniaire furent les moteurs de leur révolte intellectuelle. Jeanne Balanche incriminait « son esprit de contradiction » mais des expressions voisines ont fréquemment été employées par d’autres institutrices du même âge pour qualifier un esprit critique estimé incongru chez une jeune fille de l’époque. L’amour de la discussion, dont Jeanne Balanche mentionnait elle-même la permanence, était confirmé par des témoins. La vivacité et l’alacrité des réparties le complètent, avec l’humour, l’art des formules piquantes dont elle émaillait ses lettres. La pratique constante de la critique, jointe à l’individualisme bien affirmé, l’éloignèrent de tout parti, de toute organisation politique et elle ne resta qu’un an au PC dont elle fut exclue, pour « insubordination ». Elle continua en retraite à recevoir l’École Émancipée, y trouvait la liberté d’action, un souffle révolutionnaire et la « camaraderie hommes-femmes si attachante » et neuve dans une société aux sexes encore séparés, qui la retinrent définitivement.

Le cas le plus significatif est sans doute celui des trois sœurs Rouquet, institutrices dans l’Indre, amies de la militante remarquable que fut Marie Guillot, qui se succédèrent au conseil syndical qu’elles marquèrent de leurs options. Proches de la tendance Ligue syndicaliste, à la différence du couple Péaud, elles tinrent à distance le Parti communiste et soutinrent le Parti socialiste, s’éloignant de la sensibilité syndicaliste révolutionnaire après la Libération. [23]

Une Vendée blanche, parsemée de bleu et de rouge.

Marquée au fer rouge par le souvenir de la chouannerie, par les guerres de Vendée, dominée par une Église catholique particulièrement conservatrice, la Vendée n’était guère républicaine et encore moins socialiste, à l’exception de la ville préfecture. En dehors des dockers des Sables d’Olonne, des mineurs de Faymoreau et, dans une moindre mesure, les tisserands et des ouvriers du cuir, le syndicalisme n’était actif que chez les cheminots et les instituteurs. Ainsi rien n’attirait, en 1930, un jeune agrégé d’histoire communiste comme Jean Bruhat dans cette Vendée où sa femme venait d’être nommée : « Ma femme étant installée aux Sables-d’Olonne, je demande le lycée de La Roche-sur-Yon. Faute de mieux. Les souvenirs que j’avais de La Roche étaient alors ceux d’une ville morte (…) je redoutais ce désert. » [24] Ce pédagogue remarquable fut finalement nommé à Nantes d’où il utilisa ses talents exceptionnels de communicateur pour gagner les enseignants de Vendée aux orientations communistes. Dirigeant de la région communiste, il fut un interlocuteur habituel d’Eugène Péaud et un point de référence dans l’univers communiste. Aussi m’a-t-il semblé utile, au fil de cette préface, de confronter les itinéraires de ces deux personnalités, celle de Péaud et celle de Bruhat, mais avant faisons un détour par La Roche-sur-Yon.
Cadet de six ans d’Eugène, fils d’un employé des postes qui fut une connaissance de la famille Péaud, Yvan Craipeau décrit avec brio la spécificité de Napoléon-Vendée, devenue La Roche-sur-Yon, peuplée au départ de « colons » républicains dans ce pays royaliste : « La population y demeurait étrangère aux campagnes dont elle était issue, consciente de la promotion sociale qui l’en séparait, attachée au mode de vie citadine qui en était la marque et la condition. Une ville de fonctionnaires et de bourgeoisie commerçante, ennuyeuse à mourir. Les conflits politiques – ouatés – opposaient les factions conservatrice et radicale de la bourgeoisie républicaine. Le Parti socialiste se considérait plutôt comme l’aile avancée du Parti radical. Il avait tenu son premier congrès l’année même de ma naissance (1911) et, à l’instigation de mon père, il s’était constitué une fédération départementale avec une centaine d’adhérents dont mon père et ma mère. » [25]
Eugène Péaud est en terre de mission. Il sait la tâche de syndicalisation et de politisation extrêmement difficile. Dans ce quasi désert, il est persuadé que les instituteurs syndicalistes qui irriguent l’espace départemental ont une fonction fondamentale. Son intervention au congrès départemental d’unité CGT-CGTU témoigne de cette préoccupation qu’il élargit aux autres salariés de l’État : « Les fonctionnaires et les employés de services publics forment le gros des troupes de l’UD. Cependant, dans certaines corporations, de nombreux camarades restent en dehors du syndicat. Des syndicats nombreux périclitent et se meurent faute de militants, faute de travail corporatif. Les syndicats vivants et qui possèdent des militants éparpillés dans tout le département (cheminots, instituteurs) doivent aider au recrutement, à la vitalité des organisations voisines. Il faut dépouiller l’esprit de catégorie et s’occuper non seulement de ses intérêts propres mais aussi des intérêts des autres travailleurs. » [26] Eugène Péaud connaît parfaitement les oasis sociales vendéennes ; ici et là, il a prêté la main à un syndicat ou à un groupe ouvrier. Le contexte du Front populaire lui laisse l’espoir d’être vraiment utile dans cette renaissance sociale qu’il appelle de ses vœux. Les instituteurs ont joué un rôle local plus important qu’on ne l’imagine dans l’implantation syndicale ; l’autonomie du syndicalisme enseignant à partir de 1948 nous fait perdre de vue la présence des enseignants dans les Unions locales, dans les Unions départementales, leurs fonctions administratives (trésorerie, secrétariat) mais aussi de propagande. Ne masquant pas pour autant la distance qui sépare ces porteurs de savoirs, des ouvriers agricoles ou du bâtiment, ils ne sont parfois acceptés que ponctuellement, le temps de la rédaction d’un cahier de revendications ou des statuts d’un syndicat ; encore faut-il qu’ils ne creusent pas les signes de distance par la langue comme par l’habit. Le style vestimentaire d’Eugène Péaud participe à cette volonté de proximité. Beaucoup de ces enseignants syndicalistes révolutionnaires cultivaient avec délice la participation ponctuelle à la vie rurale, à son rythme, à son ambiance. Ils aspiraient à être comme un poisson dans l’eau dans la société populaire, dont ils sont le plus souvent issus [27]. Réussissaient-ils ? Il faudrait des études anthropologiques très précises pour mesurer la capacité de dépasser les frontières que créent le savoir et le fonctionnariat. Comme le prêtre, l’instituteur connaît la société locale, tente de la maîtriser, sans pouvoir s’y fondre. Le « refus de parvenir » des enseignants syndicalistes révolutionnaires les positionne-t-il mieux dans cette conquête d’une légitimité populaire ? La question reste posée. Bertrand Geay propose de différencier, dans le cas des instituteurs, « l’identité pour autrui » et « l’identité pour soi », afin de comprendre les conflits et les déchirements. [28] Distinction bien utile lorsqu’on aborde une période difficile, comme l’Occupation.
La Résistance fut un de ces moments fort de rencontre, de dépassement des clivages culturels. Elle fut également un temps de refondation politique dont bénéficia en premier lieu, en Vendée comme ailleurs, le Parti communiste, mais qui mit en porte à faux les syndicalistes révolutionnaires.

Pacifisme, guerre, occupation.

La période de l’Occupation ne fut pas un temps fort de l’activité militante d’Eugène Péaud, un peu pour des raisons pratiques : sa mutation d’office dans une commune isolée ne facilitait pas les contacts mais elle permettait une surveillance étroite de la police. Ce sont plus des raisons idéologiques qui le maintinrent hors de la Résistance, même s’il rendit des services ponctuels. Dans la pratique, son non-engagement actif n’est pas différent de celui de son ancien challenger syndical communiste Jean Bruhat qui au retour des camps de prisonniers ayant retrouvé un poste de professeur, refusa un engagement permanent avec la Résistance communiste sans rompre pour autant avec le PCF dont il restera un militant en vue [29]. Paul Delanoue, militant de premier plan de la résistance communiste enseignante est donc mal inspiré de tenter de discréditer Eugène Péaud, et de le priver des responsabilités syndicalistes au titre de son non-engagement dans la Résistance. En fait, les campagnes menées dans différents départements, et particulièrement dans la Seine, visent à écarter des responsabilités les anciens militants communistes ayant suivi la majorité fédérale, qualifiée de trotskyste. Les plus visés seront les militants de la Seine, Roger Hagnauer et Raymond Guilloré. Le premier, membre influent du bureau national du SNI avant la guerre, aura à connaître deux situations opposées. À la Libération, Delanoue veut faire condamner sa non-participation à la Résistance, et certains vont jusqu’à associer son nom au collaborateur Ludovic Zoretti [30]. Il fut blanchi par un comité d’honneur en 1950, puis fut, plus tard, avec sa femme (Yvonne Hagnauer), considéré comme un « Juste » par Yad Vashem pour avoir cacher des enfants juifs dans le cadre de la Maison de l’Enfance [31]. Sa participation comme employé au Secours national ne vaut pas ralliement de ce militant d’origine juive au régime de Vichy. Le second, ancien dirigeant du 4e rayon de la région parisienne, fut exclu du PC, avec sa compagne, en 1933. Ancienne femme du kominternien Voja Vuyovic (fusillé par les staliniens en octobre 1936) dont elle avait un fils, l’acteur Michel Auclair, Charlotte Guilloré ressentit les mises en cause qui suivirent la Libération comme un prolongement des procès de Moscou, l’esquisse d’une nouvelle vague d’épuration. Rappelons les faits en deux mots pour situer le climat : un syndicaliste enseignant et journaliste à l’Humanité envoie une circulaire aux secrétaires de section départementale en citant des passages d’une lettre à Abel Bonnard, ministre de l’Instruction sous Vichy dans laquelle Guilloré tente d’éviter la révocation. Si le conseil syndical de la Seine comme la sous-section du IXe arr. blanchissent Guilloré et condamnent les méthodes de son accusateur, le climat reste lourd. [32]
Pour comprendre cette situation au moment de la guerre et de la Libération, il faut remonter en amont et interpréter les rapports de Péaud au communisme. Ses prises de distance sont parallèles à celles des dirigeants de la Fédération unitaire, rythmées par l’affirmation du contrôle politique des syndicats et par la mise à l’écart de l’opposition russe. Je ne crois guère au bannissement de Péaud pour avoir refusé de suivre l’École de Bobigny et l’École léniniste internationale de Moscou, tout simplement parce qu’il n’y eut pas d’enseignants ni même de fonctionnaires à Bobigny en 1924 et que ce n’était pas la cible du parti. Le recueil de biographies que réalisa alors Kurella et qu’il publia en russe en 1925, montre clairement qu’il fallait affirmer l’émergence d’une « génération léniniste du prolétariat français ». Pour avoir dépouillé les archives de l’École léniniste internationale (ELI) à Moscou [33], je puis dire que la conclusion est la même. Les enseignants communistes seront plus des formateurs, comme Étienne Fajon directeur des Écoles du Parti à partir de 1935, que des élèves. Si l’idée que Péaud avait été sollicité pour l’ELI est restée dans la mémoire familiale, il y a bien un point de départ, sans doute une allusion inadaptée faite par Charles Tillon. Mais, en aucun cas, un refus du militant vendéen ne pouvait conduire à sa mise à l’écart. Son esprit indépendant, ses demandes d’explications sur la situation en URSS suffisaient à une telle sanction [34]. Péaud fut de ceux qui considérèrent qu’ils étaient les vrais communistes condamnant avec fermeté les divers cours du mouvement communiste stalinisé : condamnation de la tactique « classe contre classe » basée sur des analyses de toute évidence fausses de la radicalisation des masses, mais aussi du tournant du Front populaire en raison de son abandon de l’antipatriotisme et de l’antimilitarisme. La critique de l’URSS est à son comble au moment des Procès de Moscou. La politique définie par Staline était nette, elle introduisait un saut qualitatif définitif : l’opposition devait être mise hors du mouvement ouvrier et hors de la vie politique légale. Régionalement, un militant aussi remarquable et humain que Jean Bruhat approuva les Procès de Moscou et les condamnations qui s’en suivaient, dont il trouvait justification par analogie avec Le Châtiment des espions et des traîtres sous la Révolution française, selon le titre de la brochure, qu’il écrivit en 1937 [35]. Dans le cadre du contrôle biographique qui se renforce pendant les années 1937-1938, les commissions des cadres demandent aux militants de dire ce qu’ils pensent du « trotskyme », s’ils connaissent des trotskystes et quels rapports ils entretiennent avec eux. Les réponses à la question « 43 » des questionnaires biographiques offrent toute une série de portraits des instituteurs de la Fédération unitaire supposés « trotskystes », car dans la pratique le qualificatif recouvre tous les oppositionnels aux orientations de l’IC. Ainsi Jean Bruhat signale son beau-frère, l’instituteur Alfred Delhermet qui l’avait pourtant au début des années vingt entraîné au Parti communiste. Les rapports interpersonnels entre militants se tendirent durement. Le déclin du Front populaire dénoncé fermement par Eugène Péaud (« À bas le pseudo Front populaire de 1937 ») comme les divergences sur le pacifisme portent à son paroxysme les tensions politiques. Il se prononce, au moment des accords de Munich, pour un « règlement pacifique de la crise internationale », dénonce « le partage des brigands de Munich », tout en pensant que le temps gagné permettrait à la classe ouvrière française de « combattre le capitalisme dans son propre pays » cite Loïc Le Bars. L’impasse que représenta cette prise de position contribua au désarroi politique de nombre de ceux qui avaient soutenu les orientations pacifistes. Il est significatif que dans certains départements comme les Pyrénées-Orientales, nombre d’enseignants membres du Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP) de Marceau Pivert rallièrent le Front national et le Parti communiste. Mais en région parisienne, comme dans la région lyonnaise avec le mouvement « l’Insurgé », des oppositionnels trouvèrent le chemin d’une résistance spécifique, sans renoncement à leurs valeurs politiques. La difficulté était là. Antifascistes déterminés, beaucoup s’étaient éloignés du mouvement communiste en 1933, considérant que les erreurs de l’Internationale avaient permis la victoire du nazisme. Ils s’étaient solidarisés avec l’Espagne républicaine et avaient désapprouvé le Pacte germano-soviétique sans accepter les sanctions qui frappaient les militants communistes : Eugène Péaud protesta d’ailleurs contre les exclusions pour délit d’opinion. Les attentats individuels contre des soldats allemands heurtaient les traditions du mouvement ouvrier — ils furent d’ailleurs mal compris au sein même du Parti communiste — depuis la vague des attentats anarchistes des années 1890 ; de plus ces actions étaient suivies d’exécutions comme otages des militants les plus expérimentés et talentueux [36]. Le « A chacun son boche » qui fleurit à la fin de l’Occupation était à l’opposé des appels à la fraternisation entre soldats français et population allemande pendant l’occupation de la Ruhr (1922-1923). De plus, la résistance officielle se situait dans une Union nationale allant de la droite aux communistes, des militaires aux ouvriers. Un parfum d’Union sacrée. La confusion entre les deux guerres mondiales est au rendez-vous. Si un certain nombre d’instituteurs syndicalistes révolutionnaires s’engage dans l’action clandestine, c’est essentiellement dans le cadre de la diffusion de journaux illégaux comme La Vérité (trotskyste), de tracts, de matériel divers. Certains comme Marcel Valière ou Jules Carrez rejoignirent des mouvements de Résistance sans en tirer gloire à la Libération ; l’un d’eux, Jean Salducci, ne revint pas de Dachau. D’autres franchirent le pas en renonçant à leurs convictions anciennes et entrèrent — pas toujours durablement — au Parti communiste. Pour comprendre le positionnement d’Eugène Péaud, il faut prendre en compte l’isolement (il est plus facile de trouver un mouvement de résistance proche de ses idées à Paris, Lyon ou à Brest que dans un village reculé de Vendée), le refus du renoncement qu’aurait nécessité un ralliement au Front national. Loïc Le Bars décrit la médiation d’un émissaire de l’instituteur Gilbert Rouleau, dans le cadre du Front national. Cette démarche sonne juste quand on la compare à la situation d’un autre bastion École émancipée qu’était l’Oise. L’historien Jean- Pierre Besse décrit des prises de contact systématiques auprès des instituteurs, quelle que soit leur tendance. Certes les situations régionales ont beaucoup varié, bien des militants s’engagèrent dans la Résistance en cachant leur passé oppositionnel [37], d’autres furent rattrapés par ce passé et y laissèrent leur vie, ainsi dans l’Yonne, le militant trotskyste Marcel Brocard, agent de lycée à Auxerre fut exécuté [38] ou dans le maquis « Wodli » de Haute-Loire. Dans tous les cas, l’École émancipée ne fait pas d’efforts pour valoriser la participation d’anciens de la FUE à la Résistance. Le ton est au contraire à la dénonciation des tontes de femmes (articles de Jacques Gallienne [39]) et à la critique de la survalorisation de la Résistance et l’analyse des contradictions de la politique d’Union nationale.
Eugène Péaud, comme bien d’autres, passa à côté d’un moment fondamental du renouvellement de la vie politique. Le courant syndicaliste révolutionnaire se perpétua durablement, mais resta sensiblement affaibli.
Il se ressouda autour de valeurs du refus de parvenir et de l’indépendance syndicale. La mémoire de tendance joua un rôle fondamental dans la pérennité du courant, avec en premier l’affirmation de l’antériorité historique. « L’École émancipée, revue syndicale et pédagogique paraissant depuis 1910 ». Quatre anciens secrétaires de la Fédération unitaire de l’enseignement (François Bernard, Louis Bouët, Maurice Dommanget, Gilbert Serret) se firent eux-mêmes, en 1938, les historiens du courant syndicaliste révolutionnaire [40]. La référence aux origines, à la lutte contre l’Union sacrée, au communisme naissant puis au refus de son évolution stalinienne, participa à cette assurance, peut-être même à cette fierté que manifestaient des militants comme Eugène Péaud.
Dans son cas, la mémoire collective eut la chance d’être relayée par une mémoire familiale intense. Jean Péaud s’est prêté lui-même à l’exercice autobiographique en décrivant avec précision et parfois humour, les racines de son militantisme anticolonial et syndical [41]. Existe-t-il des dynasties militantes ? Pour retenir cette formule, il faudrait qu’elles dépassent deux générations. L’avenir tranchera. Mais, c’est bien la vivacité de cette mémoire familiale qui a permis à Loïc Le Bars de faire ce livre, et à Eugène Péaud de bénéficier d’une place bien méritée dans les figures du syndicalisme enseignant.

[1Loïc Le Bars, Eugène Péaud, un syndicaliste révolutionnaire, Syllepse, 2007. Une première version de ce texte était la préface de ce livre.

[2Anne-Marie Sohn, Féminisme et syndicalisme. Les Institutrices de la Fédération unitaire de l’Enseignement, de 1919 à 1935, Paris, Audun-Hachette-Bibliothèque Nationale (microfiches), 1973.

[3Le nom des sœurs Roquette doit être associé à celui de l’instituteur syndicaliste de l’Indre Georges Louis Thomas qualifié de "Souvarine de l’Indre" mais qui était plutôt un socialiste-communiste libertaire. Il fut le premier correspondant du Maitron dans l’Indre.

[4Ces noms figurent dans le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Éditions de l’Atelier. D’autres militantes ayant le même profil étaient déjà décédées lorsque A.-M. Sohn fit son enquête : Hélène Brion, Adrienne Montégudet, Lucie Colliard...

[5Slava Liszek, Marie Guillot, de l’émancipation des femmes au syndicalisme, Paris, L’Harmattan, 1994.

[6Jean-Louis Rouch, Prolétaire en veston. Une approche de Maurice Dommanget. Instituteur, syndicaliste, historien social et libre penseur 1888-1976, Éditions "Les Monédières", Treignac, 1984. Cette petite maison d’édition corrézienne a publié plusieurs ouvrages sur le syndicalisme révolutionnaire dans l’enseignement, dont le livre de Thierry Flammant, L’École émancipée, une contre culture de la Belle époque.

[7Maurice Dommanget, Actes du Colloque international tenu à Beauvais les 6 et 7 mai 1994, Archives départementales de l’Oise, 1996, 261 p.

[8Editions Clancier Guénaud, 1981, 250 p.

[9Introduction de Daniel Guérin, postface de Madeleine Rebérioux, Éditions Canope, Chamalières, 1992, 363 p.

[10Trente ans de combats, 1973, 502 p. Ces souvenirs et autobiographies sont à mettre en vis-à-vis d’autres mémoires comme celles du dirigeant confédéré André Delmas, Mémoires d’un instituteur syndicaliste, préface de Georges Lefranc, Albatros, 1979, 478 p.

[11Loïc Le Bars, La Fédération unitaire de l’enseignement (1919-1935). Aux origines du syndicalisme enseignant, Éditions Syllepse, 2005.

[12Biographie du Maitron : « Pendant l’Occupation, Salducci fut le chef du mouvement
« Combat universitaire ». Il éditait, rédigeait et distribuait le journal clandestin Combat du Sud- Est. En février 1942, il entra dans les Forces françaises de l’intérieur. Il fut arrêté à Marseille le 28 avril 1943 avec plusieurs autres membres du réseau « Combat », après la trahison de Jean
Multon. Interné à la prison Saint-Pierre puis à Fresnes, déporté en Allemagne le 15 novembre
1943, il fut successivement captif dans les camps de Buchenwald, Natzwiller et Dachau où il mourut le 4 février 1945. Il fut décoré de la médaille de la Résistance le 27 mars 1947. »

[13Voir sa biographie par Colette Chambelland, Pierre Monatte, une autre voix syndicaliste, Collection « La part des hommes », Éditions de l’Atelier, 1999.

[14Louis Bouët, Les pionniers du syndicalisme universitaire, Ed. Ecole émancipée, s. d.

[15Mayoux, Instituteurs pacifistes, op. cit., cité par Jacques Girault, Instituteurs, professeurs. Une culture syndicale dans la société française (fin XIXe-XXe siècle), Publications de la Sorbonne, 1996, pp. 122-123

[16Voir Claude Pennetier, « Maurice Dommanget, la Révolution russe et l’Union soviétique », in Actes du Colloque international tenu à Beauvais les 6 et 7 mai 1994, Archives départementales de l’Oise, 1996.

[17A. Thierry, Réflexions sur l’éducation, suivies des Nouvelles de Vosves, préface de Marcel Martinet, biographie par Louis Clavel, Paris, 272 p., 1923. Albert Thierry avait été tué au front en 1915. C’est donc une œuvre posthume. Voir,Refus de parvenir, Mil neuf cent, revue d’histoire intellectuelle, n° 37, 2019.

[18« Un syndicalisme d’exigence morale », entretien avec Yvonne Issartel, Mémoire d’Ardèche, Temps présent, n° 61, février 1999.

[19Les luttes de l’Instituteur français sous la 3e République. Vichy et les occupants nazis (1945). Brochure reproduisant une conférence faite en Suisse à la demande des Instituteurs suisses de la région de Porrentruy.

[20Maurice Nadeau, Grâces leur soit rendues, mémoire littéraire, Albin Michel, 1990, 479 p.

[21Didier Giraud et Marielle Giraud, Émile Masson, professeur de liberté, Éditions Canope, Chamalières, 1991, 383 p.

[22Henri Féraud, Histoire de la Commune de Narbonne 1871, Les Éditions du Bazouka, Châteauroux, 67 p.

[23Sur les femmes dans le parti communiste naissant voir : Claude Pennetier, Bernard Pudal, "La part des femmes, des femmes à part..." in Cl. Pennetier et B. Pudal (dir.), Le sujet communiste. Identités militantes et laboratoire du "moi", Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014.

[24Jean Bruhat, Il n’est jamais trop tard, souvenirs, Albin Michel, 1983.

[25Yvan Craipeau, Mémoires d’un dinosaure trotskyste, L’Harmattan, 1999, p. 10. Le premier chapitre, « Au pays des chouans », pp. 7-79, est d’un grand intérêt. Il ne parle cependant pas de la famille Péaud, à laquelle il fut associé par une influence réciproque.

[26Cité dans la thèse de Florence Regourd, Grèves et ouvriers vendéens (1840-1940), sd, p. 456. Voir aussi : Florence Regourd, La Vendée ouvrière : grèves et ouvriers vendéens (1840-1940), Les Sables d’Olonne, 1981, Cercle d’Or ; « Les Instituteurs de Vendée et le syndicalisme entre les deux guerres », Mémoire syndicale : Instituteurs en Vendée, CDMOT Vendée, 1989.

[27Voir, Les enseignants dans la société française au XXe siècle. Itinéraires, enjeux, engagements, sous la direction de Jacques Girault, Publication de la Sorbonne, 2004, p. 56.

[28Bertrand Geay, Profession : Instituteurs, Seuil, 1999.

[29Il n’est jamais trop tard, p. 141 et sa biographie par Jean Maitron dans le DBMOF : « Jean Bruhat fut bouleversé non pas tellement par le traité germano-soviétique mais par le comportement de la direction du PCF à ce propos. Toutefois, le Parti étant poursuivi, Jean Bruhat décida de ne faire aucune déclaration publique. Affecté à un régiment de pionniers, très surveillé comme PR (propagandiste révolutionnaire), il fut fait prisonnier le 18 juin 1940. Près de trois ans plus tard, il réussit à être libéré, mars 1943, grâce à de faux papiers lui reconnaissant la qualité d’infirmier. Contacté par le Parti et toujours en désaccord sur certains problèmes, il se refusa à un engagement permanent ». En camp, il eut de longues conversation avec l’ouvrier électricien trotskiste Roland Filiâtre : "il ne réfutait pas l’analyse de Filiâtre sur les Procès de Moscou et le Stalinisme, mais déclarait qu’il fallait un Parti communiste français fort et discipliné, même vis-à-vis de l’URSS" (témoignage de Roland Filiâtre, qui fut d’ailleurs l’oncle par alliance de Jean Péaud).

[30Secrétaire de la Fédération CGT de l’enseignement, Zoretti rejoignit le Rassemblement national populaire de Marcel Déat au sein duquel il fut chargé des problèmes d’éducation et de formation professionnelle. Une Union de l’Enseignement, d’esprit RNP, fut fondée dont l’ancien leader communiste de la tendance MOR, Victorien Barne, fut secrétaire adjoint.

[31Jean-Pierre Le Crom, Syndicats nous voilà, Éditions de l’Atelier, 1995, p. 371-372. Voir le film Pingouin et Goéland et leurs 500 petits, 2019, film de Michel Leclerc.

[32Jérémie Verger, L’École émancipée de la Libération à l’autonomie de la Fédération de l’éducation nationale (1944-1948), Mémoire de maîtrise, Paris I, 2004.

[33RGASPI, Moscou.

[34A la lecture de ce texte, Jean Péaud en admet la logique et ajoute que sa mère n’a pas partagé l’interprétation paternelle. Il déclare qu’il a rencontré Tillon à Aubervilliers à une date non précisée, mais forcément avant l’affaire Marty-Tillon de 1952, et que celui-ci gardait un souvenir vif et positif d’Eugène Péaud, mais qu’il disait ne pas regretter son exclusion.

[35Le Châtiment des espions et des traîtres sous la Révolution française, 64 p., 1937.

[36Claude Pennetier, Jean-Pierre Besse, Thomas Pouty et Delphine Leneveu, Les fusillés (1940-1944). Dictionnaire biographique des fusillés et exécutés par condamnation et comme otages ou guillotinés en France pendant l’Occupation, Les Éditions de l’Atelier, 2015. Et le site Maitron des fusillés (https://fusilles-40-44.maitron.fr).

[37André Calvès, Sans bottes ni médailles, Un trotskyste breton dans la guerre, La Brèche.

[38AERI, La Résistance dans l’Yonne, Cédérom, 2004.

[39Sur cet instituteur voir Bernard Pudal, Claude Pennetier, Le Souffle d’Octobre. L’engagement des communistes français, Les Éditions de l’Atelier, 2017, chapitre 12, p. 267-286, "L’exit et les procès de Moscou : les instituteurs Jacques Gallienne et Lucien Dutard". Ce dernier, futur député de la Dordogne, est l’auteur du lettre d’une lettre d’une grande lucididé sur les procès de Moscou, lettre de démission qui resta longtemps méconnue jusqu’à sa découverte dans les archives de Moscou (Rgaspi, 495 270 5554) et qui montre que même un instituteur dans sa campagne de Dordogne disposait des informations suffisantes pour analyser et condamner les procès pour analyser et condamner les procès.

[40Le syndicalisme dans l’enseignement. Histoire de la Fédération unitaire de l’enseignement des origines à l’unification de 1935, réédité en 3 volumes, Grenoble, 1966 par Pierre Broué.

[41Jean Péaud, Sur le fil de l’histoire et de la lutte des classes. Cinquante ans de fraternité, Éditions de l’UNIRAG, 1995.

Par Claude Pennetier

Portrait de l'enseignant syndicaliste révolutionnaire
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