LATIN Raymond, Joseph.

Par Rik Hemmerijckx

Seraing (pr. et arr. Liège), 21 septembre 1910 – Saint-Séverin (aujourd’hui commune de Nandrin, pr. Liège, arr. Huy), 21 mars 1968. Ouvrier métallurgiste puis permanent syndical, militant socialiste, dirigeant de la Centrale des métallurgistes de Belgique et de la Fédération des métallurgistes de Liège, militant wallon.

Raymond Latin est issu d’une famille ouvrière socialiste de Seraing. Il quitte l’école à l’âge de quatorze ans. Il débute sa carrière professionnelle comme garçon de bureau à l’usine métallurgique d’Espérance-Longdoz à Liège, puis est engagé comme ouvrier à la Société sidérurgique et charbonnière Cockerill-Sambre à Seraing. Il continue son instruction en suivant les cours du soir de l’école industrielle.

Dans le même temps, Raymond Latin s’inscrit aux Jeunes gardes socialistes (JGS) à Seraing. Il participe également aux activités du Cercle d’éducation et du Cercle des militants socialistes. C’est lors de ces années qu’il fait la connaissance d’André Renard. En 1930, il entre à la Fédération des métallurgistes de la province de Liège comme employé au service « Chômage ». À partir de 1936, il fait partie du Comité des Jeunesses syndicales de Liège, mais son militantisme se révèle surtout lors de la grève générale de cette même année. Peu après, il est nommé secrétaire-adjoint du syndicat métallurgiste de Herstal (pr. et arr. Liège). Lors de ces années, il publie régulièrement dans Le Prolétaire, l’organe de la Fédération générale des Syndicats de Liège.

Sous l’Occupation, Raymond Latin refuse d’adhérer au syndicat collaborateur, l’Union des travailleurs manuels et intellectuels (UTMI), mais, pendant un temps, il continue à s’occuper de la mutualité syndicale à Herstal. Vers juillet 1942, il retrouve André Renard. Ensemble, ils commencent à regrouper clandestinement les militants du syndicat des métallurgistes. Ils seront à la base du Mouvement métallurgiste unifié (MMU), qui deviendra le Mouvement syndical unifié (MSU) par après. Avec André Renard, Raymond Latin sera l’éditeur des journaux clandestins du MSU : Travail et Le Métallurgiste. Il est également actif dans le Comité régional du service Socrate pour l’aide aux réfractaires et fait partie du groupe KJ3 de l’Armée de la Libération.

Secrétaire de la régionale MSU de Liège, Raymond Latin prend la direction de la Fédération des métallurgistes de Liège, réunifiée en juin 1945. Son ascension dans la hiérarchie syndicale ne se fait pas attendre. En 1946, il est désigné comme secrétaire national de la Centrale des métallurgistes de Belgique (CMB) et, un an plus tard, il succède à Georges Keuwet comme secrétaire général. Jusqu’en 1961, Raymond Latin fait partie du Bureau national de la Fédération générale du travail de Belgique (FGTB). Sous sa direction, la CMB mène différentes grèves victorieuses : la grève de 1948, la grève lors de la Question royale de 1950 et la grève de 1957 pour le double pécule de vacances. Fin décembre 1956, on le trouve parmi les fondateurs de La Gauche, l’hebdomadaire de la gauche socialiste. Tout cela n’empêche nullement la présence de Latin dans les différents organismes de l’économie de concertation : le Conseil paritaire général, le Conseil central de l’économie, le Conseil national du travail et d’autres institutions parastatales sociales. En même temps, il s’affirme comme un partisan convaincu de la coopération européenne : en 1959, il est vice-président du Conseil consultatif de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA). Au niveau international, il fait partie du Comité central de la Fédération internationale des ouvriers sur métaux (FIOM). Il s’y fait connaître comme un défenseur de la coopération et même de la réunification avec les syndicats communistes de France et d’Italie.

La grève de 1960-1961 contre la « loi unique » marque un tournant dans la vie militante de Raymond Latin. Commencée très offensivement, la grève échoue partiellement et la tendance renardiste se tourne vers le régionalisme. La crise est ouverte au sein de la FGTB. Suivant l’exemple de Renard, il démissionne du Bureau national de la FGTB en février 1961 et quitte son poste au sein de la CMB en juin 1961. En juillet, il retourne à Liège où il reprend le poste de secrétaire général de la Fédération des métallurgistes de Liège. Par après, il assure également la présidence de la Fédération des mutualités socialistes et syndicalistes de la province de Liège.

Raymond Latin, présent en 1945 lors du premier Congrès national wallon, figure parmi les fondateurs du Mouvement populaire wallon (MPW) en janvier 1961. Pendant un temps, il s’occupe de la régionale MPW de Bruxelles (aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale) et il devient président du Front pour la défense de Bruxelles. Puis il est envoyé dans la région du Centre (pr. Hainaut) pour y créer la régionale MPW. Membre du Comité d’action wallonne (1962-1964), il quitte le Parti socialiste belge (PSB) pour exercer son mandat au sein du MPW.

Raymond Latin est un des héritiers d’André Renard, mort en juillet 1962. Syndicaliste actif, il est parmi les fondateurs de la Fondation André Renard (FAR) en 1963. Il soutient la grève des femmes de Herstal en 1966. Il s’engage également comme vice-président dans le Rassemblement liégeois pour la Paix au Vietnam. Toutefois, Latin n’a jamais eu l’aura, ni l’autorité d’un André Renard.

Raymond Latin décède en 1968 à l’âge de cinquante-huit ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article227918, notice LATIN Raymond, Joseph. par Rik Hemmerijckx, version mise en ligne le 19 mai 2020, dernière modification le 1er septembre 2020.

Par Rik Hemmerijckx

SOURCES : Fondation André Renard (FAR), dossier Raymond Latin, archives de la Fédération des Métallurgistes de la Province de Liège – Archief en Museum van de Socialistische Arbeiders-beweging (AMSAB), archives CMB – Le Prolétaire, 1936-1939 – Travail, 1944-1945 – Le Métallurgiste, 1946-1961 – HEMMERIJCKX R., « Le Mouvement syndical unifié et la naissance du renardisme », Courrier hebdomadaire du CRISP, 1986, n° 1119-1120 – DELFORGE P., « Latin Raymond », dans Encyclopédie du mouvement wallon, t. II, Charleroi, Institut Jules Destrée, 2000, p. 921-922 – HEMMERIJCKX R., « Latin Raymond », dans Nouvelle biographie nationale, vol. 6, Bruxelles, Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, 2001, p. 218-219 – KESTELOOT C., Au nom de la Wallonie et de Bruxelles français. Les origines du FDF, Bruxelles, Complexe/CEGES, 2004, p. 366 – TILLY P., André Renard, biographie, Bruxelles-Liège, Le Cri/FAR, 2005, p. 716 – Rouge Métal. 100 ans d’histoire des métallos liégeois de la FGTB, Liège, IHOES/FGTB Métal Liège-Luxembourg, 2006, p. 97-158.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément