LEMAIRE Gabriel

Par Gilles Pichavant

Né le 29 août 1902 à Amfreville-la-Mivoie ou Amfreville-la-Mi-Voie (Seine-Inférieure -Seine-Maritime), mort le 22 janvier 1943 à Birkenau (Auschwitz-II) (Pologne) ; Cheminot ; syndicaliste CGTU de l’Eure, puis CGT de Seine-Maritime ; communiste, conseiller municipal d’Amfreville-La-Mivoie (1938-1940), déchu en 1940.

Né le 29 août 1902 à Amfreville-la-Mivoie (Seine-Inférieure -Seine-Maritime), au sud de Rouen, en face de Sotteville-lès-Rouen sur la rive droite de la Seine, chez ses parents, Alexandre Lemaire, 55 ans, journalier, et Émilie Héron, 38 ans, journalière, son épouse, domiciliés « section de la Mivoie ».

En mai 1926, Gabriel Lemaire entra aux Chemins de fer de l’État, comme manœuvre à l’essai, à Saint-Pierre-de-Vauvray (Eure). Syndiqué à la CGTU, au cours de l’année 1930 au moins, Gabriel Lemaire assuma la fonction de trésorier général du syndicat unitaire des cheminots de Saint-Pierre-du-Vauvray.

En janvier 1937, il devint ouvrier serrurier aux ateliers Buddicom de Sotteville-lès-Rouen (Seine-inférieure, Seine-Maritime) ; n° d’agent SNCF : 42952. Adhérent de la CGT, et militant du Parti communiste, il fut secrétaire de la cellule locale d’Amfreville du PCF.

En mars 1938, à l’occasion d’une élection complémentaire, Gabriel Lemaire fut élu avec Raymond Dubui, son colistier communiste, conseiller municipal d’Amfreville-la-Mivoie. Après la déclaration de guerre, il fut mobilisé comme affecté spécial sur son poste de travail, aux ateliers de Sotteville.

Le 24 septembre 1939, le service de la Sûreté du ministère de l’intérieur envoie à tous les préfets de France un télégramme officiel leur enjoignant : « si, parmi suspects ou affiliés Partis extrémistes, figurent fonctionnaires ou agents service public mobilisables et maintenus à leur poste, m’en envoyer urgence liste nominative établie par département ministériels ». Le lendemain, le cabinet du préfet de Seine-Inférieure transmettait ce télégramme au commissaire spécial de police de Rouen avec prière de lui fournir d’urgence la liste nominative réclamée. Le 6 octobre, Gabriel Lemaire figurait en 14e place sur les 25 personnes d’une « liste des principaux militants communistes de l’arrondissement de Rouen (catégorie fonctionnaires) », puis, le lendemain, en 26e place sur la liste actualisée de 29 sympathisants ou militants transmise au préfet.

Entre temps, sollicité, le maire d’Amfreville avait envoyé au commissaire spécial une liste non-alphabétique des principaux militants du PC de sa commune, sur laquelle Gabriel Lemaire était inscrit en deuxième position. Le 18 février 1940, le commissaire spécial de police informa le préfet que le conseil municipal d’Amfreville-la-Mivoie refusait de tenir séance tant que ne serait pas prononcée l’exclusion des conseillers communistes, Lemaire et Dubui. Le 22 février, le conseil de préfecture interdépartemental constata, à la requête du préfet et en exécution de la loi du 20 janvier 1940, la déchéance du mandat de conseiller municipal de Gabriel Lemaire. Deux jours plus tard, celui-ci en reçut notification. De mai à juillet, il fut rayé de l’affectation spéciale aux chemins de fer et rejoignit une formation militaire.

Le 4 août 1941, répondant à une note du préfet de Seine-Inférieure datée du 22 juillet, le commissaire principal de police spéciale de Rouen transmettait à celui-ci une liste nominative de 159 militants et militantes communistes de son secteur dont il préconisait de prononcer l’internement administratif dans un camp de séjour surveillé, tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et « par tous les moyens ». Parmi eux, pour Amfreville, Gabriel Lemaire.

Dans la nuit du 21 au 22 octobre, celui-ci fut arrêté chez lui par des gendarmes français de la brigade de Rouen-Saint-Sever, sur ordre du préfet de Seine-Inférieure ; préalablement, le commandant de gendarmerie avait requis le garde-champêtre de la commune afin qu’il les conduise jusqu’à son domicile, ainsi que chez d’autres ex-militants du parti communiste ou des Jeunesses Communistes d’Amfreville figurant sur sa liste : Jean Binard (qui fut déporté avec lui), Fernande Creignoux, Jean Crevon, Lucien Mallet et Jean Poulain. Tous furent conduits au commissariat de police du 6e arrondissement de Rouen, où ils furent pris en charge par des inspecteurs du commissariat central. Puis des Feldgendarmes vinrent les chercher (pour les mener à la caserne Hatry. Trois jours plus tard, le 25 octobre, avec d’autres militants arrêtés dans le département, ils furent transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 – Polizeihaftlager), sauf Fernande Creignoux, conduite en tant que femme au camp allemand du Fort de Romainville, sur la commune des Lilas (Seine, Hauts-de-Seine).

Gabriel Lemaire fut enregistré à Compiègne-Royallieu sous le matricule n° 1915. Pendant un temps, il fut assigné au bâtiment A4, chambre n° 11. Lucien Mallet resta interné trois mois et Jean Crevon treize mois, avant d’être libérés. Gabriel Lemaire fut inscrit en vingtième place sur la liste d’otages dressée après l’attentat contre la librairie « Le Front » à Rouen, fréquentée par les militaires allemands. Le SD indiqua « Au PC de 1936 à 1940 », et précisait « a été détenu 6 semaines pour activités communistes pendant la guerre actuelle ». Le 8 décembre 1941, il figura sur une liste de 28 communistes à « transférer vers l’Est », établie par la Felkommandantur 517 de Rouen.

Le 7 mai 1942, le département administratif allemand de la Justice (V ju) proposa sa libération. Pourtant, entre avril et fin juin 1942, Gabriel Lemaire fut définitivement sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs, dont la déportation avait été décidée en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande, en application d’un ordre de Hitler.

Le 6 juillet 1942, à l’aube, les détenus furent conduits à pied sous escorte allemande à la gare de Compiègne, puis entassés dans des wagons de marchandises. Le train partit une fois les portes verrouillées, à 9 h 30 pour la Pologne. Enregistré à Auschwitz-I sous le numéro 45778, le 8 juillet 1942, Gabriel Lemaire fut conduit à pied le lendemain au camp annexe de Birkenau, avec l’ensemble des « 45000 ». Le 10 juillet, après l’appel général, tous subirent un bref interrogatoire d’identité. Gabriel Lemaire se déclara comme cheminot (Eisenbahner). Le 13 juillet — après cinq jours passés par l’ensemble des « 45000 » à Birkenau — la moitié des membres du convoi fut amenés à Auschwitz-I, pendant les autres, dont Gabriel Lemaire, étaient sélectionnés pour rester sur le site de Birkenau, en construction, qui présentait un contexte plus meurtrier pour tous les concentrationnaires.

Le 5 novembre 1942, Gabriel Lemaire, malade, était présent à l’infirmerie (Revier), où son nom fut inscrit sur un registre. Il mourut à Birkenau le 22 janvier 1943, vraisemblablement de dysenterie.
_À une date restant à préciser, le Conseil municipal d’Amfréville-la-Mivoie donna son nom à une rue de la commune. La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 16-07-1994). Son nom est inscrit sur le monument aux morts SNCF des ateliers de Buddicom à Sotteville, et sur le monument dans le hall en gare de Rouen-Rive-Droite.

À une date restant à préciser, Gabriel Lemaire s’était marié avec Lucienne Bénard, originaire de Saint-Étienne-du-Rouvray. Ils n’eurent pas d’enfant. Ils habitaient au 11, rue du Passage à Amfreville-la-Mivoie.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article227825, notice LEMAIRE Gabriel par Gilles Pichavant, version mise en ligne le 17 mai 2020, dernière modification le 4 avril 2021.

Par Gilles Pichavant

SOURCES : La Tribune des cheminots, organe de la Fédération nationale [CGTU] des travailleurs des chemins de fer, 1er et 15 février 1930 (Institut d’histoire sociale de la Fédération CGT des cheminots). — Cheminots victimes de la répression 1940-1945, mémorial, ouvrage collectif sous la direction de Thomas Fontaine, éd. Perrin/SNCF, Paris, mars 2017, pages 911-912. — Site Mémoire Vive des convois des 45000 et 31000 Auschwitz-Birkenau, biographie de Gabriel Lemaire. — Cl. Cardon-Hamet, notice pour l’exposition de Mémoire Vive sur les “45000” et les “31000” de Seine-Maritime, Rouen 2000 — Centre de documentation juive contemporaine (CDJC), Paris ; documents allemands (SD), feuillet 57. — Liste établie par Louis Eudier (45523), du Havre, 1973 — Claude-Paul Couture, chercheur, dossier « En Seine-Maritime, de 1939 à 1945 », CRDP de Rouen, 1986, p. 33. — Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen (fichier central). — Arch. dép de Seine-Maritime, cotes 51 W 418, et 1M 314. — Notes de Louis Botella.

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