COLINS Jean, Guillaume, César, Alexandre, Hippolyte, baron DE HAM. 

Par Jean Puissant

Bruxelles (Pays-Bas autrichiens ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale), 23 décembre 1783 – Montrouge (département des Hauts-de-Seine, France), 11 ou 12 novembre 1859. Officier des armées napoléoniennes, publiciste, théoricien du « socialisme rationnel ».

Colins connaît une vie que nous qualifierons de « romanesque », sauf qu’elle est celle d’une génération formée dans la guerre. Éduqué par un prêtre « jureur », H.J. Debouche de la région verviétoise (aujourd’hui pr. Liège, arr. Verviers), Colins s’engage en 1803 dans le régiment des hussards de la république (cavalerie) pour terminer cette carrière comme chef d’escadron, aide de camp d’un général. Il restera bonapartiste de conviction et même d’action jusqu’en 1848.

Exilé aux États-Unis, puis à Cuba, à la suite de la disparition de l’Empire napoléonien, Colins revient en France et obtient la nationalité française en 1831, au changement de régime. Il n’est donc pas belge, ne l’a jamais été et il n’a plus vécu sur le territoire belge régions depuis l’âge de vingt ans. Mais une partie de son œuvre est publiée en Belgique et ses disciples belges font preuve d’une grande activité. Il rencontre Louis de Potter, ancien membre radical du gouvernement provisoire belge, retiré à Paris en 1836, et parvient en dix ans à le rallier à sa théorie. En 1848, il tente de le convaincre de prendre la tête des « révolutionnaires » belges, sans succès, ce qui met fin à leur amitié mais non à leur complicité intellectuelle. Le républicain belge, qui éduque son fils Agathon en lui faisant lire des manuscrits de Colins, est un premier défenseur et propagateur de la doctrine qu’il fait sienne et à laquelle il contribue activement (1846-1852).

En 1848, Colins est condamné à la déportation en Algérie. Il est finalement libéré. Il se consacre désormais, dans la précarité, à la construction de son œuvre. Construite sur une métaphysique basée sur le « logos » qui imposerait une transformation complète autoritaire, rationnelle de la société au plan politique, basée sur la « collectivisation du sol » au plan économique. Sa doctrine se déploie abondamment dans des milliers de pages, progressivement éditées par les fidèles disciples d’une « religion rationnelle dont j’ai, dans mes ouvrages, démontré scientifiquement la réalité », écrit Colins en guise d’épitaphe. C’est ensuite Agathon De Potter, médecin de formation, rentier, qui, toute sa vie, se consacre exclusivement à l’édition, la diffusion et la défense des écrits de Colins. C’est aussi le cas d’un futur notaire montois, Jules Brouez, à la tête d’un groupe de « colinsiens » assidus dans la capitale du Hainaut. Tous deux cherchent à convaincre inlassablement de la nécessité d’adopter cette « religion », par des revues comme La Philosophie de l’avenir-Revue du socialisme rationneléditée à Paris de 1875 à 1914 et placée sous la direction du journaliste Frédéric Borde (1841-1911), La Société nouvelle qui paraît à Bruxelles de 1884 à 1897, revue plus ouverte aux opinions diverses du libéralisme à l’anarchie sous la direction de Fernand Brouez (1861-1900). Surtout les Belges terminent l’édition de l’opus magnum de Colins, Science sociale, tomes VI à XIX, à Bruxelles, de 1882 à 1896.

La diffusion des ouvrages de Colins vise notamment, les sociétés rationalistes et ouvrières de Bruxelles (A. de Potter) ou plus directement une personne prometteuse comme César De Paepe* (J. Brouez). Ce dernier, soutenu financièrement par Brouez pour terminer ses études de médecine, se met à lire consciencieusement cette littérature, dont il rejette d’emblée l’aspect métaphysique mais dont il retient l’appropriation collective du sol qu’il défend ensuite au sein de l’Association internationale des travailleurs (AIT), avec l’appui des partisans de Karl Marx, contre ceux de Pierre-Joseph Proudhon. C’est par l’intermédiaire des « colinsiens montois » que De Paepe et les proto-socialistes bruxellois sont alertés de la terrible condition des mineurs borains dans les années 1860, suscitant les premiers contacts du milieu bruxellois, avec la grande industrie wallonne. Colins, qui a pu être comparé à Saint Simon, à Fourrier, ne suscite la même curiosité enthousiaste, mais la même ferveur chez quelques individus. Sa redécouverte en 1968, par Ivo Rens (voir SOURCES), ne suscite pas non plus le même écho que les « utopistes » auxquels il peut être effectivement comparé.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article227054, notice COLINS Jean, Guillaume, César, Alexandre, Hippolyte, baron DE HAM. par Jean Puissant, version mise en ligne le 2 mai 2020, dernière modification le 16 juillet 2020.

Par Jean Puissant

SOURCES : RENS I., Introduction au socialisme rationnel de Colins, Neuchâtel, 1968 – RENS I., « Colins de Ham (Jean-Guillaume) », dans Biographie nationale, t. XXXVII, Bruxelles, 1971-1972, col. 168-191 – RENS I., OSSIPOW W., Histoire d’un autre socialisme. L’École colinsienne (1840-1940), Neuchâtel, 1979 – MAITRON J. (notice revue et complétée par GRANDJONC J.), « Colins Jean de », dans Site Web : maitron.fr – PUISSANT J., « La Société Nouvelle et les Colinsiens montois (1864-1906) », dans Mémoires et publications de la Société des Sciences, des Arts et des Lettres du Hainaut. Actes du colloque Mons et le Hainaut, terre d’idées, d’inventions et de cultures (27-28 mars 2015), vol. 108, Mons, Faculté polytechnique de Mons, 2015, p. 76-81.

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