SALLES Adrien, Cyprien [écrit aussi SALES]

Par André Balent

Né le 1er septembre 1914 à Sentenac-de-Sérou (Ariège), mort massacré par la Milice le 2 juillet 1944 à Saint-Jean-de-Verges (Ariège) ; gardien de la paix à Toulouse (Haute-Garonne) affecté au camp du Vernet-d’Ariège (Ariège) ; victime civile de la Milice.

Adrien Salles était originaire de Sentenac-de-Sérou, village du Plantaurel occidental, chîne pré-pyrénéenne, dans l’ancien comté de Foix. Il était marié avec Berthe Estrade et il était père d’un enfant.

Après 1940, il intégra la nouvelle police d’État créée par Vichy dans les villes. Il devint gardien de la paix à Toulouse. Il fut détaché en qualité de « gardien de 3e classe » au camp du Vernet-d’Ariège ouvert initialement pour « accueillir » les républicains espagnols entrés en France avec la Retirada, en particulier les militaires de la 26e division de l’Armée populaire, l’ancienne colonne « Durruti » de la CNT-FAI. Par la suite, ce camp hébergea des étrangers antifascistes (y compris allemands, autrichiens et italiens) de nombreuses nationalités. Après sa mutation en Ariège, il résida au Vernet-d’Ariège.

Les versions établies par l’historien ariégeois Claude Delpla divergent. Dans les fiches qu’il a établies et qui figurent dans le fonds qui porte son nom aux Archives départementales de l’Ariège. Dans une fiche de septembre 1951 établie afin qu’il accédât au statut d’interné résistant, il « a abandonné son poste et s’est réfugié dans sa famille » à La Bastide-de-Sérou. Un de ses enfants interrogés par Claude Delpla qui a noté ses propos sur une feuille manuscrite, Adrien Salles s’évada du camp du Vernet-d’Ariège le 10 juin 1944 et se réfugia au Pla de la Mont à Sentenac-de-Sérou, sa commune natale. Le 13 juin 1943, il serait allé à Toulouse s’entretenir avec l’intendant de Police Pierre Marty en personne. Ce dernier lui auraitordonné de rentrer chez lui et de se tenir tranquille, tout en faisant régulariser son changement d’adresse. Dans son livre posthume (op ; cit., 2019, p. 105), Claude Delpla écrit que « lors de l’occupation du camp par les Allemands, le 15 juin, il a été renvoyé dans ses foyers par l’administration française. Il a refusé d’obéir aux Allemands. »

Le fait est que, après cette date, il résidait à La Bastide-de-Sérou. Le 1er juillet 1944, il se rendit à la foire de La Bastide-de-Sérou. Vers 10 heures du matin, la Milice arriva en camions et boucla les rues du bourg. Salles se trouvait à l’hôtel Méda. Il y fut contrôlé et ne put présenter ses papiers, à la suite de quoi, les miliciens le firent monter dans l’un de leurs camions. Dans son livre (op. cit., p. 105), Claude Delpla écrit, sans autre commentaire, qu’ »il a voulu aller à la foire sans avoir ses papiers en règle.

Le 2 juillet, vers 18 heures, alors que la Milice avait annoncé son transfert à sa caserne de Pamiers, le camion s’arrêta au lieu-dit Permilhac, au sud de Saint-Jean-de-Verges, près d’un ancien four à chaux. Il fut alors fusillé avec deux autres hommes, deux libertaires espagnols, Enrique Gonzalez Esteve et Juan Listan arrêtés eux aussi près de La Bastide-de-Sérou. L’exécution eut lieu dans le territoire de la commune de Saint-Jean-de-Verges, à quelques mètres de celui de Foix. Les corps furent abandonnés et leur présence questionnait et choquait les passants. Gabriel Marris, secrétaire de mairie à Foix décida d’enregistrer leur décès à l’état civil de la ville, même si cela ne correspondait pas à la réalité. Il fit inhumer les trois hommes au cimetière de Foix.

Pour Claude Delpla il est possible que cette action meurtrière de la Milice s’inscrivait dans le cadre d’actions punitives, comme celle d’Arvigna (Voir Naudi Jean), pour venger l’exécution de Philippe Henriot par des résistants.
En 1951 (fiche de « statistique de la déportation »), le statut de « déporté résistant » fut refusé à Adrien Salles au prétexte qu’il ne fut pas déporté et qu’il avait « abandonné son poste » et s’était « réfugié dans sa famille ». Son nom ne figure sur aucun monument aux morts.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article227090, notice SALLES Adrien, Cyprien [écrit aussi SALES] par André Balent, version mise en ligne le 2 mai 2020, dernière modification le 4 mai 2020.

Par André Balent

SOURCES : Arch. dép. Ariège, 64 J 23, fiches établies au nom d’Adrien Sales (sic). — Claude Delpla, La Libération de l’Ariège, Toulouse, Le Pas d’Oiseau, 2019, 514 p. [pp. 104-105].

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément