MAGRINELLI Aldo, Carlo

Par Jean-Claude Magrinelli

Né le 5 octobre 1925 à Auboué (Meurthe-et-Moselle), mort le 19 janvier 2006 à Thionville Moselle (Moselle) , ajusteur à l’usine d’Auboué puis professeur de l’enseignement technique, militant syndicaliste et communiste de Meurthe-et-Moselle.

Aldo Magrinelli en 1984

Le père d’Aldo Magrinelli, Giovanni Magrinelli était né à Sao-Paolo (Brésil) le 25 juillet 1897. Combattant de la première guerre mondiale, il épousa en 1921 Luigia Signorini, née à Soave le 12 décembre 1904. Ouvrier boulanger à Soave, de convictions socialistes, ayant eu maille à partir avec les chemises noires mussoliniennes, il fut contraint en 1922 de s’exiler en France, à Auboué où il fut embauché comme fondeur à la Division d’Auboué de la Société des Hauts Fourneaux et Fonderies de Pont-à-Mousson. Ayant trouvé un logement au 22, rue de l’église, sa femme le rejoignit en octobre 1923. Naitront trois enfants, Aldo ; Rita, née le 15 mars 1935 et Marie-Louise, née le 7 octobre 1943, qui décéda le 22 septembre 1944. La famille résida à partir de 1935 au n° 73 des cités du Tunnel, dans un appartement de l’usine plus spacieux. Giovanni adhéra en août 1936 au syndicat des métaux CGT et à l’Union populaire italienne (UPI), dont la section de la vallée de l’Orne était particulièrement active.
Enfant, Aldo ne fréquenta pas l’asile italien des cités du Tunnel (l’asile était une pouponnière tenue par des bonnes sœurs italiennes), pas plus qu’adolescent, il ne suivit les cours de langue italienne dispensés à Briey, sous l’égide du consulat d’Italie. Il accompagna cependant sa mère à Soave, en avril 1939, pour assister aux obsèques de sa grand-mère. Ce fut pour lui l’occasion de visiter les arènes de Vérone et d’entendre pour la première fois un grand air d’opéra qui le marqua pour toujours. Le 12 juillet 1939, il devint Français par déclaration devant le juge de paix du canton de Briey. Après son certificat d’études primaires obtenu quelques semaines avant la déclaration de guerre, Aldo entra comme apprenti ajusteur à l’usine d’Auboué. Pendant l’occupation, son père apporta son soutien financier aux familles des militants emprisonnés, déportés, fusillés ou passés dans la clandestinité dont un grand nombre demeuraient dans les cités du Tunnel. Aldo échappa avec son père à la grande rafle effectuée à Auboué le 3 septembre 1944 par les Allemands, en rejoignant à travers bois les Américains à Étain.
Le 25 janvier 1945, il signa un engagement de trois ans dans l’armée de l’air et fut affecté comme ajusteur mécanicien à la base aérienne de Saint-Yan, en Saône-et-Loire. Il devint caporal le 1er avril 1945. À l’annonce d’un possible transfert au Moyen-Orient, il démissionna le 31 janvier 1946. Il revint dans sa famille le 5 février et retrouva Catherine Radicchi qu’il fréquentait depuis la Libération. Ils se marièrent le 30 avril 1947. En 1946, ils avaient adhéré ensemble au Parti communiste.
Aldo Magrinelli fit de son engagement syndical une priorité. Il fut membre du bureau de la section de son usine, aux côtés de Pierre Bertrand – le frère de Jean Bertrand, qui devint maire en 1953 – et de Julien Puntheler. Il fut élu au comité d’établissement à partir de 1948, chargé des questions sociales, notamment l’organisation des colonies de vacances et de l’arbre de Noël pour les enfants. Dans les années 1960, il siégea pour la CGT au sein du Comité Régional d’Hygiène et Sécurité des établissements métallurgiques. Il milita aussi au parti communiste, d’abord à la cellule de l’usine puis, après la fermeture de l’usine en 1967, à la cellule René Favro des cités du Tunnel dont il devint le secrétaire. Il participa à l’école fédérale de 15 jours. Au sein de la section d’Auboué, lui fut confiée l’organisation des écoles élémentaires du parti destinées aux nouveaux adhérents des cellules de quartier, en cours du soir ou le weekend. Il diffusait l’Humanité dimanche aux cités du Tunnel. Dès la création de la MJC Roger Henry en juillet 1964, il s’inscrivit à son "club caméra" et participa à la réalisation du film Si Auboué m’était conté… Son épouse Catherine fut élue conseillère municipale sur la liste d’union ouvrière présentée par le Parti communiste en avril 1953 puis maire, en succédant à Jean Bertrand en février 1979.
Avec son père, Aldo Magrinelli construisit en 1959 une maison mitoyenne, rue La Louvière, en bordure des cités, que les deux familles occupèrent à partir d’août 1962. En 1967, la Société Sidelor devenue propriétaire de l’usine d’Auboué procéda à sa fermeture, reclassant à l’usine de La Marine à Homécourt les ouvriers, à l’exception d’une quarantaine d’entre eux, tous responsables syndicaux ou militants communistes comme Aldo. Ils furent embauchés par une filiale de Sidelor, la Société des Ateliers d’Auboué dont le siège était en Moselle, spécialisée dans la réparation des wagons du trust. Au cours d’un trajet retour à Auboué, après une journée de travail en Moselle, la fourgonnette transportant six ouvriers eut un accident. Un camarade de travail et ami d’Aldo, qui était le chauffeur, trouva la mort le 18 janvier 1969. Pierre Brasséa, surnommé "Jockey" en raison de sa petite taille, militant de la JOC et du syndicat CGT, était père de deux enfants. L’Avenir, le journal de la section communiste d’Auboué dénonça un crime en titrant "Ils l’ont tué" ; le journal national de la JOC présenta, en bande dessinée, une biographie de Pierre Brasséa. Aldo Magrinelli quitta alors la SAA et entra à l’Éducation nationale à la rentrée 1969, dans l’enseignement professionnel, en qualité de maitre auxiliaire. Il devint professeur titulaire de mécanique générale à compter du 1er septembre 1983. Il travailla successivement au lycée professionnel de Moyeuvre, de Landres puis d’Auboué, où il termina sa carrière. Il fut adhérent au SNEPT-CGT jusqu’à son départ en retraite en septembre 1986.
Pour raison de santé, après le décès de son épouse en 1996, il dut vendre en avril 2004 la maison familiale pour être hébergé à Florange, non loin de ses fils, dans une maison de retraite. Il décéda le 19 janvier 2006 à l’hôpital Bel-Air de Thionville. Ses cendres sont déposées aux côtés de celles de sa femme dans le caveau familial au cimetière de Coinville à Auboué.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article227313, notice MAGRINELLI Aldo, Carlo par Jean-Claude Magrinelli, version mise en ligne le 8 mai 2020, dernière modification le 10 juin 2020.

Par Jean-Claude Magrinelli

Aldo Magrinelli en 1984
Aldo Magrinelli au congrès fédéral communiste tenu à Auboué les 16-18 janvier 1976.
Aldo Magrinelli à la tribune d’un meeting, en 1970, avec Pierre Zarka

SOURCES : Archives départementales de Meurthe-et-Moselle : 6 M 33-28 : recensements commune d’Auboué, 10 M 100 : Syndicat CGT des métaux d’Auboué ; 102 W 86 : Elections professionnelles métallurgie (1945-1968). — Archives familiales : Livret de famille, livret militaire, état signalétique des services militaires et civils, certificat de nationalité française, actes notariaux ; journal L’Avenir et tracts de la cellule René Favro des cités du Tunnel (1956-1996).
Bibliographie : Viard Paul, Recueil d’articles sur Auboué (tome 2), Wotan Editions, 2016. —Martin Michel, Les générations du chiffon rouge en Meurthe-et-Moselle. La CGT et 130 ans de luttes sociale, Éditions Cultures et Diffusion, 2007.
Presse : Auboué, à l’heure de notre temps, bulletins d’information municipale, 1965-1989. — Le Républicain Lorrain, 1945-2006.

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