GALAU Charles, Louis, Joseph [dit BAUDIN, dit PetitJean] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Dominique Petit

Né le 29 mars 1873 à Nogent-sur-Marne ; charron ; anarchiste de Saint Denis, Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) et Londres.

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

L’orthographe de son nom était variable : Gallau, Gallot. Il était le fils aîné de Louis Galau, le frère de Maurice, Eugène Louis Galau et de Marguerite, Eléonore Galau, tous anarchistes.
Dans la nuit du 18 au 19 février 1891 à Saint-Denis, les affiches de l’administration relatives au tirage au sort avaient été recouvertes d’inscriptions : « A bas la patrie ! A bas l’armée !Vive l’anarchie ! »
Vers 16 h30, des anarchistes parcouraient les groupes qui se trouvaient sur la place de la mairie, interpellant les conscrits. Plusieurs d’entre eux portaient à leur coiffure des carrés de papier bordés de rouge, sur lesquels on lisait « Vive l’anarchie ! » et au dessous trois zéro ; ils avaient à leur boutonnière, des cocardes rouges ou noires. Ils pénétrèrent dans le café Zanzibar sur la place et se mirent aux fenêtres du premier étage et continuèrent à crier à la foule et aux conscrits : « Vive l’anarchie ! » et « A bas la patrie ! », alternant avec des refrains révolutionnaires.
La police arrêta 7 manifestants au 1er étage du Zanzibar, dont Charles Galau qui reconnut avoir crié « Vive l’anarchie ! ». Il fut conduit au Dépôt et photographié par le Service de l’identité judiciaire.
Charles Galau avait été poursuivi pour "cris séditieux", le 23 mars suivant avec les 6 autres inculpés, il passa devant la cour d’assises de la Seine. Tous furent acquittés à l’exception de Decamps condamné à 15 jours de prison.
Le 15 juin 1891, il figurait sur une liste d’anarchistes de Saint-Ouen, son adresse était 24 rue de Paris.
En 1892, Charles Galau et son père assistaient aux réunions du Groupe International qui avaient lieu tous les dimanches après-midi à la salle Horel, rue Aumaire.
Charles Galau et son père avaient été un instant compromis dans l’affaire des explosions. Ils étaient très liés avec le jeune Simon, dit Biscuit,, Gustave Mathieu (dont ils avaient les meubles chez eux), et ils avaient connu Ravachol.
Son domicile, 24 rue de Paris, avait été à la mi mars l’objet d’une perquisition. Lors de son interrogatoire, il avait déclaré : "Je ne fais partie d’aucun groupe. Du reste il n’y a pas de groupe à Saint Ouen. Il y en avait un dans le temps où j’ai été quelquefois, mais il n’existe plus".
Le préfet de police, recevait le 21 avril 1892 de MM. Anquetil, Doppler et Atthalin, juges d’instruction du parquet de la Seine, un nombre assez considérable de mandats d’arrestations. Ils comprenaient le nom d’une cinquantaine d’anarchistes, réputés les plus dangereux. Les mandats d’amener étaient basés sur l’inculpation de participation une une association de malfaiteurs.
Charles Galau fut arrêté avec son père Louis le 22 avril 1892, au 24 rue Pierre à Saint-Ouen, ils étaient considérés comme des anarchistes militants (assistant régulièrement aux réunions des groupes).
Le 25 décembre 1892, il figurait sur une liste d’anarchistes.
Le 16 janvier 1893, Charles Galau participait à un meeting salle du Commerce avec 300 personnes.
Courant janvier 1893, Charles Galau se faisait embaucher dans les ateliers de la Compagnie Urbaine de Saint-Ouen, dans le but, selon un rapport de police du 4 février 1893, « d’étudier les lieux et usages de l’établissement, pour le cas échéant, en tirer profit »
Dans la nuit du samedi 28 au dimanche 29 janvier 1893, vers minuit et demi, Victor et André Bousch sortaient de chez Wagner, demeurant à Saint-Ouen, n° 35, rue Pierre, quand ils aperçurent devant la porte de l’immeuble occupé par la Compagnie l’Urbaine, au numéro 64 de la même rue, quatre individus aux allures suspectes. Ils organisèrent une surveillance avec Wagner et Landigois dans la boutique d’André Bouch, située au numéro 39 de la rue Pierre, en face de la porte de l’Urbaine. Bientôt ils virent les mêmes individus, qui s’étaient éloignés, revenir et pénétrer dans l’immeuble, après avoir fait sauter la serrure de la porte d’entrée. Ils intervinrent aussitôt et, dès qu’ils arrivèrent à la porte, un individu caché dans l’ombre tira sur Wagner, qui était en tête, trois coups de revolver sans l’atteindre. Wagner, armé lui-même, déchargea deux coups de revolver et les malfaiteurs prirent aussitôt la fuite. Selon le témoignage de Charles Bouch, Galau put s’échapper, après avoir été reconnu, et Foret, qui en fuyant avait tiré deux coups de revolver sur les témoins, fut renversé par eux et arrêté, mais, dans la lutte qu’il soutint contre André Bouch et Landigois pour s’évader, il tira encore deux coups de revolver, dont l’un atteignit André Bouch et Landigois. Arrêté ainsi, Foret avait prétendu qu’il était venu pour voler des lapins, en compagnie de trois individus qu’il ne voulait pas dénoncer : l’un de ses complices était Galau, selon Bouch qui depuis le crime aurait disparu du logement qu’il occupait en commun avec Foret, au n° 8 de la rue Pierre. Un autre Perrin, arrêté le 3 février, avait fait des aveux complets. Le quatrième auteur de cette tentative de vol n’avait pu être retrouvé.
Lors du jugement de l’affaire en cours d’assises de la Seine le 26 mai 1893, Foret fut condamné à la peine de mort, pour tentative d’assassinat et Perrin a deux ans de prison. La peine de Foret fut commuée par le président de la République, en travaux forcés à perpétuité. Quant à Charles Galau, d’après la presse, il aurait été condamné à 20 ans de travaux forcés, probablement par contumace.
Charles Galau se réfugia à Londres. Il habitait Stanhope Street.
A Londres ses allées et venues étaient surveillées par les indicateurs Z n°2 et Z n°6.
Le 12 février 1893, « Charles Galau, fils aîné de l’anarchiste Galau de Saint-Ouen, est arrivé à Londres, il y a 4 jours. On n’a fait que l’entrevoir pour ainsi dire. Il paraît inquiet, quoiqu’il dise ne pas être poursuivi. Il désire ne pas être connu sous son véritable nom et a pris le nom de Petit Jean. On ignore son adresse. »
Le 25 mai 1893, « Galau dit PetitJean, attend le résultat du procès pour y retourner »
Le 30 mai 1893, « On doit voir ce soir Gallau dit Petit Jean, c’est un emballé, on pourrait facilement le persuader de retourner en France »
Le 2 juin 1893, « Galau est toujours sous le nom de Petit Jean chez Delbecque 30 Fitzroy street. Il est filé par un agent de la police anglaise surnommé « Le Rouge » et va croit-on disparaître, pour aller en Suisse ou en Belgique. La condamnation de Foret a produit une impression de crainte qui le détermine à prendre ce parti. Il reçoit des secours de France. »
Le 6 juin 1893, « Petit Jean (Galau travaille toujours chez Ferni 13-15 Stanhope street, Euston road. »
Le 7 juin 1893, « Galau dit Petit Jean a changé de domicile, il habite maintenant, non loin de son atelier. Tous les soirs il va diner dans un petit restaurant de Tottenham street, près de Charlotte street. »
Le 15 juin 1893, Z n°6 : « Petit Jean (Galau) travaille toujours au même endroit, c’est un nommé Desplats travaillant avec lui qui va chercher le journal chez Lapie, libraire. »
Le 25 juillet 1893, « Corti se fait appeler ici Ritter, il demeure 20 Neuport Court W ou WC. Il s’est mis en rapport avec Galau dit Petit Jean, pour un coup à faire à Paris. »
Le 5 septembre 1893, « Lapie écrit qu’il est allé voir Constant Martin et qu’il y a vu le père Galau qui l’a invité à aller lui porter chez lui les nouvelles qu’il avait à lui donner sur son fils. Celui-ci se fait adresser à Londres, ses lettres sous le nom de Moreau, mais les compagnons continuent à l’appeler Petit Jean.
Le 17 septembre 1893, « Dans une lettre reçue par Gallau fils, ce matin, son père lui annonce l’arrivée d’un nommé Marceau qui a été arrêté pendant les affaires Foret. »
Le 13 octobre 1893, « Marguerite Galau doit venir ici rejoindre son futur et son frère, samedi prochain. »
Le 25 octobre 1893, « Marguerite Galau arrive ici samedi matin. Elle partira par la gare du Nord-ligne Calais – vendredi soir. »
Le 30 octobre 1893, « Marguerite Galau a prêté l’argent qu’on lui avait envoyé pour venir à Londres à son père pour faire une voiture. Elle retarde son voyage de 8 à 10 jours. On vous avisera. »
Le 13 novembre 1893, « la fille de Galau vient d’arriver à Londres par le chemin de fer de l’Ouest. » Sur l’état récapitulatif des anarchistes au 26 décembre 1893, il était noté « réfugié à Londres »
Le 22 février 1894, Charles Galau, à la suite d’une demande d’extradition de la France, était arrêté à son domicile Stanhope street, par l’agent Sexton. Il avait dit tout d’abord se nommer Charles Petit-Jean, mais le détective ayant exhibé sa photographie faite par les soins du service anthropométrique de Paris, il dut reconnaître que c’était bien la sienne et déclina son véritable nom.
Il aurait été lié avec Martial Bourdin, et on avait trouvé en sa possession un portrait de Ravachol et plusieurs documents anarchistes.
Il comparut devant le tribunal de Bow street, sous la prévention de vol avec effraction commis en France.
Interrogé sur le vol dont il était accusé, Galau nia énergiquement en être l’auteur.
M. Newton, l’avocat de l’accusé, avait établi une vieille animosité des familles Bouch et Gallau qui habitaient la même rue de Saint-Ouen. Les épiciers Bouch étaient en très mauvais termes avec la famille Galau. Un-jour même, le père Galau dut écrire une longue lettre au commissaire de police de Saint-Ouen, pour le prévenir qu’il se munirait désormais d’un revolver, afin de se défendre contre une agression éventuelle, que l’attitude des frères Bouch lui donnait lieu de craindre. Le commissaire, à la suite de cette lettre, avait convoqué dans son cabinet les frères Bouch et leur avait intimé l’ordre de laisser désormais tranquille la famille Galau. Or, c’est sur la dénonciation et les témoignages des frères Bouch que se basait uniquement la demande d’extradition formulée contre Charles Galau.
Le tribunal spécial d’extradition, à Londres, n’a pas voulu reconnaître le bien fondé de la demande du gouvernement français et libéra Charles Galau.
En septembre1894 son nom figurait sur « l’album photographique des individus qui doivent être l’objet d’une surveillance spéciale aux frontières ».
En janvier 1895, il était hébergé par le chaudronnier Ferrain et le 1er avril 1896 il habitait 34 et 35 Seaton Street.
Son dossier à la Préfecture de police portait le n°321.954
En 1912, il se trouvait probablement en Amérique du Nord, avec un frère, n’ayant plus de contact avec son père, puisque celui-ci les recherchait par l’intermédiaire du Libertaire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article227648, notice GALAU Charles, Louis, Joseph [dit BAUDIN, dit PetitJean] [Dictionnaire des anarchistes] par Dominique Petit, version mise en ligne le 13 mai 2020, dernière modification le 19 mai 2020.

Par Dominique Petit

Photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York
Fiche photo anthropométrique Alphonse Bertillon. Collection Gilman. Métropolitan museum of art. New-York

SOURCES :
Le Père Peinard 22 et 29 mars 1891, 8 mai 1892, 21 février 1897 — Archives Nationales F7/12723 — Archives de la Préfecture de police BA 77,78, 1503, 1509 — Archives départementales du Val-de-Marne. Etat civil — La Loi 24 mars 1891 — La Nation 23 avril 1892 — Le Matin 23 avril 1892 — Le XIXe Siècle 24 avril 1892 — La Gazette des tribunaux 27 mai 1893 — Album photographique des individus qui doivent être l’objet d’une surveillance spéciale aux frontières. CIRA de Lausanne. Imprimerie Chaix. Septembre 1894 — Les anarchistes contre la républiqu de Vivien Bouhey. Presses universitaires de Rennes décembre 2008, p.264 et 265 et Annexe 56 : les anarchistes de la Seine. — Anarchismes et anarchistes en France et en Grande-Bretagne, 1880-1914 : Échanges, représentations, transferts par C. Bantman. Thèse 24 mars 2007 — Notice de Charles Galau du Dictionnaire des militants anarchistes — Le Libertaire 10 août 1912 — Le Matin 23 février 1894 — L’Intransigeant 27 février, 15 mars et 18 avril 1894 — Le Temps 27 février 1894 — La Cocarde 17 mars 1894 — Le Siècle 17 mars 1894.

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