DLÉVAQUE Irénée, Aimé, Urbain, Eugène, Octave

Par Georges Clause, complété par Claude Pennetier

Né le 11 novembre 1900 à Valenciennes (Nord), mort le 24 août 1970 dans la Somme ; professeur de mathématiques ; militant socialiste ; maire de Châlons-sur-Marne (Marne) de 1945 à 1947.

Irénée Dlevaque décoré en 1946 ou 1947
Irénée Dlevaque décoré en 1946 ou 1947
Archives départementales de la Marne : IC Châlons art 6

Irénée Dlévaque avait échoué au concours de l’École Polytechnique parce que sa dissertation révélait, paraît-il, un esprit peu porté vers cette formation. Il ne lui restait qu’à préparer sa licence de mathématiques à la Faculté des sciences de Lille en exerçant les fonctions de maître d’internat au collège d’Armentières. Il l’obtint en 1924-1925 après son service militaire au 6e GAA à Saint-Cloud. Il fut répétiteur au collège Turenne à Sedan en 1927, puis au lycée de Valenciennes en 1927-1928 et professeur de mathématiques au collège de Châlons-sur-Marne à partir de 1929.

Il allait devenir rapidement l’une des personnalités dominantes de la section locale du Parti socialiste - avec son collègue le physicien Vanrullen. Il vécut le Front populaire à Châlons-sur-Marne et éprouva avec force le désir de renouer l’unité ouvrière. En 1938, il obtint de son parti le mandat, partagé avec ses collègues R. Denis, L. Draveny, G. Pain, de négocier avec des responsables du Parti communiste une unification des mouvements à la base. Les mandataires du Parti communiste étaient E. Horny, R. Emrot, S. Seuren, S. Moszkowski, ce dernier étant professeur de mathématiques au collège. L’accord fut conclu le 30 juin 1938. Les deux délégations se déclaraient d’accord pour réclamer la levée du blocus à l’égard de l’Espagne républicaine, la retraite des vieux travailleurs, la revalorisation de tous les traitements et salaires, la création d’une caisse contre les calamités agricoles, l’institution d’un fonds national de chômage, le tout grâce à l’application intégrale du programme financier du Front populaire : « faire payer les riches ». Les deux délégations insistaient auprès des organismes centraux pour la reprise immédiate des travaux du Comité d’unification.

La section socialiste de Châlons-sur-Marne ne suivit pas les négociateurs qui furent même exclus du Parti en mars 1939. Dlévaque fut rapidement réintégré. Vinrent la guerre, puis la défaite de 1940. Irénée Dlévaque fut révoqué par le préfet à la suite d’une plaisanterie sur le chef de l’État français : refusant d’acheter à un de ses élèves une carte à l’effigie de Pétain, il déclara qu’il ne collectionnait pas les vieux tableaux. Pour vivre et pour nourrir sa famille - il avait alors six enfants - il dut entrer dans les services municipaux du ravitaillement, où il lui arriva de manifester sa rude intégrité. Il fut chargé de la distribution des bons de chaussures. Il participa rapidement à la Résistance et devint un des dirigeants de Libération-Nord. L’abbé Pierre Gillet écrivit qu’il détestait Vichy, les Allemands et les curés et en fit le "plus pittoresque et le plus connu" des résistants de Libération-Nord. C’est lui qui monta, dans la nuit du 13 au 14 juillet 1944, au sommet du dôme de l’Hôtel-de-ville de Châlons pour y déployer le drapeau français.

Le 29 août 1944, il fut nommé président de la délégation spéciale chargée d’administrer la ville. Les élections ratifièrent ce choix, il fut élu maire le 18 mai 1945. La tâche était lourde car la ville était détruite. Plus aucun pont ne subsistait. Il dirigea un vaste chantier de réorganisation et de reconstruction et imprima la marque de la mémoire résistante en inaugurant le 8 juin 1947 un mémorial des fusillés, face à la prison. Il siégea à la commission administrative de la Fédération nationale des élus socialistes municipaux et cantonaux. Mais s’il fut élu conseiller municipal en 1947, il n’y avait plus de majorité dans le conseil pour le porter à la direction de la municipalité. À la suite de désaccords avec son propre parti, il fut contraint de démissionner en février 1952 du conseil municipal. Il était accusé d’avoir diffamé l’administration des Ponts et Chaussées et refusait de présenter ses excuses. C’est qu’Irénée. Dlévaque demeurait homme de gauche, méfiant à l’égard du « tripartisme » auquel avait adhéré la SFIO, et son caractère ne le portait pas à aplanir les difficultés. En 1965, il se représenta au conseil municipal, derrière le conseiller général communiste Jean Reyssier, attitude que n’approuvait pas toute la section socialiste. Irénée Dlévaque, retraité depuis 1965, mourut le 24 août 1970 dans la Somme où il s’était retiré.

Derrière l’abord bourru et le mépris des conventions qu’il affichait, il y avait un homme de cœur, d’un grand dévouement, d’une intégrité absolue.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article22767, notice DLÉVAQUE Irénée, Aimé, Urbain, Eugène, Octave par Georges Clause, complété par Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 14 novembre 2021.

Par Georges Clause, complété par Claude Pennetier

Irénée Dlevaque décoré en 1946 ou 1947
Irénée Dlevaque décoré en 1946 ou 1947
Archives départementales de la Marne : IC Châlons art 6

SOURCES : Arch. Dép. Marne, série T. — Renseignements obtenus au lycée de Châlons-sur-Marne. — B. Barberousse, Le Front populaire à Châlons-sur-Marne, op. cit. — Renseignements communiqués par Bruno Malthet.

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