DOREAU Marie, Henriette [épouse BARREAU]

Par Michèle Rault

Née le 27 juillet 1925 à Paris (XIVe arr.) ; ouvrière d’usine, conseillère du travail, salariée du Centre d’orientation social des étrangers (COSE), secrétaire administrative de comité d’entreprise, professeur d’enseignement social ; membre de la Mission de France féminine à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) de 1946 à 1948 ; militante de la CGT et du Parti communiste.

Fille unique de France Doreau, instituteur puis officier de renseignements des services secrets, et de Loétitia Benielli, originaire de Corse, institutrice puis directrice d’école, Marie Doreau avait pour grand-père Jean Doreau, ouvrier chaudronnier, militant anarcho-syndicaliste dans les années 1870 à Fourchambault (Nièvre). Son père, homme brillant, laïque, membre de la Commission interalliée en Haute-Silésie, mourut empoisonné en 1928. Marie Doreau entra en 1935 au lycée Fénelon à Paris et y resta jusqu’aux classes préparatoires. Elle y reçut l’enseignement de professeurs (Madame Ancelet-Eustache, Madame Langevin) et particulièrement de son professeur de philosophie, amie de Simone Weil, qui marquèrent durablement sa formation intellectuelle. À partir de l’âge de douze ans, elle passa les vacances scolaires en Allemagne et prit très concrètement conscience de la montée du nazisme, rencontrant des jeunes filles juives qui ne pouvaient suivre des études classiques. Elle vécut l’été 1938 en internat, au bord du lac de Constance, et revint en France au moment des Accords de Munich. La guerre déclarée, elle suivit sa mère, chargée de classe dans le Lot. De retour à Paris en novembre 1940, elle rentra dans un groupe d’éclaireuses qui avait formé, au jardin du Luxembourg, un réseau d’aide aux enfants juifs. Elle participa à la manifestation étudiante du 11 novembre 1941.

Marie Doreau quitta le lycée Fénelon en 1943 pour étudier à la Sorbonne tout en fréquentant le centre Richelieu, centre catholique de l’université. Reçue à l’École normale supérieure de Fontenay-aux-Roses (Seine, Hauts-de-Seine) mais ne se sentant pas destinée à enseigner, elle décida de ne pas y entrer et reprit des études de mathématiques et de sciences, conjointement à la Sorbonne et à l’Institut catholique. Au cours d’une réunion organisée à l’Institut catholique, elle fit la connaissance de Geneviève Schmitt*, membre de la Mission de Paris qui venait d’être créée par le cardinal Suhard en réponse au constat de la déchristianisation de la France fait par l’Église. En rencontrant Geneviève Schmitt qui lui parla des activités de la communauté de la Mission de Paris de Montreuil (Seine, Seine-Saint-Denis) qu’animait André Depierre, elle eut le sentiment d’avoir trouvé ce qu’elle cherchait. Cependant voulant plutôt s’engager dans le travail ouvrier, elle prit contact avec François Laporte, aumônier de la Mission de France féminine (MDFF) qui rassemblait de jeunes femmes cherchant à vivre leur foi en partageant les conditions de vie et de travail des ouvriers. Elle s’engagea dans cette voie à la fin de l’année 1945, après avoir été trois mois ambulancière en Forêt noire et participé à la libération des camps. En janvier 1946, elle partit vivre seule et considérant que « si l’Évangile doit être vécu, ce doit être dans la classe ouvrière », s’embaucha à l’usine MIOM de Vitry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) comme manœuvre. Elle adhéra à la CGT en mars 1946. Confortée dans ses choix par la rencontre de prêtres de la Mission de Paris et de laïcs qui en étaient proches, elle décida, en juin 1946, de suivre la formation dispensée à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) par la Mission de France féminine. Le 27 octobre suivant, elle fut envoyée en mission à Malakoff (Seine, Hauts-de-Seine) avec Henri Barreau (prêtre de la Mission de Paris), Élisabeth Cadilhac (membre de la Mission de France féminine) et Jean Fourgous (laïc de la Mission de Paris). Elle vécut dans des hôtels puis habita avec les membres de son équipe un bidonville appelé « la cour des miracles ». Un an après son envoi en mission, le 15 août 1947, elle s’engagea formellement à la Mission de France féminine. Elle travaillait à la Compagnie des compteurs de Montrouge (Seine, Hauts-de-Seine) et participa aux grèves de 1947 dans cette usine aux côtés d’Henri Barreau, prêtre-ouvrier, membre du comité de grève. Après quelques mois passés en mission ensemble, sa relation avec celui-ci se transforma en sentiment amoureux. Face à l’incompréhension que provoquait cette situation, Marie Doreau fut contrainte de quitter son travail aux Compteurs et accepta de retourner à la maison de formation de la MDFF jusqu’en juin 1948. Mais elle ne voyait plus de perspective à cet engagement qu’elle avait choisi. Après trois mois passés au séminaire de Lisieux (Calvados) et chez les Petites sœurs des pauvres, elle décida de quitter la MDFF en octobre 1948.

Marie Doreau suivit alors une formation de fraiseur proposée aux femmes par la CGT. La formation à peine terminée, elle tomba malade. Atteinte de tuberculose, tout en se soignant et ne trouvant pas d’emploi en tant que fraiseur, elle s’inscrivit dans une formation d’ingénieur-sécurité aux Arts et Métiers, puis fit des études de conseillère du travail à l’École de formation des conseillers du travail dépendant du ministère du Travail. Elle trouva de l’embauche dans cette branche à Échirolles (banlieue de Grenoble) dans une usine de textile. Elle y resta un an, puis quitta la région en novembre 1952 pour rejoindre Henri Barreau à Paris. Elle travailla alors au Centre d’orientation social des étrangers (COSE) fondé par l’abbé Glasberg*, s’occupant des victimes du nazisme et des réfugiés espagnols. En 1953, elle adhéra au Parti communiste et commença à vivre avec Henri Barreau qui allait, après la condamnation des prêtres-ouvriers le 1er mars 1954, retrouver une vie laïque.

Après la naissance de sa première fille, en 1956, Marie Doreau quitta le COSE et fut embauchée comme directrice du dispensaire de l’entreprise Nord-Aviation de Châtillon. L’année suivante, elle devint secrétaire administrative du Comité d’entreprise de cette usine, faisant particulièrement de l’aide sociale aux Algériens.
Après les événements de mai 1968, en désaccord avec les positions prises par le Parti communiste et la CGT, elle démissionna de Nord-Aviation. Elle retravailla avec l’abbé Glasberg apportant son aide aux prêtres quittant l’Église puis redevint salariée à la gestion des œuvres sociales de l’usine aéronautique Messier jusqu’en 1969. Elle prépara alors le concours de l’École normale d’apprentissage afin de devenir professeur d’enseignement social. À partir de 1970, elle enseigna dans le quartier cosmopolite de Ménilmontant, formant des élèves au BEP sanitaire et social. En 1982, elle quitta le Parti communiste dont elle contestait les orientations concernant les immigrés. En retraite en 1985, elle s’engagea dans l’amicale des locataires, l’aide aux devoirs et le bénévolat auprès des enfants du Tiers-monde à Malakoff puis à Ivry-sur-Seine où elle vint habiter en 1997. Elle était redevenue militante du Parti communiste en 1996.

Marie Doreau s’était mariée à Malakoff le 24 août 1957 avec Henri Barreau. Ils eurent trois filles nées en 1956, 1957 et 1961.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article22854, notice DOREAU Marie, Henriette [épouse BARREAU] par Michèle Rault, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 2 avril 2018.

Par Michèle Rault

ŒUVRE : Marie Doreau, Études des comportements et des loisirs de 78 familles ouvrières à Montrouge-Malakoff, monographie pour l’École de formation des conseillers du travail sous la direction de Joffre Dumazedier, illustrée de photos de Robert Doisneau, non publiée, 1951-1952. — Marie Barreau, « Itinéraire d’Henri Barreau », La Mission de Paris. Cinq prêtres-ouvriers insoumis témoignent, Karthala, 2002.

SOURCES : Jean Giard, Cinquante ans aux frontières de l’Église. De la Mission de France aux Équipes d’Ivry, L’Harmattan, 1994. — Sophie Barreau-Nicod, Insoumis. Mémoires de prêtres-ouvriers, mars 1995, film. — Témoignage de Marie Barreau, 1997.

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