DUSSART Robert.

Par Rik Hemmerijckx

Marchienne-au-Pont (aujourd’hui commune de Charleroi, pr. Hainaut, arr. Charleroi), 25 novembre 1921 – Charleroi, 16 juillet 2011. Ouvrier métallurgiste, syndicaliste, militant communiste, sénateur coopté de l’arrondissement Charleroi-Thuin, militant wallon.

Robert Dussart grandit dans le milieu ouvrier de Damprémy (aujourd’hui commune de Charleroi), un des faubourgs industriels de Charleroi. Son père, syndicaliste socialiste, est mineur de fond. Sa mère travaille également au charbonnage en tant qu’ouvrière. Il voit mourir son père, atteint de silicose, à l’âge de soixante ans. Dussart va à l’école jusqu’à l’âge de quatorze ans mais suit plus tard des cours du soir à l’Université du Travail à Charleroi pour obtenir le diplôme de traceur.

En 1935, Robert Dussart est engagé comme garçon de course aux Ateliers de constructions électriques de Charleroi (ACEC), l’une des plus importantes entreprises de la région. Membre du syndicat socialiste des métallurgistes, il ne joue pas vraiment un rôle important lors de cette période.

Pendant l’Occupation, Robert Dussart continue à travailler aux ACEC, mais, au début de l’année 1943, il est réquisitionné pour aller travailler en Allemagne. Il est affecté à une usine métallurgique à Leipzig (Saxe) du 22 février 1943 au 11 mai 1945.

De retour en Belgique, Robert Dussart retrouve son travail à Charleroi mais il est appelé à accomplir son service militaire en Allemagne. À la fin de 1946, il réintègre définitivement son travail aux ACEC. À partir de ce moment-là, Dussart commence à se faire remarquer par son militantisme politique et syndical. Impressionné par l’effort de guerre de l’Union soviétique, il développe une sympathie pour le communisme. En avril 1951, il adhère effectivement à la section d’entreprise du Parti communiste de Belgique (PCB). Quelques mois plus tard, il est élu délégué du syndicat socialiste des ACEC (FGTB – Fédération générale du travail de Belgique)). Sur le plan personnel, il se marie avec Renée Tonon, en juillet 1950. Le couple reste sans enfant.

Pour Robert Dussart, il n’y a aucune contradiction entre son militantisme politique et syndical. Au sein des ACEC, il développe une politique d’ouverture et se fait remarquer comme un partisan du front commun syndical. Vu son militantisme et son autorité grandissante aux ACEC, la direction du PCB lui propose en avril 1960 de rejoindre son Comité central.

C’est surtout lors de la grève générale de l’hiver 1960-1961 contre la « loi unique », que Robert Dussart se fait remarquer comme un leader ouvrier d’envergure. Dans la région de Charleroi, ce sont les ACEC qui sont à la base du mouvement. Harangueur infatigable, Dussart dirige les manifestions quotidiennes. Pendant la grève, il est inculpé de bris de clôture et mené devant la justice. Il sera acquitté par la suite. Leader ouvrier, il devient le symbole de l’intransigeance et de la résistance ouvrière. À la suite de cette grève, il est désigné vice-président de la délégation syndicale FGTB des ACEC.

Dans les années qui suivent, Robert Dussart s’affirme en tant que militant politique et syndical. Il se fait remarquer comme propagandiste du Mouvement populaire wallon (MPW) et de l’idée fédéraliste. Occasionnellement, il publie un article dans Le Travailleur, une initiative des prêtres ouvriers de la région. En 1968, il devient président de la délégation syndicale FGTB des ACEC. En 1970, atteint d’un cancer du larynx, il subit une opération à Berlin-Est (République démocratique allemande ; aujourd’hui Allemagne). Depuis lors, il a une voix beaucoup moins forte, ce qui ne l’empêche pas de continuer ses activités militantes. En 1971, il est élu membre du Bureau politique du PCB. De 1971 à 1974, il est directeur politique du Drapeau rouge, l’hebdomadaire du Parti communiste. Malgré toutes ses responsabilités, Dussart ne s’est jamais complètement identifié avec l’appareil dirigeant du parti au niveau national. Il n’a jamais voulu quitter les ACEC où il reste président de la délégation syndicale jusqu’en 1986, année de sa retraite.

Fort de ses racines ouvrières, Robert Dussart dispose d’une autorité et d’une popularité indéniables. En avril 1977, il est élu sénateur coopté de l’arrondissement Charleroi-Thuin. Parlementaire atypique, il maintient son poste de dirigeant de la délégation syndicale des ACEC et se manifeste en tant que porte-parole des revendications ouvrières au Parlement. En 1979, les ACEC se font remarquer par une grève de treize semaines visant à obtenir la semaine des 36 heures. Selon Dussart, cette victoire reste la plus belle de sa carrière politique et syndicale. En 1981, il dépose une proposition de loi demandant à placer l’industrie sidérurgique belge sous statut public. Malgré son dévouement, il n’est pas réélu en 1981 et quitte le Sénat.

Le PCB est de plus en plus confronté au déclin de son pouvoir politique et électoral. En 1986, Robert Dussart se retrouve à nouveau à l’avant-plan, en tant que président de l’aile francophone du PCB, mais il ne réussit pas à modifier la donne. Il n’est plus réélu à la tête du parti, suite à l’échec des élections communales de 1988. Il perd même, en 1990, sa place au sein du Comité central. Par manque de perspectives, il démissionne du Bureau politique en janvier 1991. Avec la chute du mur de Berlin en 1989 et l’implosion de l’Union soviétique en 1991, le climat n’est plus vraiment favorable au communisme. Les divergences internes se font de plus en plus sentir. En désaccord avec sa propre fédération de Charleroi, Robert Dussart finit par se distancier du parti. C’est ainsi qu’il rejoint le mouvement « Espace citoyen » d’Ernest Glinne et Jean Guy, et soutient, en 1995, un appel à voter pour les Verts.
Cette période n’est pas non plus vécue sans heurts sur le plan personnel. En 1979, Robert Dussart entame une relation avec Josiane Vrand, à cette époque déléguée SETCa (Syndicat – socialiste - des employés, techniciens et cadres) aux ACEC et militante communiste. Vivant avec elle depuis 1980, il divorce de Renée Tonon en juin 1985, pour se remarier avec Josiane Vrand en juin 1988. En 1989, ils déménagent à Sombreffe (pr. et arr. Namur).

Robert Dussart décède à l’âge de nonante ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article228420, notice DUSSART Robert. par Rik Hemmerijckx, version mise en ligne le 30 mai 2020, dernière modification le 7 mai 2021.

Par Rik Hemmerijckx

SOURCES : CArCoB, dossier CCP – HEMMERIJCKX R., « Robert Dussart, communisten syndicalist », Brood & Rozen, n° 4, 1997, p. 136-143 – RIKIR M., DELFORGE P., « Dussart Robert », dans DELFORGE P., DESTATTE P., LIBON M. (dir.), Encyclopédie du mouvement wallon, t. I, Charleroi, 2000, p. 229 – NAIF N., L’eurocommunisme en Belgique. Crises et débats autour d’une voie belge au socialisme (1954-1982), Bruxelles, CArCoB, 2004, 356 p. – PC Charleroi, « Robert Dussart, un grand meneur d’hommes », L’Étincelle, 18 juillet 2011 – HEMMERIJCKX R., « Robert Dussart », dans Nouvelle biographie nationale, t. 13, Bruxelles, Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, 2016, p. 130-131.

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