THAREAUT Louis, Jean, Marie, Paul

Par Fabrice Romier

Né le 17 août 1934 à Angers (Maine-et-Loire) ; ouvrier menuisier ; militant CTFC puis CFDT, membre du Comité central d’entreprise Thomson, membre du Conseil et de la Commission exécutive (1963-1975) puis permanent et secrétaire-adjoint (1967-1975) de l’Union départementale CFDT de Maine-et-Loire ; adjoint au maire d’Angers (1977-1983), administrateur de la société de HLM Angers-Habitat depuis 1989.

Louis Thareaut, 1969
Louis Thareaut, 1969

Fils de Louis Thareaut (1907-1972), ouvrier boulanger, et de Jeanne Cailleau (1909-1986), épicière, Louis Thareaut passa toute sa jeunesse à Denée (Maine-et-Loire), petit bourg de 850 habitants à quinze kilomètres d’Angers. La famille était catholique pratiquante. Sa sœur, née le 10 mars 1940, milita à la Jeunesse agricole catholique (JAC) puis au Mouvement rural de la jeunesse chrétienne (MRJC) où elle fut responsable départementale de la branche « artisans-commerçants ».

Il fréquenta l’école catholique et en sortit à quatorze ans sans le certificat d’études primaires, mais avec le goût de la lecture. Après la guerre de 1939-1945, il fut le témoin passionné des discussions avec les leaders politiques du département qui venaient à la mairie défendre leur programme et qui prolongeaient le débat au café de ses grands-parents maternels.

Après un séjour de quelques mois au centre d’apprentissage de Narcé (Maine-et-Loire), Louis Thareaut entra en apprentissage le 15 mars 1949 chez son grand-père maternel, Jean Cailleau, artisan menuisier à Denée qui tenait aussi un café, avec son épouse. Mais une instruction générale trop lacunaire ne lui permit pas de se présenter au Certificat d’aptitude professionnelle. En 1952, il partit travailler sur des chantiers de construction à Nantes et à Rennes avant de revenir à La Possonnière (Maine-et-Loire) à la fin de novembre, toujours en qualité de menuisier. En août 1955, il accomplit son service militaire à Fès au Maroc jusqu’en octobre 1957. Il se maria le 11 décembre 1957 avec Suzanne Boutin née le 31 mars 1933 à Mûrs-Erigné (Maine-et-Loire), vendeuse. Les deux jeunes époux vinrent habiter à Angers où ils avaient chacun un emploi. Ils eurent quatre fils nés respectivement en 1959, 1962, 1964 et 1966.

Après un emploi de courte durée dans un atelier de menuiserie, Louis Thareaut entra le 3 février 1958 au service entretien de l’usine Thomson, récemment installée à Angers et qui produisait notamment des téléviseurs. Il adhéra immédiatement à la CFTC, seul syndicat représenté dans son atelier. Peu attiré par le côté chrétien de la centrale syndicale car il avait rompu dès l’adolescence avec la pratique religieuse et la foi catholique de sa famille, il fut d’emblée très favorable à la perspective d’une évolution laïque de la Confédération. Un mois après son embauche, il fut candidat en mars 1958 sur la liste CFTC à l’élection des délégués du personnel. À la fin de l’année, lors d’une élection complémentaire, il fut élu membre du Comité d’établissement (CE) face à Michel Bouet, leader de la section CGT chez Thomson. Ensuite il fut élu au Comité central d’entreprise (CCE) où il siégea quatre ans. En 1964, il devint secrétaire de la section syndicale et secrétaire du CE à la place de Maurice Pasquier devenu secrétaire du CCE et coordinateur des sections CFDT du groupe Thomson Grand Public.

Plusieurs sections de la CFDT furent à l’avant-garde sur les revendications des femmes, comme celle de la Thomson d’Angers à majorité féminine. En 1964, Louis Thareaut devint secrétaire de l’Union locale d’Angers. Il favorisa le développement de la Commission féminine qui menait une réflexion depuis plusieurs années sur le partage des tâches, l’égalité des salaires, la contraception et la vie quotidienne. En 1966, il participa à la création d’une Commission féminine à la section Thomson qui, avec le Planning familial, organisa dans l’usine des réunions sur la contraception.

Sur le plan interprofessionnel, dès son adhésion en 1958, Louis Thareaut s’engagea résolument dans la lutte pour la paix en Algérie. Il joua un rôle actif dans les manifestations contre la guerre. Au Congrès départemental de mars 1963, il fut élu au Conseil et à la Commission exécutive de l’Union départementale de Maine-et-Loire. Au congrès d’octobre 1965, au nom du syndicat de la métallurgie, il intervint pour apporter son soutien au rapport de Jean Monnier, secrétaire général de l’UD, sur le socialisme démocratique. Il souhaita, en outre, que l’UD prenne position plus nettement au moment des élections politiques. Mais l’essentiel de son intervention porta sur la place des non-chrétiens à la CFDT. Il exprima le souhait que cette place soit pleinement reconnue, y compris pour l’accès aux responsabilités syndicales. Tout en soulignant la grande valeur des militants chrétiens de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) et leur apport à l’organisation, il mit en garde sur les risques de confusion, par certains, entre l’action syndicale et l’action catholique. Il précisa qu’il faisait partie d’une section syndicale où il n’y eut jamais cette confusion et qu’il n’aurait pas été en responsabilité s’il en avait été autrement.

Le 1er juin 1967, Louis Thareaut quitta Thomson pour devenir permanent syndical au poste de secrétaire général-adjoint de l’UD CFDT. Il fut chargé tout particulièrement des Unions locales d’Angers et de Saumur et de la formation syndicale. Il fut responsable de l’action culturelle et représenta la CFDT au Conseil d’administration de la Maison de la Culture dans les premières années de son fonctionnement. Il y revint au début des années 1970 puis de nouveau de 1984 à 1989, désigné cette fois par le maire d’Angers. Il fut membre du Conseil de l’Union régionale interprofessionnelle CFDT des Pays de la Loire et plus particulièrement chargé de la formation syndicale. La Confédération lui demanda d’écrire un fascicule sur la section syndicale d’entreprise. De 1969 à 1971, avec des chercheurs du conservatoire des Arts et Métiers d’Angers, il anima un groupe de travail de la section CFDT Thomson sur les conséquences des cadences de travail sur le personnel. Durant son activité syndicale, Louis Thareaut chercha à renforcer l’unité d’action avec la CGT.

Le 31 mars 1975, Louis Thareaut mit un terme à son mandat interprofessionnel pour entrer à l’ASSEDIC de la Basse-Loire à Nantes. Après avoir exercé un emploi de conseiller, il fut nommé responsable du secteur "emploi" puis responsable de l’antenne ASSEDIC d’Angers. Il partit en pré-retraite en 1989.

Aux élections municipales de mars 1977 à Angers, il figura sur la liste d’Union de la gauche qui remporta la victoire. Alors que Jean Monnier était élu maire, Louis Thareaut fut adjoint, chargé des services techniques de la voirie, des bâtiments, des espaces verts et des transports urbains. Il fut membre du Parti socialiste (PS) de 1978 à 1979. Il le quitta pour manifester son désaccord avec la passivité du PS sur la gestion municipale trop personnelle du maire. En 1983, pour la même raison, il manifesta le souhait de ne pas se représenter.

De 1989 à 2014, Louis Thareaut siégea comme administrateur à la société de HLM Angers- Habitat, avec fonction de vice-président de 2001 à 2014 . A partir des années 2010, il s’investit comme bénévole au Secours Populaire à Angers. Enfin, il rédigea, seul ou en co-écriture, plusieurs ouvrages sur sa vie et son parcours, publiés aux éditions du Petit Pavé.

Comme bon nombre de militants de cette période, il dut l’essentiel de sa formation au syndicalisme mais aussi à un vif intérêt pour la lecture acquis depuis l’enfance. Sensible à l’histoire, il classa les archives de l’UD CFDT de Maine-et-Loire et participa à la rédaction de notices biographiques pour le dictionnaire Le Maitron.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article227867, notice THAREAUT Louis, Jean, Marie, Paul par Fabrice Romier, version mise en ligne le 18 mai 2020, dernière modification le 16 décembre 2020.

Par Fabrice Romier

Louis Thareaut, 1969
Louis Thareaut, 1969
Louis Thareaut, 1980
Louis Thareaut, 1980

ŒUVRE : Denée ou la mémoire des lieux, Saint Jean des Mauvrets (Maine-et-Loire), éditions du Petit Pavé, 2014. — Chemins croisés, Saint Jean des Mauvrets (Maine-et-Loire), éditions du Petit Pavé, 2017. — Histoire des solidarités des origines à nos jours, avec Christian Robin, Saint Jean des Mauvrets (Maine-et-Loire), éditions du Petit Pavé, 2011. — Puis crac ! C’est la guerre, avec Alain Jacobzone, Saint Jean des Mauvrets (Maine-et-Loire), éditions du Petit Pavé, 2019. — Quand les ergonomes sont sortis du laboratoire.... à propos du travail des femmes dans l’industrie électronique (1963–1973), dans Pistes, 8-2, 2006.

SOURCES : Arch. UD CFDT de Maine-et-Loire. — Arch. privées de Louis Thareaut. — Entretiens avec Louis Thareaut en août 1998.

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